Le scapulaire, terreur des démons
Lors de son apparition de 1251 à Simon Stock , au cours de laquelle elle lui donne le scapulaire, Notre Dame du Mont-Carmel accorde plusieurs privilèges que la Tradition résume ainsi : « Durant la vie, je protège ; à l’heure de la mort, je secours ; après la mort, je sauve. » De nombreux missionnaires ont témoigné de cette protection, en particulier contre les démons. C’est le cas d’un père carme de la province colombienne d’Aruba, en 1920, qui expérimenta à plusieurs reprises l’impuissance soudaine des esprits mauvais confrontés à la Vierge du Carmel.
Les raisons d'y croire
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La puissance du scapulaire est connue de longue date. Ainsi, saint Jean de la Croix , le réformateur du Carmel avec Thérèse d’Avila , rapporte-t-il que son frère Francisco de Yepes, tertiaire carmélitain très dévot du scapulaire – qu’il diffusait largement –, fut pour cette raison persécuté par les démons, qui lui déclarèrent un jour qu’ils cesseraient de le tourmenter s’il « retirait cet habit qui dérobe tant d’âmes à l’enfer, car tous ceux qui le revêtent meurent pieusement » et que le scapulaire leur était « aussi insupportable que les noms de Jésus et de Marie ». On se doute que les Carmes firent bon profit de cet aveu !
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Pendant des siècles, les annales missionnaires ont été remplies de miracles (beaucoup sont documentés, datés, situés) rapportant des interventions de la Vierge du Carmel dans des situations difficiles, voire désespérées. Que ces recensions soient passées de mode n’autorise pas pour autant à nier la véracité et la bonne foi de leurs auteurs.
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En voici un exemple : en 1920, un carme curé d’Aruba en Colombie est appelé au chevet d’un de ses paroissiens, d’origine indienne, nommé Justiniano Dominico, qui a reçu jadis le scapulaire et qui le porte. Il n’a cependant pas empêché ses proches d’appeler le sorcier local, un certain Antonio, qui se vante de pouvoir le guérir mieux que les médecins. Muni de tout son attirail de statuettes rituelles trempées dans des philtres magiques, en proie à une transe, Antonio entame le rituel pour s’apercevoir très vite que celui-ci ne fonctionne pas.
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Le curé, comme d’autres missionnaires confrontés aux mêmes scènes dans d’autres pays, remarque que le sorcier, bien qu’il ne sache pas ce qu’est « ce bout de tissu », lui attribue son impuissance, révélée directement par l’esprit mauvais qui exige que le malade l’enlève. Le sorcier déclare : « Mon esprit ne peut pas entrer et te guérir ; ce morceau de tissu l’empêche de passer, car il est comme le Christ. » C’est la démonstration de l’intervention démoniaque qui donne au sorcier des informations qu’il ignorait.
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Justiniano le comprend, lui aussi, et refuse absolument de retirer le scapulaire. Il échappe ainsi à un danger pis que sa maladie, qui sera finalement soignée par les médicaments classiques.
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Pas plus que la médaille miraculeuse, le scapulaire ne saurait être un objet magique comme un grigri ou un fétiche qui opérerait par lui-même sans qu’il soit nécessaire d’y mettre du sien, de faire le moindre effort et de poser un acte de foi. Les promesses de Notre Dame, comme elle le rappelle, et les papes à sa suite, sont subordonnées au bon vouloir de ceux qui portent le scapulaire.
En savoir plus
Dans les pays de mission pas ou superficiellement christianisés, l’un des pires obstacles auxquels se heurtent les prêtres catholiques sont les pratiques superstitieuses ou magiques : le recours en cas de problèmes, surtout de santé, aux rituels des sorciers et chamans, que l’on appelle au chevet des malades. Ceux-ci obtiennent parfois ce qui ressemble à une guérison, mais n’est en fait qu’une astuce diabolique. Les démons ont en ces domaines un certain pouvoir qu’ils font payer en remplaçant les troubles physiques en apparence guéris par des problèmes spirituels infiniment plus graves d’obsession ou de possession, qui se manifesteront plus tard. Il est donc difficile de décourager les gens de recourir à ces pratiques qui semblent si efficaces.
Si le pape Jean XXII, dans la Bulle Sabbatine, s’est spécialement arrêté à la promesse que la Vierge lui aurait faite, alors qu’il n’était encore que le cardinal Duez, de délivrer du purgatoire le premier samedi qui suit leur mort ceux qui meurent pieusement revêtus du scapulaire, Marie veille aussi, de leur vivant, à protéger les pécheurs et à leur épargner les fautes dans lesquelles les démons cherchent à les attirer.
Effectivement, les missionnaires découvrent à l’usage qu’il existe cependant un moyen certain de toujours contrecarrer les tentatives des sorciers : recourir à Notre Dame, terreur des démons, en plaçant le malade sous sa protection grâce à une image bénite, à la médaille miraculeuse ou au scapulaire – tous moyens qui agissent comme un répulsif sur les esprits malins et réduisent leurs serviteurs à l’impuissance.
Certes, Marie a promis qu’aucune personne portant le scapulaire ne sera damnée, et annoncé la délivrance du purgatoire le samedi qui suit leur mort, lors de laquelle elle les assistera, mais il faut pour cela « garder la chasteté selon son état, réciter le petit office de la Sainte Vierge, jeûner les jours prescrits et faire maigre les mercredis et vendredis ». Or, comme Marie s’en plaint, peu de gens sont fidèles à ces engagements, de sorte qu’ils ne bénéficient pas du privilège sabbatin et restent au purgatoire plus longtemps par leur propre faute. En revanche, Notre Dame ne laisse jamais ses enfants se perdre pour l’éternité.
Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.
Aller plus loin
Philippe Beitia, Notre Dame du Carmel et son scapulaire, Téqui, 2013.
En complément
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Jean-Baptiste Magnetus, Summarium miraculorum Beatae Virginis Mariae de Monte Carmelo, Naples, 1612.
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M. de La Fuente, Compendium historiale gratiarum et beneficiorum per sacrum scapulare et ad invocationem Beatae Virginis Mariae de Monte Carmelo, Tolède, 1619.
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Juan Fernandez Martin, Milagros prodigiosos del Santo Escapulario del Carmen, Madrid, 1956.
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R. M. Lopez-Melus, Prodigios del Escapulario del Carmen, Onda, 1999.