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Les visionnaires
Allemagne et Pologne
Nº 969
1174-1243

L'avenir révélé à sainte Hedwige

Toute sa vie, de sa naissance vers 1174 au château d'Andechs (Bavière), jusqu'à sa mort en 1243 à l'abbaye cistercienne de Trzebnica (Silésie), la duchesse Hedwige n'eut qu'un unique objectif : accomplir toujours et partout la volonté de Dieu sur elle et sur les siens, fût-elle pénible, douloureuse, voire crucifiante. Dotée d’un charisme de prophétie, elle ne s’en servit jamais pour tenter de modifier l’avenir dans le sens qui lui convenait, certaine que Dieu, en dépit des apparences contraires, ne peut rien vouloir ni permettre qui ne soit pour le bien de ceux qui l’aiment.


Les raisons d'y croire

  • La vie de sainte Hedwige de Silésie est connue grâce à plusieurs sources médiévales. La principale est la Vita sanctae Hedwigis, rédigée peu après sa mort (1243) à partir de témoignages de contemporains et de personnes l'ayant connue. Cette biographie est complétée par les actes de sa canonisation en 1267, ainsi que par les chroniques silésiennes et les archives des monastères cisterciens qu'elle fonda ou protégea, notamment celui de Trzebnica où elle vécut et fut ensevelie. Ces documents permettent de reconstituer avec une assez grande précision son existence et de son œuvre.

  • Duchesse de Silésie, Hedwige appartient à l'une des familles les plus puissantes d'Europe ; elle n'est ni une recluse ni une mystique retirée du monde. Elle peut vivre dans le luxe et rechercher le pouvoir, mais sa foi chrétienne convertit l'usage de la richesse et du pouvoir. Hedwige choisit de faire de sa position un instrument de service. Les chroniqueurs soulignent aussi qu'elle exerçait une influence de modération sur son mari et favorisait la réconciliation dans les conflits politiques.

  • Consciente de devoir tenir son rang royal, Hedwige se conduit en reine. Mais ses intimes savent qu’elle porte des vêtements simples sous ses habits princiers, qu’elle dort par terre, ne mange jamais de viande, marche pieds nus dans la neige... Elle fait de la sorte pénitence pour les siens et pour elle-même.

  • Elle donne aux fondations monastiques, ainsi qu’aux indigents et aux orphelins qui sont sa grande préoccupation. Elle a l’idée de racheter à prix d’or aux mendiants le « pain des pauvres », autrement dit les maigres aumônes qu’ils reçoivent. En lieu et place de dames d’honneur et d’écuyer, Hedwige s’attache treize pauvres, parmi les plus misérables qu’elle puisse trouver. Elle les sert elle-même pour l’amour du Christ.

  • Son action ne se limite pas à l'aumône. Elle contribue à développer des institutions durables qui dépassent sa piété individuelle : monastères, hôpitaux et hospices pour l’accueil des pauvres et des malades. Ses œuvres ont marqué durablement la Silésie.

  • Elle vit depuis sa jeunesse une vie d’oraison intense qui explique les charismes, miracles et apparitions qui se multiplient dans sa vie. En colloque avec le Ciel, elle est favorisée d’apparitions de sainte Catherine, sainte Thècle et sainte Ursule. Un chapitre entier de la Vita d’Hedwige de Silésie est consacré aux miracula in vita : guérisons, interventions extraordinaires et faveurs obtenues par sa prière.

  • Les prophéties constituent un chapitre spécifique de sa biographie. Son charisme de voir l’avenir s’avère douloureux puisqu’elle connaît à l’avance les malheurs qui la menacent (morts et événements politiques). Par exemple, après la mort de son époux, elle a la révélation que son fils Henri, le nouveau roi, sera tué à la guerre s’il part en campagne contre les Tartares musulmans qui menacent les frontières de Pologne. Hedwige avertit le jeune homme qu’il ne reviendra pas mais qu’il est de son devoir de combattre les ennemis de la foi et l’invite seulement à se préparer à mourir en chrétien. La prédiction s’accomplit : son fils Henri II le Pieux est tué à la bataille de Legnica contre les Mongols en 1241.

  • À partir de 1209, elle s’installe au monastère de Trzebnica, près de Wrocław (Breslau), en Basse-Silésie, et y mener parfaitement la vie cistercienne (mais sans prononcer de vœux qui lui interdiraient de ressortir si nécessaire pour s’acquitter si nécessaire de ses obligations royales.) Son attachement à Dieu n’est pas feint.

