Dafne Gutierrez, l’aveugle qui a retrouvé la vue
En janvier 2016, à Phoenix, une jeune mère de famille, Dafne Gutierrez, aveugle des deux yeux à la suite d’une maladie grave du nerf optique jugée irréversible, retrouve soudainement la vue après avoir prié devant une relique de saint Charbel. La guérison, constatée par plusieurs médecins et confirmée par une commission scientifique mandatée par l’Église, demeure sans explication naturelle. Cette femme, qui se préparait à entrer en centre spécialisé tant elle avait perdu autonomie et espérance, voit sa vie entièrement transformée. Son témoignage, largement diffusé, a renouvelé la foi de nombreux croyants.
Les raisons d'y croire
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L’état médical de Dafne était documenté par de multiples examens : malformation de Chiari, hypertension intracrânienne sévère, nerfs optiques atrophiés. Les spécialistes avaient conclu à une cécité irréversible. Nous savons donc avec précision d’où elle partait, ce qui renforce la portée du rétablissement.
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La perte de vision était complète : aucun rayon lumineux ne franchissait plus ses yeux. Cette absence totale de perception visuelle est un critère essentiel pour reconnaître une guérison réellement miraculeuse.
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La démarche de Dafne, qui ne connaissait pas saint Charbel, fut un simple acte de foi inspiré par une proche. Elle n’attendait rien de particulier, sinon de demander à Dieu de pouvoir revoir ses enfants. Le cadre exclut l’hypothèse d’une autosuggestion ou d’une construction psychologique.
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Le recouvrement soudain de la vue, survenu quarante-huit heures après la prière et au cœur de la nuit, s’est accompagné de signes objectifs : sensibilité douloureuse à la lumière, sensation de pression intracrânienne qui se résout, odeur de brûlé ressentie par plusieurs membres de la famille. Ces éléments incarnent une action extérieure à l’organisme, que les médecins n’ont pu rattacher à aucun mécanisme naturel connu.
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La vision parfaite (20/20), constatée deux jours plus tard, contredit l’évolution médicale habituelle : un nerf optique atrophié ne se régénère pas en quarante-huit heures, et jamais de manière complète. Cette impossibilité médicale, affirmée unanimement par les spécialistes, témoigne d’une action surnaturelle.
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Les examens successifs montrent une restauration anatomique du nerf optique : ce n’est pas seulement une amélioration fonctionnelle, mais un retour à la normalité structurelle.
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La commission médicale pluridisciplinaire, après examen des dossiers, a conclu qu’aucune explication naturelle ou physiologique ne permettait de rendre compte de la restauration soudaine et complète de ses nerfs optiques.
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La cohérence des témoignages (époux, enfants, prêtre, médecins), leur convergence et leur spontanéité excluent les scénarios de supercherie. L’évêque lui-même a vérifié le dossier avant de s’y associer et d’en conclure une guérison miraculeuse par l’intercession de saint Charbel.
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Les fruits spirituels durables – retour aux sacrements, vie transformée, paix retrouvée, engagement de témoigner – correspondent aux signes évangéliques de l’action de Dieu : la grâce agit en profondeur, et pas seulement dans l’instant.
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Ce miracle s’inscrit finalement dans une longue tradition chrétienne où Dieu agit par l’intercession des saints, ici saint Charbel, dont les guérisons abondent depuis plus d’un siècle. Il offre aujourd’hui encore un signe concret que Dieu répond à la prière de ceux qui l’invoquent.
En savoir plus
Avant le miracle, la vie de Dafne Gutierrez avait pris un tour presque tragique. Depuis l’adolescence, sa maladie lui imposait des opérations successives, des séjours à l’hôpital, une fatigue constante. Le quotidien se refermait peu à peu autour d’elle : elle devait mémoriser les trajets de sa propre maison, apprendre à se déplacer à tâtons, organiser la vie de ses trois enfants sans jamais voir leurs gestes. En novembre 2015, lorsqu’elle perd définitivement la vue du second œil, c’est une étape de plus vers l’isolement : elle ne reconnaît plus les voix de ses enfants, et elle ne distingue plus la présence de son mari qu’au son de sa respiration. Les médecins lui parlent désormais de prise en charge à long terme. Elle-même finit par envisager l’idée d’entrer dans un centre spécialisé pour ne pas entraver la vie familiale. Une femme de trente ans, décidée à ne pas devenir un poids, se préparait silencieusement à renoncer à sa place de mère au foyer.
