Pierre Vigne prend la route pour dire Dieu
Né dans le Vivarais (France) en 1670, Pierre Vigne est ordonné prêtre en 1694, puis il entre chez les Lazaristes afin de se consacrer à l’évangélisation populaire. Quelques années plus tard, discernant l’appel de Dieu, il quitte la congrégation avec l’accord de ses supérieurs pour devenir missionnaire itinérant dans les campagnes du Midi. Pendant près d’un demi-siècle, il parcourt les routes, prêchant, confessant, catéchisant. Animé d’une profonde spiritualité eucharistique, il fonde en 1715 la congrégation des Sœurs du Saint-Sacrement et aménage un chemin de croix à Boucieu-le-Roi. Il faut souligner la remarquable cohérence entre sa prédication, sa vie et la foi qui a animé toute sa vie jusqu’à sa mort, en mission, le 8 juillet 1740. Il a été béatifié en 2004.
Les raisons d'y croire
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Dès l’adolescence, Pierre Vigne a conscience que le saint sacrifice de la messe et le renouveau de l’adoration eucharistique sont de puissants moyens de sanctification des personnes et de la société. Logiquement, il entre donc au grand séminaire à vingt ans, en 1690, et il est ordonné quatre ans plus tard. Fils d’une famille aisée de Privas, Pierre aurait pu envisager une existence confortable. Il choisit pourtant le sacerdoce, dans un contexte où le ministère est particulièrement difficile : dans le Vivarais, sa région natale, les guerres de Religion ont laissé des traces profondes et des rancunes vivaces entre catholiques et protestants. Sa vocation est donc bien fondée sur une conviction profonde et non sur un intérêt personnel.
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Il va demander à sa hiérarchie de quitter la vie diocésaine, puis aussi les Lazaristes, pour pouvoir suivre un apostolat particulier. Il ne s’agit pas d’un problème avec l’autorité ni d’une tendance gyrovague, mais bien d’un appel particulier qui le pousse de plus en plus à sortir des sentiers battus pour aller vers ceux que les instances officielles négligent. Ce changement radical d’orientation et de mode de vie implique une capacité de sacrifice et de renoncement dont peu sont capables. Ce choix lui est manifestement inspiré du Ciel, ce que d’ailleurs personne ne conteste.
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Dès lors, Vigne développe une action missionnaire itinérante singulière. Il ne cherche pas à recruter des compagnons et assume en solitaire cette tâche ingrate, allant où l’Esprit le pousse, parcourant le Vivarais, le Dauphiné, le Vercors, le Forez, une partie de la Savoie et même l’Hérault et la Haute-Garonne. Il attend que Dieu l’inspire.
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Cette vie est un choix difficile et pénible, souvent périlleux et d’une remarquable endurance. Il n’a pas de point fixe, à l’image des premiers disciples et du Fils de l’Homme, qui n’avait pas de pierre où reposer sa tête. Les témoignages du procès de béatification décrivent un missionnaire vivant très simplement, dormant peu, parcourant de longues distances à pied et refusant les avantages matériels, car il a conscience que les biens éternels priment sur les biens temporels.
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Il comprend que laisser passer l’occasion de se confesser peut décider du salut d’un pécheur, de sorte qu’il ne se contente pas de confesser dans les villages où il prêche, mais il s’oblige à transporter partout avec lui un confessionnal pliable afin de pouvoir soulager aussitôt de leurs fautes ceux qui croisent son chemin. Il ne tient pas compte de son épuisement, se montrant sans cesse disponible pour tous.
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Sa foi en Christ produit une fécondité humaine observable. : elle engendre des missions populaires, des conversions, une œuvre éducative durable (la congrégation des Sœurs du Saint-Sacrement, fondée en 1715). Vigne a également fondé la confrérie des Pénitents blancs, qui prie, se sacrifie et fait pénitence pour les péchés du monde. En dépit de sa grande rigueur, elle rencontre un vaste succès.
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Pierre Vigne ne rencontre aucun obstacle pour édifier à Boucieu-le-Roi un chemin de croix monumental de trente stations, qui survivra à la Terreur et existe encore. Il souhaite que les fidèles puissent méditer concrètement la Passion du Christ. Les événements de la Passion appartiennent à l’histoire réelle, et il observe que contempler les souffrances du Christ peut transformer durablement la vie des croyants.
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Pris d’un malaise en chaire alors qu’il prêche une retraite à Rencurel, dans le Vercors, au début de l’été 1740, Vigne y meurt le 7 juillet. En dépit d’une chaleur lourde et orageuse qui fait craindre une décomposition très rapide du corps, son cadavre demeure intact, au point qu’au bout de quatre jours, l’on hésite encore à l’inhumer, car on le croirait endormi plutôt que mort. Les conditions atmosphériques n’étant absolument pas propices à un tel phénomène, les esprits en resteront très frappés.
