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Les saints
Italie
Nº 967
1710 – 1766

Pompilio Maria Pirrotti, sur les bancs de l’école et du confessionnal

Prêtre et enseignant pendant trente-deux ans, Pompilio Maria Pirrotti (1710 – 1766) se dévoue tant auprès de la jeunesse du sud de l’Italie qu’il est surnommé « l’apôtre des enfants ». Il prêche aussi inlassablement lors de missions offertes à tous et très fréquentées, confessant longuement, ce qui lui vaut le nom d’« apôtre des Abruzzes ». Homme qui a renoncé à lui-même, il passe sa vie à faire connaître aux hommes l’immensité de l’amour divin et à leur en faire prendre conscience par le pardon accordé chaque jour aux nombreux pénitents qui se pressent à son confessionnal. Il meurt à Campi Salentina le 15 juillet 1766.


Les raisons d'y croire

  • Pour suivre le Christ par la pratique des conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, Domenico (de son nom de baptême) devient religieux sous la règle des Pauvres Clercs de la Mère de Dieu des pieuses Écoles. Fondé en 1617 par saint Joseph Calasanz, l’ordre des Piaristes – comme on les dénomme plus couramment – est un ordre religieux dédié à l’éducation et au soin des enfants pauvres.

  • Pour ce faire, il décide à seize ans de quitter une famille qu’il aime et dont il est aimé, estimée dans le pays et aisée. Il mûrit cette décision en discutant avec son confesseur et un religieux piariste venu prêcher une mission populaire dans le bourg. Puis Domenico quitte la maison paternelle, à Montecalvo Irpino, pour se rendre à Bénévent, laissant une lettre à son père pour expliquer qu’il veut devenir piariste. Son père, stupéfait, rejoint son fils, mais les arguments et les prières de Domenico sont si convaincants qu’il obtient la permission paternelle. La vocation religieuse de Domenico a tout d’une origine surnaturelle.

  • Pendant la famine qui frappe sa ville natale, en 1765, il distribue des tranches de pain aux démunis. Le peuple, qui le connaît, le vénère comme un saint. Il nourrit des centaines de personnes affamées avec très peu de nourriture. La ville de Campi immortalisera la miséricorde corporelle de don Pompilio en érigeant le 2 juillet 2006 dans le parc communal une statue le représentant : on voit le prêtre donner du pain à deux enfants pauvres.

  • Il promeut l’exercice fréquent du chemin de croix, par lequel on suit Jésus-Christ en esprit durant sa Passion du Jardin des Oliviers au Calvaire. Don Pompilio sait en effet que la contemplation des souffrances offertes par Jésus-Christ par amour pour tous les hommes est un puissant moyen pour se détacher du péché et s’unir à Dieu.

  • Il dispense aussi des cours au collège piariste et porte beaucoup d’attention à l’éducation des enfants pauvres, estimant qu’on ne devait pas séparer la formation intellectuelle de la formation spirituelle. Une doctrine qui craint l’examen rationnel cherche typiquement à tenir l’intelligence à distance ; ce n’est pas le cas ici. Une vérité, elle, n’a rien à perdre à ce qu’on la pense davantage.

  • Envoyé par sa congrégation prêcher des missions populaires, il remporte toujours un franc succès : les conversions abondent et de très nombreuses personnes fréquentent plus assidûment les sacrements après l’avoir entendu parler de l’amour divin à l’égard des hommes.


En savoir plus

Sixième enfant de Girolamo Pirrotti, homme noble et docteur en droit, et d’Orsola Bozzuti, Domenico Michele Giovan Battista naît le 29 septembre 1710 à Montecalvo, en Campanie (sud de l’Italie), et est baptisé le lendemain à la collégiale de sa ville natale. Le 2 février 1727, il reçoit l’habit des Piaristes au noviciat Santa Maria di Caravaggio de Naples et demande à prendre le prénom de son frère séminariste défunt, Pompilio, auquel est adjoint le nom de la Mère de Dieu.

Au noviciat, les vertus de Pompilio (selon son nom de religion) sont si remarquables que ses supérieurs le dispensent de l’habituelle seconde année. Il est donc admis à faire ses vœux religieux au terme de la première année. À l’époque, les couvents de formation dans le royaume de Naples se montrent réguliers : ce témoignage est donc éloquent par lui-même. Le 25 mars 1728, il prononce ses vœux solennels au couvent de Brindes (Brindisi, dans les Pouilles), par lesquels il s’engage à se donner à Jésus-Christ pour toujours.

Il commence alors les études scolastiques proprement dites (philosophie et théologie), mais il tombe malade au scolasticat de Chieti. Envoyé à Melfi (près de Potenza, entre Naples et Bari), car le climat y est meilleur, il y poursuit ses études pendant cinq années. Après sa guérison, en 1733, il est nommé à Turi, tout près de Bari, où il enseigne la littérature. Rentré à Naples, don Pompilio devient supérieur et maître des novices du couvent de Lecce, en raison de ses vertus et de ses capacités intellectuelles : il est en effet réputé bon théologien.

