Antonino Fantosati va jusqu’au bout de sa mission
En 2000, passant outre au mécontentement du pouvoir communiste chinois, Jean-Paul II béatifie cent vingt missionnaires, hommes et femmes, ainsi que de nombreux laïcs victimes des persécutions antichrétiennes, pour la plupart tués lors de la révolte des Boxers en 1900. Parmi eux, le vicaire apostolique du Hunan, le franciscain italien Antonino Fantosati. Quels que soient les circonstances et les périls, ce dernier s’évertua à enseigner l’Évangile, et surtout à le vivre et à le mettre en pratique afin d’amener les Chinois au Christ.
Les raisons d'y croire
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Sans doute Antonino Fantosati envisageait-il de poursuivre sa vie religieuse dans l’un ou l’autre couvent franciscain d’Italie, mais, alors qu’il vient d’être ordonné prêtre en 1865, Antonino Fantosati est envoyé en Chine, où les missions franciscaines se développent. La vie y est difficile, le climat insalubre pour les Occidentaux, les épidémies continuelles, et la persécution anti-chrétienne, plus ou moins larvée, fait de nombreux martyrs, tant parmi les prêtres étrangers que parmi les fidèles autochtones. Antonino le sait ; il sait aussi qu’il ne reverra probablement jamais sa patrie et sa famille. Cependant, il accepte sans discuter : la parole du Christ « Allez ! De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » ( Mt 28,19 ) est un appel actuel auquel il entend répondre jusqu’au bout.
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En 1867, il débarque à Hankou (Wuhan). Il possède à peine des rudiments de la langue et des usages locaux. Il est pourtant expédié dans la région du Haut-Hubei, où il passera sept ans. L’on imagine mal le terrible quotidien de ces prêtres européens souvent obligés de vivre dans la clandestinité, isolés par la barrière linguistique, soumis à de grandes pressions psychologiques et morales, traversant des nuits de l’âme qui leur font penser qu’ils ont perdu la foi... Il faut une force remarquable pour le supporter, force qui ne se trouve que dans une vie de prière et sacramentelle remarquable. Antonino est donc une sorte de héros discret de l’apostolat que rien n’abat.
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Au bout de sept ans, ses supérieurs l’envoient à Laohekou, un port sur le fleuve Han. Immédiatement, en dépit des obstacles, le prêtre s’attaque aux plus grands fléaux de la société chinoise : l’opium, l’exploitation des faibles et l’infanticide des petites filles. Il faut un courage insensé alors que l’on est à peine toléré pour oser lutter contre des trafiquants et des pouvoirs corrompus. C’est que la parole de Jésus sur les plus petits d’entre les siens ( Mt 25,40 ) n’est pas vaine pour lui.
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En 1878, vicaire général de la province du Haut-Hubei, il doit faire face à une épidémie de peste qui fera des centaines de milliers de morts, dont son évêque, Mgr Beli, le laissant seul pour affronter la catastrophe, aggravée par une terrible famine. Sans souci de sa sécurité, Fantosati soigne les malades, assiste les mourants, recueille les orphelins et quémande des secours financiers en Europe, qui permettront de faire vivre ses œuvres. Son attitude entraîne de nombreuses conversions, y compris celles de quatre-vingt-dix grandes familles, ce qui irrite les autorités. Cependant, comme il est tellement utile, elles n’agissent finalement pas contre lui. Ainsi donne-t-il le genre de témoignage qui a conduit le monde païen à la conversion.
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Lorsque la persécution des Boxers atteint le Hunan, Antonino Fantosati, devenu évêque, choisit de revenir auprès de ses fidèles, bien qu’il sache le danger presque certain. À peine débarqué, il est reconnu, lapidé, roué de coups puis soumis pendant plusieurs heures à d’atroces sévices avant d’expirer, le 7 juillet 1900. En refusant d’abandonner son troupeau alors qu’il pouvait préserver sa vie, il offre un témoignage d’une cohérence radicale.
En savoir plus
Né près de Trevi le 16 octobre 1842, Antonio Fantosati, qui deviendra Antonino en religion, appartient à un milieu familial pieux. Ainsi ses parents acceptent-ils comme allant de soi que leur fils choisisse à seize ans d’entrer chez les Franciscains du couvent de la Spinetta, à Todi.
Gagner les terres lointaines et les païens au Christ a poussé au fil des siècles des dizaines de milliers de prêtres à tout quitter, au risque de leur vie et d’une mort violente, pour assurer le salut des non-croyants. C’est ce qui motive celui que l’on appelle désormais père Antonino Fantosati lorsqu’il s’embarque en 1867 pour la Chine. Le réveil du nationalisme y rend de plus en plus dangereux le travail d’évangélisation, mais le salut des âmes l’emporte donc pour lui sur tout le reste.
Comme tant d’autres, il se heurtera pendant plus de trente ans aux difficultés d’un terrain réfractaire au christianisme, toujours plus xénophobe, ingrat et prompt à se retourner contre ceux qui font le bien.
Son audace pour s’attaquer aux plaies de la société chinoise prouve que ses supérieurs ont eu raison de lui croire l’étoffe d’un grand missionnaire. Devenu vicaire général de Mgr Beli dans le Haut-Hubei, il l’aide à administrer un diocèse de plus de vingt et un millions d’âmes, et il assure ensuite son intérim quand l’évêque meurt de la peste. Tenu pour un bienfaiteur même par les païens, nommé en 1892 vicaire apostolique du Hunan méridional, évêque in partibus d’Aran, il constate cependant que, dans un empire de plus en plus hostile à la présence européenne, la reconnaissance des pouvoirs publics est de courte durée. Victime de fausses accusations et de calomnies honteuses de la part d’autorités corrompues que son action dérange, il refuse de quitter son poste malgré le danger.
En juin 1900, au début de la révolte sanglante de la secte des Boxers, il se précipite vers Hengyang au secours d’un de ses jeunes prêtres isolés. Il arrivera trop tard, puisque celui-ci a péri brûlé vif dans son église. Mais le 7 juillet, à peine débarqués, Mgr Antonino Fantosati et l’abbé Gambaro sont pris à partie par la foule, qui les lapide. Mourant, Gambaro expire dans les bras de son évêque, lui-même gravement blessé et qui sera torturé et dépecé encore vivant sans lui arracher autre chose que les mots : « Gesù Maria ! » Ses bourreaux diront plus tard : « Celui-là était un homme juste ! »
Cela ne les empêche pas de brûler sa dépouille pour empêcher les chrétiens de la récupérer. Seul un petit os retiré des flammes sera rapporté plus tard en Italie.
Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.
Aller plus loin
L’homélie de Jean-Paul II pour la canonisation des martyrs de Chine, le 1er octobre 2000. Disponible en ligne dans plusieurs langues.
En complément
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Giulio Mancini, S. Antonino Fantosati, Leumann (Turin), Editrice Elledici, coll. « Biografie », 2008. Courte biographie retraçant la vie missionnaire et le martyre de saint Antonino Fantosati à partir des principales sources franciscaines.
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Erica Cecchetti, Antonino Fantosati, un francescano in Cina (1842 – 1900), Rome, Carocci Editore, coll. « Studi Storici Carocci », 2025. Première biographie historique consacrée à Antonino Fantosati, fondée sur des recherches d’archives ainsi que sur sa correspondance.
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La biographie du site Internet Santi e Beati .