Notre Dame de Ta’ Pinu : Marie fait entendre sa voix
Le 22 juin 1883, une voix, venue de l’image conservée au-dessus de l’autel d’une ancienne chapelle de l’île de Gozo, s’adresse à deux paysans maltais : « Venez prier ici ! », leur enjoint-elle. L’événement donne naissance à une dévotion durable envers Notre Dame de Ta’ Pinu, bientôt entourée de nombreux témoignages de guérisons corporelles et spirituelles chez les pèlerins qui s’y rendent.
Les raisons d'y croire
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En 1575, la chapelle, alors appelée « des Gentili », est sur le point d’être démolie en raison de son état avancé de délabrement. De nombreux autres édifices sacrés subissent le même sort. Selon la tradition, l’ouvrier qui donne le premier coup de pioche contre la chapelle se casse le bras. Cet événement est interprété comme une marque de la protection divine envers ce lieu : on décide donc de le préserver. De fait, la chapelle est l’unique édifice à échapper au décret de démolition.
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C’est dans cette chapelle, appelée depuis Ta’ Pinu (c’est-à-dire « de Philippe ») que Karmela Grima (ou « Karmni », ou encore « Carmène ») et François Portelli entendent, le 22 juin 1883, une voix qui leur demandait de venir y prier et d’y témoigner leur confiance envers la Sainte Vierge. Aucun homme ne se trouve alors aux environs de la chapelle. La voix semble bien venir de la chapelle elle-même, et plus précisément de l’image devant laquelle ils prient.
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La première guérison miraculeuse consignée dans les annales du sanctuaire est celle de Vincenza Portelli, la mère de François. Elle se produit en octobre 1886. François en est l’un des témoins : accompagné de deux de ses frères, il se rend à la chapelle de Ta’ Pinu. Tous récitent le chapelet pour la guérison de leur mère et font le vœu d’offrir une lampe, qu’ils accrocheront devant l’image de la Vierge de Ta’ Pinu si elle guérit. Ils promettent aussi de fournir l’huile nécessaire à son entretien aussi longtemps qu’ils le pourront. Le lendemain, leur mère va mieux. Elle vivra encore plus de deux ans et demi sans être atteinte par la maladie qui l’affligeait. C’est le début d’une longue série de grâces accordées par l’intercession de Notre Dame de Ta’ Pinu.
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La réputation des événements extraordinaires survenus à Ta’ Pinu se répand rapidement. La première revue diocésaine à les relater est Il Propugnatore Cattolico, le 16 avril 1887. Ce périodique eut une existence brève, mais il fut rapidement relayé par d’autres publications diocésaines : Il Messaggiere di Maria en mai 1887, puis Id-Devot ta’ Marija, imprimé en langue maltaise à partir de décembre 1887. Ces journaux affirment le caractère surnaturel des apparitions, sans qu’aucun démenti contemporain ne soit connu.
En savoir plus
Le 22 juin 1883, Karmela Grima, une célibataire de quarante-cinq ans, originaire de Gharb et fille de Tumas, rentre des champs chez elle, près de la colline d’Ordan. Dévote envers la Vierge Marie, elle prie en silence tout en marchant. Lorsqu’elle passe devant la chapelle de Ta’ Pinu, elle entend une voix féminine l’appeler : « Viens, viens. » Les champs sont déserts : à qui cette voix s’adresse-t-elle ? Et surtout : à qui appartient-elle ? Perplexe puis effrayée, Karmela prend la fuite vers sa maison. Mais la voix renouvelle son appel, puis ajoute : « Venez, venez aujourd’hui, car une année s’écoulera avant que vous puissiez visiter à nouveau cet endroit. » Karmela comprend que la voix provient de l’intérieur de la chapelle. Pleine d’admiration, mais aussi d’appréhension, elle y pénètre donc et poursuit ses prières habituelles, tandis qu’un sentiment d’extase indicible l’envahit. Alors la voix, qui semble venir du tableau du retable du maître-autel – lequel représente l’Assomption de la Vierge Marie –, lui demande : « Récitez trois Ave Maria en l’honneur des trois jours pendant lesquels mon corps a reposé au tombeau avant son Assomption. »
Karmela accomplit ce que la voix lui demande, puis se remet en chemin. Peu après, elle tombe malade et doit s’aliter pendant plus d’un an. Au cours de sa convalescence, elle rapporte à un ami, François Portelli, la locution entendue dans la chapelle. Celui-ci lui apprend avoir également entendu, à peu près au même moment, une voix de femme lui demandant de prier depuis la chapelle. Quand François s’exécute, sa mère, gravement malade, guérit subitement. François attribue le miracle à l’intercession de Notre Dame de Ta’ Pinu. Un autre jour, François confie à Karmela qu’un autre message lui a été délivré le jour de l’appel : on lui a demandé de vénérer la blessure cachée à l’épaule du Christ, subie sous le fardeau de la Croix le long du chemin tortueux vers le Calvaire.
La rumeur selon laquelle Notre Dame de Ta’ Pinu a transmis un message à deux personnes du village de Għarb se répand comme une traînée de poudre. L’évêque, Mgr Pietru Pace, informé des événements, s’entretient avec Karmela et François et conclut à l’origine divine de la voix. La dévotion à Notre Dame de Ta’ Pinu se développe rapidement et de nombreux pèlerins, venus de l’île et d’ailleurs, affluent à la chapelle.
On décide donc de construire un sanctuaire de taille suffisante pour accueillir les foules. En 1920, à l’initiative du recteur, Mgr Guzepp Portelli, les bases d’une grande et haute église de style roman sont jetées. En 1932, la nouvelle église est consacrée et, en 1935, le pape Pie XI l’élève au rang de basilique mineure. La même année, l’image miraculeuse de Notre Dame est couronnée par le cardinal Alexis Lépicier, par décret accordé par le pape Pie XI et signé par le secrétaire d’État, le cardinal Eugène Pacelli, futur pape Pie XII.
En mai 1990, le pape Jean-Paul II se rend au sanctuaire de Ta’ Pinu. Après avoir prié dans la chapelle et célébré la messe, il décore l’image de Notre Dame de cinq étoiles dorées, en témoignage de l’amour du peuple maltais pour la Vierge Marie.
Le 18 avril 2010, lors de sa première visite à Malte, le pape Benoît XVI offre une rose d’or à Notre Dame. Il explique à la foule rassemblée à Floriana (Il-Furjana), sur l’île de Malte : « Je suis conscient de la dévotion particulière du peuple maltais envers la Mère de Dieu, exprimée avec une grande ferveur à Notre Dame de Ta’ Pinu, et je suis donc heureux d’avoir l’occasion de prier devant son image, spécialement apportée de Gozo pour cette occasion. Je suis également ravi de lui offrir une rose d’or, en signe de notre affection filiale commune pour la Mère de Dieu. Je vous demande en particulier de la prier sous le titre de Reine de la Famille. »
Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.
Aller plus loin
Nicholas J. Cauchi (évêque émérite de Gozo), Ta’ Pinu Shrine. The Pilgrims’ Heaven, Gozo, Malte, 2008, Ta’ Pinu Publications, 152 pages.
En complément
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Le sanctuaire possède un site Internet .
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L’Encyclopédie mariale contient un bref article sur le sanctuaire de Ta’ Pinu .
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Un court documentaire vidéo en anglais a été produit par le diocèse de Gozo : The Blessed Virgin of Ta' Pinu : The Call and the Shrine .