En savoir plus
La légende s’est tôt emparée de la personnalité du missionnaire, donnant lieu à des anecdotes fausses mais révélatrices. Ainsi, bien qu’il soit né le 20 août 1670 à Privas, en Ardèche, dans une famille parfaitement catholique, certains le prétendront d’origine protestante et converti à l’adolescence par un miracle eucharistique, son cheval l’ayant désarçonné un jour qu’il refusait de mettre pied à terre pour laisser passer le saint sacrement. Cette anecdote, directement inspirée par d’autres vies de saints, telle celle de saint Antoine de Padoue, est fausse, mais elle souligne combien la dévotion eucharistique du prêtre a marqué ceux qui l’ont rencontré.
Pierre Vigne est ordonné le 8 septembre 1694, puis nommé vicaire dans la paroisse montagnarde de Saint-Agrève, qui fut cinquante ans plus tôt solidement réévangélisée par saint Jean-François Régis. Il y donne toute satisfaction, est très apprécié de ses ouailles et de son curé, fait beaucoup de bien, mais il comprend vite que cette existence trop facile, dans un bourg où il ne s’agit plus que de prêcher des convaincus, ne correspond pas à son appel. Pierre Vigne comprend que la défiance vis-à-vis des catholiques est largement alimentée par l’ignorance, la méconnaissance, les préjugés. Il comprend aussi qu’on ne peut lutter contre elle qu’en instruisant le peuple des vérités de la foi, en lui donnant une image plus juste de l’Église et du clergé, et en lui rendant le goût et l’amour des sacrements, de la messe et de Marie. Cette prise de conscience, qui se fera en plusieurs étapes, le conduira à un dépouillement total et à un abandon volontaire de toutes les sécurités de l’existence uniquement pour ramener les âmes à Dieu.
Il décide en 1700, avec l’accord de son évêque, de quitter le clergé diocésain pour postuler chez les Lazaristes, à Lyon. Fondés par saint Vincent de Paul, les Lazaristes sont des prêtres missionnaires voués à parcourir les campagnes et les villes pour redonner une formation chrétienne au peuple, lui inspirer l’amour de Dieu et le ramener à la pratique religieuse, notamment par la confession. Pierre a la conviction que la défiance vis-à-vis de la religion catholique est largement alimentée par l’ignorance, la méconnaissance et les préjugés. Il comprend aussi qu’on ne peut lutter contre elles qu’en instruisant le peuple des vérités de la foi, en lui donnant une autre image de l’Église et du clergé, et en lui rendant le goût et l’amour des sacrements, de la messe et de Marie. Cette prise de conscience, qui se fera en plusieurs étapes, le conduira à un dépouillement total et à un abandon volontaire de toutes les sécurités de l’existence uniquement pour ramener les âmes à Dieu.
Les structures des Lazaristes ne correspondent pas pleinement à ce qu’il cherche (ils sont trop organisés et il ne trouve pas la liberté de mouvement qu’il voudrait conférer à son apostolat). Aussi va-t-il demander dès 1706 à les quitter, toujours avec l’accord de ses supérieurs. Il ne s’agit pas d’un problème avec l’autorité ni d’une tendance gyrovague, mais bien d’un besoin d’action qui le pousse de plus en plus à sortir des sentiers battus pour aller vers ceux que les instances officielles négligent. Cette nécessité du travail de terrain lui est manifestement inspirée du Ciel, ce que personne ne conteste.
En 1712, il arrive à Boucieu-le-Roi, un village dont l’aspect le fait immédiatement penser à Jérusalem. Il comprend qu’il a trouvé là son équivalent et qu’il doit en faire une sorte de camp de base d’où il fera désormais rayonner ses activités. Il va y construire un chemin de croix, puis, l’année suivante, quelques jeunes filles pieuses étant venues le prendre comme directeur de conscience, jeter les bases de ce qui deviendra la congrégation des Sœurs du Saint-Sacrement, qui se vouent à l’adoration eucharistique et à l’accueil des pèlerins venus parcourir les trente stations de son chemin de croix. Sa fondation est autorisée en 1722.
Il meurt d’épuisement à la tâche après avoir, dans les régions qu’il a parcourues, préparé le peuple à résister à la déchristianisation révolutionnaire. Si la Terreur anéantira la confrérie des Pénitents blancs, les Sœurs du Saint-Sacrement, désormais installées à Valence, lui survivront.
Jean-Paul II l’a béatifié le 3 octobre 2004.
Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.
Aller plus loin
Pierre Vigne (1670 – 1740). Prêtre missionnaire. Actes du colloque du tricentenaire de son ordination sacerdotale (1694-1994), Lyon, Profac, 1995.
En complément
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La biographie de Pierre Vigne sur le site Internet du Vatican, ou sur le site Santi e Beati .
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Pierre Vigne, Méditations sur les plus beaux mystères de Notre Seigneur Jésus-Christ, édition critique par les Sœurs du Saint-Sacrement, Valence.
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Les informations disponibles sur le site Internet de la congrégation des Religieuses du Saint-Sacrement , en plusieurs langues.
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Annie Gerest, Pierre Vigne, en chemin avec les humbles, Paris, Nouvelle Cité, 2012.