Don Pompilio reçoit l’ordination sacerdotale à Brindes le 20 mars 1734 des mains de l’archevêque, Andrea Maddalena. Suivent trois années où il remplit l’office de prédicateur de missions, d’abord à Brindes, puis dans les Abruzzes, à Ortona, pendant trois autres années. Il enseigne ensuite au séminaire de Lanciano, où il développe le culte du Sacré-Cœur (il rédige la formule de la première neuvaine de prière au Sacré-Cœur dans son pays, ainsi que trente méditations pour le mois du Sacré-Cœur). Il se fait également le chantre du culte eucharistique – nous sommes à l’époque du jansénisme, qui minimise l’amour divin de manière générale, et particulièrement l’amour divin présent dans et par la sainte Eucharistie. Il vante aussi la justice et les bienfaits du culte marial. Il appelle la Sainte Vierge Mamma bella c’est-à-dire « la belle Maman ». Il est surnommé le « martyr du confessionnal » en raison des longues heures qu’il y passe chaque jour. C’est d’ailleurs du confessionnal qu’il est emmené presque sans vie le 15 juillet 1766, avant de rendre l’âme.

Don Pompilio n’est pas seulement préoccupé par ses contemporains. Le sort des trépassés l’émeut aussi. Il fonde à Naples une confraternité appelée « la Charité de Dieu », dont l’objet est de promouvoir la fréquente réception des sacrements (confession et communion), la pratique des vertus chrétiennes et l’habitude de prier pour les âmes des défunts qui attendent de la charité des vivants leur délivrance du purgatoire.

À partir de 1747, les jansénistes le calomnient auprès de l’archevêque de Naples, Antonio Sersale, l’accusant de laxisme. Sur la foi de ces dépositions, ce dernier lui interdit d’entendre les confessions. De plus, ses prêches, remarqués par leurs qualités intellectuelles et oratoires, autant que par leur profonde piété, dérangent nombre de personnes influentes à la cour, et le roi Charles III (qui expulsera les jésuites d’Espagne en 1767) signe un décret d’expulsion du royaume à son encontre. Il le révoque toutefois peu après sous la pression populaire. Les dernières années de la vie de don Pompilio se déroulent à Manfredonia, au mont Gargan, où il est prieur (c’est-à-dire responsable) d’une maison de sa congrégation.

Au printemps 1765, don Pompilio entreprend un long voyage vers Ancône. Il s’arrête non loin de Lecce, à Campi Salentina, le 12 juillet 1766. Après la messe du lendemain, il tombe soudainement malade et doit s’aliter. Le mal l’emporte deux jours plus tard, le 15 juillet. Il est enterré sur place.

Le pape Léon XIII le béatifie en 1890 et le pape Pie XI le range au nombre des saints en 1934. Le pape « fit remarquer que cette vie ne s’était pas déroulée au milieu de grands événements historiques ni dans le cadre d’entreprises qui avaient retenu l’attention du monde entier ; elle n’avait pas été bouleversée par des vicissitudes extraordinaires, mais s’était écoulée dans l’accomplissement humble, modeste et discret des devoirs quotidiens » (E. Pucci, « St Pompilio Maria Pirrotti », in The Catholic Transcript, 19 April 1934, p. 4).

Sa dépouille est déplacée en 1966 au sanctuaire créé pour lui en 1939 (à Campi Salentina), qui porte son nom.

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.


Aller plus loin

Giuseppe Tasca e Francesco Grillo, Vita di s. Pompilio Maria Pirrotti delle Scuole Pie, Roma, Postulazione generale delle Scuole Pie / S. Pantaleo, 1934, 347 pages. Cette biographie est parue l’année de la canonisation.


En complément

  • Mario Spinelli, San Pompilio Maria Pirrotti. Dio, Dio, Dio e nient’altro, Torino, Editrice Elledici, 2013, 48 pages.

  • Carlo Celso Calzolai, Un apostolo nel 700 s. Pompilio Maria Pirrotti delle Scuole Pie, Firenze, Baccini e Chiappi, 1984, 274 pages.

  • Michelangelo Maria Monti, Sch.P., Vita del beato P. Pompilio Maria Pirrotti delle Scuole Pie, Roma, Tipografia Armanni, 1890, 362 pages. Cette biographie est parue l’année de la béatification.

  • Ÿ Enrico Pucci, prélat et correspondant du Vatican, (N. C. W. C. News Service), « St Pompilio Maria Pirrotti », dans The Catholic Transcript, Volume XXXVI, Number 46, 19 April 1934, p. 4. En ligne .

  • Le site du Dicastère pour la cause des saints consacre une notice à Pompilio Maria Pirrotti .

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