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© Danny Herman
Des miracles étonnants
Saint-Sépulcre (Jérusalem)
Nº 970
1579

Le Saint Feu de Jérusalem convertit l’émir Tunom

Chaque Samedi saint, au Saint-Sépulcre de Jérusalem, les chrétiens orthodoxes attendent le Saint Feu : le patriarche entre seul dans l’Édicule du tombeau du Christ sans moyen d’allumer une flamme, puis le feu apparaît dans le tombeau et se transmet à toute la basilique. En 1579, les chrétiens arméniens obtiennent des autorités ottomanes que le patriarche grec orthodoxe et ses fidèles restent dehors. C’est alors que la Lumière, au lieu d’apparaître à l’intérieur, jaillit d’une colonne située près de l’entrée. Tunom, émir musulman présent sur les lieux, voit ce signe, confesse publiquement la foi chrétienne et reconnaît le Christ. Sa conversion lui coûte la vie : il est mis à mort et l’Église orthodoxe l’honore depuis comme martyr.


Les raisons d'y croire

  • Le Samedi saint 1579, à Jérusalem, les chrétiens orthodoxes sont empêchés d’entrer dans le Saint-Sépulcre pour la cérémonie du Saint Feu. Les autorités ottomanes, sollicitées par les Arméniens, ont fermé l’accès au patriarche Sophrone IV et à ses fidèles. Ceux-ci restent dehors, devant la porte du sanctuaire, dans la prière et l’attente. À l’intérieur du Saint-Sépulcre, les Arméniens attendent eux aussi la descente du Saint Feu. Mais la Lumière ne paraît pas dans le tombeau comme prévu. Elle jaillit alors à l’extérieur, d’une colonne située à gauche de l’entrée, et vient rejoindre le patriarche orthodoxe et la foule qui priaient dehors. Les hommes avaient fermé la porte, mais Dieu, lui, ne s’est pas laissé enfermer.

  • Tunom, émir musulman, se trouve alors près de la porte du Saint-Sépulcre, où il monte la garde. Il n’est pas chrétien, il n’appartient pas à la foule qui attend le Saint Feu, et il n’a aucun intérêt à prendre le parti du patriarche orthodoxe. Pourtant, devant le feu jaillissant de la colonne, il confesse publiquement la foi chrétienne.

  • Tunom sait ce qu’il risque en confessant le Christ devant tous, dans une Jérusalem gouvernée par les Ottomans. La tradition rapporte qu’il est mis à mort à cause de cette parole. Alors qu’il se tenait jusque-là du côté de l’autorité musulmane, il reconnaît soudain une vérité plus haute, et accepte d’en porter le prix.

  • Le récit de cette histoire est fixé par écrit dès 1608 dans le proskynitarion d’Ananias, un texte de pèlerinage consacré aux lieux saints. À l’échelle des traditions anciennes, c’est une attestation proche des faits : moins d’une génération sépare le martyre de Tunom, situé en 1579, de sa mise par écrit. Cette proximité donne du poids au témoignage, d’autant que la colonne est encore visible aujourd’hui à l’entrée du Saint-Sépulcre. Elle porte une longue fissure noircie causée par le jaillissement du feu.

  • L’Église orthodoxe honore Tunom comme martyr, avec une fête fixée au 18 avril, des hymnes liturgiques, une icône et des reliques que la Tradition situe au monastère de Megali Panagia (île de Samos, Grèce). Autant un simple récit écrit peut être une invention tardive, une légende ajoutée après coup par un auteur isolé, autantun culte liturgique – fête, hymnes, icône, reliques – implique qu’une communauté entière, sur la durée, a reconnu, célébré et transmis cette histoire de façon active et continue.

  • Le miracle du Saint Feu ne commence pas avec saint Tunom. Il s’inscrit dans une tradition ancienne, publique, encore célébrée chaque Samedi saint au Saint-Sépulcre. Depuis des siècles, les chrétiens de Jérusalem y voient un signe pascal : la lumière du Ressuscité s’allume d’elle-même au lieu même de la Résurrection.

  • La figure de Tunom rejoint profondément l’Évangile. Les hymnes le présentent comme un martyr de la « onzième heure », à l’image du Bon Larron : un homme rejoint tardivement par la grâce, mais assez fortement pour tout quitter aussitôt. Au seuil du tombeau du Christ, il reconnaît la Lumière et entre dans la foi par le don de sa vie.


En savoir plus

Chaque Samedi saint, à Jérusalem, une foule considérable se presse dans l’église du Saint-Sépulcre. Les fidèles y attendent le Saint Feu, au lieu même où se trouve le tombeau du Christ. Toute la cérémonie se déroule dans une profonde tension liturgique : les lampes sont éteintes, les cierges demeurent sans flamme, et l’Édicule du tombeau, cette petite chapelle construite à l’intérieur du Saint-Sépulcre autour du tombeau du Christ, devient le centre de toute l’attente.

Avant d’y entrer, le patriarche grec orthodoxe de Jérusalem est contrôlé afin de vérifier qu’il ne porte sur lui aucun moyen d’allumer du feu. Cette vérification était autrefois accomplie par les autorités turques ; elle relève aujourd’hui des autorités civiles israéliennes. Le Saint-Sépulcre conserve d’ailleurs une organisation singulière : ses clés sont traditionnellement confiées à deux familles musulmanes de Jérusalem, les Joudeh et les Nuseibeh.

Le patriarche entre alors seul dans le tombeau du Christ. Il prie dans l’obscurité. Puis le feu apparaît. Il allume ses cierges à cette flamme, sort de l’Édicule et la transmet aux fidèles. En quelques instants, la lumière passe de main en main, de cierge en cierge, jusqu’à remplir toute la basilique.

Un trait frappe particulièrement les pèlerins : durant les premières minutes, ce feu ne brûle pas comme un feu ordinaire. De nombreux fidèles le passent sur leur visage, leurs mains, leur barbe ou leurs vêtements sans être brûlés. Ce geste est visible dans de nombreuses vidéos de la cérémonie. Pour les chrétiens orthodoxes, le Saint Feu est le signe pascal par excellence. Il apparaît dans le tombeau du Christ, là même où la mort a été vaincue, puis se communique à toute l’Église.

Cette cérémonie, ancienne, publique et profondément enracinée dans la foi de Jérusalem, attire chaque année des milliers de pèlerins. La flamme est ensuite portée vers d’autres églises orthodoxes à travers le monde.

Antoine de Montalivet a étudié la philosophie et la théologie au séminaire diocésain de Fréjus-Toulon.


Aller plus loin

Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem, « The Ceremony of the Holy Fire », Jerusalem Patriarchate, 12 avril 2026 : page officielle du Patriarcat de Jérusalem décrivant la cérémonie du Saint Feu célébrée au Saint-Sépulcre.


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