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© Unsplash/Casey Horner
Les apparitions et interventions mariales
Bondy (France)
Nº 990
1212

Dans la forêt de Bondy, Marie éloigne les brigands

La chapelle qui s’élève 10, allée Jean Jaurès à Clichy-sous-Bois, plusieurs fois détruite, plusieurs fois reconstruite, offre aux Parisiens depuis huit cents ans l’un des plus anciens pèlerinages mariaux d’Île-de-France. Une pareille obstination à la rebâtir malgré les aléas de l‘histoire et les dangers encourus pour sauver la statue de Notre-Dame qu’elle abrite témoignent que les générations précédentes ont bien cru en l’origine miraculeuse du sanctuaire. Celle-ci est liée à une apparition de la Vierge escortée d’anges dans ce qui était au XIIIe siècle la sinistre forêt de Bondy, coupe-gorge où nul ne s’aventurait sans trembler.


Les raisons d'y croire

  • Toutes les chroniques du temps font état de l’insécurité dans les années 1200, et des efforts du pouvoir pour assurer la tranquillité des honnêtes gens. Nous connaissons donc bien le contexte historique et le cadre du miracle y correspond tout à fait.

  • L’insécurité atteint des records dans la forêt de Bondy qui jouxte la capitale. Cette région à l’est de Paris est alors couverte de bois épais qu’il faut traverser si l’on veut aller vers le nord. Outre les loups, nombreux, la forêt est devenue depuis des décennies le repaire de brigands qui se sont fait une spécialité de détrousser les voyageurs, mais également l’endroit idéal pour régler des affaires personnelles en commettant un meurtre profitable que l’on imputera aux bandits.

  • Les chroniques nous renseignent sur ces événements, en particulier sur l’assassinat en ces lieux du jeune sire de Montdidier par un rival. Il n’y a donc aucune exagération dans le récit du miracle concernant la dangerosité d’un endroit où la maréchaussée a renoncé à mettre les pieds et où l’on conseille de ne pas s’aventurer sans avoir fait son testament au préalable.

  • Nous sommes en 1212 quand trois marchands angevins, rentrant de quelque foire en Champagne et redescendant vers la Loire, encore encombrés des marchandises invendues et de l’argent qu’ils ont gagné, se retrouvent dans la peu réjouissante nécessité de traverser sans escorte la forêt de Bondy, ce qui revient à tenter le diable car tout signe extérieur de richesse fait des passants une proie pour les malandrins qui ont la sinistre réputation de ne pas laisser de témoins derrière eux.

  • Ce qui devait arriver arrive et les trois malheureux marchands sont en effet attaqués et détroussés par des truands. Leur réaction, en ces temps de grande piété et de dévotion mariale, n’a rien d’étonnant non plus : ils implorent le secours de Notre-Dame et lui promettent, s’ils sortent vivants de cette affaire, de lui élever un oratoire. La raison de la fondation du sanctuaire est donnée et parfaitement crédible.

  • Le premier miracle est que, contrairement à leurs habitudes, les bandits ne vont pas égorger leurs victimes comme ils le font d’ordinaire et se contenter, après leur avoir pris même leurs manteaux, leurs bottes et leurs chaperons, de les ligoter à trois chênes dans une petite clairière. Au vrai, ils espèrent sans doute que le froid de la nuit qui vient, et les loups affamés auxquels ils offrent un festin, finiront le travail à leur place. Les marchands ne sont donc pas tirés d’affaire et ils le comprennent. Ils redoublent de prières.

  • Or, voici qu’une clarté merveilleuse inonde soudain la clairière obscure et que la Vierge leur apparaît, entourée d’une troupe d’anges qui font tomber les liens des marchands, comme dans le récit de l’évasion de saint Pierre des prisons d’Hérode, et leur fournissent assez de lumière pour sortir sains et saufs des bois.

  • Tenant parole, les Angevins informent les autorités ecclésiastiques du miracle et donnent de quoi élever une chapelle. Un détail conserve la trace de leur origine : la fête de ce sanctuaire francilien est fixée au 8 septembre, jour de Notre-Dame l’Angevine, célébration mariale particulièrement associée à l’Anjou. Cette concordance renforce la cohérence de la tradition.

  • Autre détail qui vient corroborer la véracité des faits : alors qu’elle craint toujours des résurgences païennes liées au culte celtique des arbres, l’Église qui, en cas de doute, les aurait fait abattre, préservera les trois chênes où les marchands furent ligotés comme des témoins du miracle, et c’est aussi la raison pour laquelle les révolutionnaires s’empresseront de les couper en 1792.