  • Avertie de sa mort, elle l’annonce pour le 15 octobre 1243, ce qui se produit exactement.

  • Lors de l'exhumation en 1267, on constate l'incorruption de sa main gauche, retrouvée intacte enserrant une statuette d'ivoire de la Vierge qu'elle gardait de son vivant. Cette main devint une relique particulièrement vénérée.

  • Elle est canonisée en 1267, soit environ vingt-quatre ans plus tard. Cette rapidité témoigne de la réputation exceptionnelle de sainteté dont elle jouissait déjà de son vivant et de l'ampleur de son culte. Les miracles après sa mort survenus auprès de son tombeau jouèrent un rôle majeur dans sa canonisation.


En savoir plus

Née vers 1174 dans la famille princière de Bavière, Hedwige est l’un des huit enfants de Berthold de Méranie comte du Tyrol et de Carinthie, et d’Agnès de Rotlech. Élevée dans un monastère, elle éprouve l’envie de prendre le voile. Mais par sa naissance, elle est promise à une alliance royale, comme ses sœurs, dont l’une sera la troisième épouse du roi de France Philippe Auguste et l’autre celle du roi de Hongrie et la mère de la future sainte Élisabeth. Elle ne se rebelle pas lorsque son père décide, en 1186, de la marier au duc Henri de Silésie et futur Haut-Duc de Pologne. En acceptant le choix de ses parents, elle sait qu’elle devra aider au maintien de la chrétienté menacée au nord-ouest par le paganisme slave et qui serait confronté à l'est aux invasions mongoles. Elle accepte un destin qui lui promet des peines et des souffrances et s‘y prépare. Elle sera pour Henri, auquel elle donne six enfants, une épouse parfaite et dévouée.

Tout ce qu’elle économise à force de privations est immédiatement donné soit aux fondations monastiques qu’elle multiplie, soit aux indigents et aux orphelins qui sont sa grande préoccupation. Sa charité proverbiale s’étend aux prisonniers dont elle paye les dettes s’ils sont incarcérés pour question financière ou qu’elle fait libérer, s’ils sont coupables de fautes plus graves, pour qu’ils aillent travailler sur les chantiers de ses fondations monastiques. Elle possède donc une vision à la fois très pragmatique et très généreuse de la charité.

Après leur vœu de chasteté commun, Hedwige entre au monastère de Treibnitz, près de Gdansk et y mener parfaitement la vie cistercienne sans jamais prononcer de vœux qui lui interdiraient de ressortir si nécessaire pour s’acquitter si nécessaire de ses obligations royales. Cette prudence et cette prévoyance lui permettront ainsi de jouer un rôle diplomatique de première importance dans les négociations entreprises afin de faire libérer son mari, prisonnier d’un seigneur rival.

Éprouvée par une vie entièrement consacrée à la charité et par une ascèse d'une rare rigueur, qui lui avait déjà valu une réputation de sainteté de son vivant, Hedwige s'éteignit à l'abbaye de Trzebnica le 15 octobre 1243. Son culte se diffusa rapidement : des pèlerins toujours plus nombreux affluèrent vers son tombeau depuis toute la Silésie, la Grande-Pologne, la Poméranie, la Lusace et la Misnie.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin

Vita sanctae Hedwigis, éd. Hermann Grotefend, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores, Hanovre, MGH (édition critique de la principale source médiévale).


En complément

  • Kłoczowski Jerzy, Histoire religieuse de la Pologne, Paris, Éditions du Cerf, 1987.

  • Lelièvre Étienne, Les Saints de souche royale, Paris, Alsatia, 1949.

  • France Catholique, « Edwige, humble duchesse ».

  • Witkowska, Aleksandra, Hedwig of Silesia, dans The Oxford Dictionary of the Christian Church, Oxford, Oxford University Press.

  • Braunfels, Wolfgang (dir.), avec des contributions de Josef Krasa, Klaus Kratzsch et Peter Moraw, Der Hedwigs-Codex von 1353. Sammlung Ludwig, 2 vol., Berlin, Gebr. Mann Verlag, 1972. Il s'agit de l'étude du Codex de sainte Hedwige, un magnifique manuscrit enluminé réalisé en 1353 pour le duc Louis Ier de Liegnitz-Brieg. Ce manuscrit rassemble les principaux textes médiévaux consacrés à la sainte, notamment : la Vita beatae Hedwigis (Grande Vie de sainte Hedwige), la Legenda minor, la bulle de canonisation de Clément IV et le sermon prononcé pour sa canonisation. Un compte-rendu peut être consulté en ligne .

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