C’est dans ce triste état intérieur que la visite de la relique de saint Charbel à Phoenix vient se présenter. L’événement, bref et presque anodin pour d’autres, devient pour Dafne une dernière possibilité d’espérer. Elle ne porte pas en elle une dévotion particulière, mais elle y va parce qu’on l’y conduit et parce qu’elle n’a plus rien à perdre. Elle se confesse, reçoit l’onction et touche le reliquaire.
La guérison du 18 janvier 2016 ne transforme pas seulement l’état de ses yeux ; elle redonne à Dafne une vie qu’elle croyait terminée. Elle reprend sa place dans sa maison : sa vision retrouvée lui rend ses responsabilités. Elle le dira plus tard à plusieurs reprises : Dieu ne lui a pas seulement donné la vue, il lui a redonné sa vie de mère.
La suite dévoile un autre aspect du miracle : la fidélité de Dafne. Son retour aux sacrements n’a rien d’un enthousiasme passager. Elle s’engage à témoigner, non par goût de parler, mais parce qu’elle est convaincue que ce qu’elle a reçu doit nourrir la foi d’autres personnes. Sa relation à Dieu s’approfondit : elle apprend à prier et reprend une vie chrétienne régulière.
Antoine de Montalivet a étudié la philosophie et la théologie au séminaire diocésain de Fréjus-Toulon.
Au delà
Depuis la mort de saint Charbel, en 1898, les archives du monastère d’Annaya tiennent un registre continu des grâces reçues : on y compte aujourd’hui plus de 33 000 guérisons ou interventions attribuées à son intercession. Ces dossiers rassemblent des témoignages venus du Liban comme de nombreux autres pays, souvent accompagnés d’examens médicaux avant et après l’événement. Beaucoup décrivent des situations physiques sans issue – cancers avancés, paralysies, atteintes oculaires, maladies chroniques –, où une amélioration soudaine et complète s’est produite après une neuvaine, une visite au tombeau du saint ou une onction d’huile. D’autres témoignages rapportent des délivrances intérieures, des conversions ou des reprises de forces inexpliquées. La variété et la persistance de ces récits, recueillis depuis plus d’un siècle, montrent l’ampleur du rayonnement spirituel de ce moine maronite.
Aller plus loin
L’article sur le site du Collège des Bernardins (24 juillet 2023) : « Saint Charbel Makhlouf, l’ermite du Liban et miracles ». Article de fond en français, bien structuré, qui retrace la biographie de Charbel, évoque les phénomènes autour de sa tombe et les miracles retenus pour la béatification et la canonisation, en les reliant à la tradition spirituelle de l’érémitisme oriental.
En complément
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Le témoignage de Dafné sur la chaîne YouTube Saint Joseph Maronite Catholic Church : « Dafne Gutierrez Healed through Intercession St. Sharbel in Arizona » (en anglais).
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Un autre témoignage de Dafne sur la chaîne YouTube Saint Charbel : « St Charbel heals Dafne Gutierrez from blindness in America » (anglais).
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L’article de Jacques Berset sur le site Internet suisse cath.ch : « Un nouveau miracle attribué à saint Charbel attire les foules aux États-Unis », 30 janvier 2016. Cet article de synthèse raconte la guérison de Dafne Gutierrez, décrit son diagnostic de cécité déclarée irréversible et rapporte que plusieurs médecins (dont le docteur Jimmy Saadé) considèrent la guérison comme scientifiquement inexplicable, un dossier médical complet étant en cours de constitution.