  • Dernier miracle, et pas le moindre : l’afflux de pèlerins et de processions à la chapelle va considérablement déranger les petits trafics locaux, de sorte que les bandits, dégoûtés, vont abandonner la forêt qui perd sa sinistre réputation et deviendra un lieu de paix et de prière où l’on afflue de toute la région parisienne.


En savoir plus

Peu après la reconnaissance du miracle, la garde du sanctuaire est confiée aux Templiers de la commanderie de Clichy. On notera que l’un de leurs rôles, en Terre Sainte, est d’assurer la sécurité sur les routes et de réprimer le banditisme, ce qui a aidé à purger Bondy des indésirables. En 1260, ils élèvent à la place de l’oratoire primitif une grande chapelle pouvant recevoir 600 personnes et y installent une Vierge noire couronnée tenant l’enfant Jésus qu’ils ont ramenée d’Orient. À la suppression de l’ordre du Temple, les Hospitaliers de Saint-Jean prennent la relève puis les chanoines de saint Augustin.

Ruinée pendant les guerres de Religion, la chapelle est splendidement reconstruite au XVIIe siècle grâce aux chanoines de Livry, dont Christophe de Coulanges, oncle maternel et tuteur de Mme de Sévigné, qui restera toute sa vie attachée à ce pèlerinage, encore très rural, et l’évoquera souvent dans ses lettres. C’est aussi l’époque où l’on rapporte la statue que l’on avait mise à l’abri et qu’est fondée la confrérie Notre-Dame-des-Anges, preuve que l’Église ne met pas en doute leur rôle dans l’affaire.

Cependant, en 1791, le sanctuaire est ravagé par un incendie qui n’a rien d’accidentel, la preuve en étant que l’on en profite pour abattre les trois chênes témoins et acteurs du miracle. Néanmoins, des voisins ont réussi à mettre la statue à l’abri, ce qui lui permet d’échapper au feu. Mieux encore, il se rencontre des courageux pour élever des croix à la place des arbres disparus afin d’en conserver la trace, puis pour racheter le terrain et les ruines mis en vente comme biens nationaux et les restituer en 1809 à l’archevêché de Paris. La chapelle est rebâtie, plus petite, et la statue de Notre-Dame y est remise dans le chœur ce qui permet la reprise du pèlerinage. Il attire de nouveau assez de monde pour justifier l’installation, en 1865, d’une coupole qui embellit beaucoup l’édifice. La fête du 8 septembre reprend, grâce au courant de piété mariale.

Juste avant le siège de Paris en 1870, on met de nouveau Notre-Dame à l’abri à Paris et l’on fait bien, car les Prussiens protestants qui campent à Bondy se font une joie de dévaster la chapelle, restaurée après leur départ.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Au delà

D’aucuns ont contesté l’intervention des anges dans le récit, estimant que le vocable Notre-Dame-des-Anges pourrait provenir d’une déformation de « Notre-Dame-des-Angevins », en référence aux trois marchands angevins de la tradition. L’hypothèse mérite d’être examinée, mais ne suffit pas, à elle seule, à établir le caractère tardif de l’épisode angélique, ni à mettre en cause l’intervention marial.


Aller plus loin

A.-E. Fossard, Recherches historiques sur le sanctuaire et le pèlerinage de Notre-Dame des Anges dans la forêt de Bondy, Noisy-le-Grand, Imprimerie Ph. Renouard, 1912.


En complément

  • Atlas de l’architecture et du patrimoine du département de Seine-Saint-Denis.

  • Jean-Baptiste-Eugène Boisnard, Les Sanctuaires de Marie. Pèlerinages divers, Paris, Charles Douniol, 1865, 332 p.

  • Jean-Emmanuel B. Drochon, Histoire illustrée des pèlerinages français de la Très Sainte Vierge, E. Plon, Nourrit et Cie, 1890, spécialement p. 35-37 pour Notre-Dame-des-Anges.

  • Isabelle Couturier de Chefdubois, Mille pèlerinages de Notre-Dame, région A : Normandie, Artois et Picardie, Île-de-France, Maine, Anjou, Orléanais, Blésois et Touraine, Poitou, Vendée, Aunis et Saintonge, Bretagne, Paris, Éditions Spes, 1953, p. 102-103.

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