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Les saints
Empire russe, Constantinople, Serbie, Shanghai (Chine), Philippines, Paris (France), États-Unis
Nº 958
1896 – 1966

Jean Maximovitch : de Shanghai et de San Francisco

Saint Jean de Shanghai et de San Francisco (né Mikhaïl Borissovitch Maksimovitch en 1896 à Adamovka, dans l’Empire russe) est l’une des grandes figures de l’orthodoxie du XXe siècle. Moine puis évêque de l’Église orthodoxe russe hors frontières (ROCOR), il exerce successivement son ministère à Shanghai et en Europe occidentale, avant d’être nommé archevêque de San Francisco en 1962. Il est à la fois un missionnaire fervent, un enseignant exceptionnel, un père spirituel et un « fol en Christ ». Il s’éteint le 2 juillet 1966, à Seattle, alors qu’il effectuait une visite pastorale.


Les raisons d'y croire

  • La vie de Jean de Shanghai et de San Francisco est très bien connue. La principale biographie de saint Jean de Shanghai, Blessed John the Wonderworker, est publiée en 1987, vingt et un ans seulement après sa mort. Rédigée par le hiéromoine Seraphim Rose, qui avait personnellement connu l’archevêque dans les dernières années de sa vie, elle s’appuie sur une centaine de témoignages de première main recueillis auprès de ses contemporains.

  • Jean Maximovitch mène une existence volontairement austère : sommeil réduit, jeûnes fréquents, longues heures de prière nocturne, pauvreté personnelle et disponibilité constante pour les autres. Ces pratiques sont attestées par les témoignages recueillis auprès de ses contemporains. La persévérance dans une ascèse exigeante, depuis l’enfance et jusqu’au bout de sa vie, y compris lorsqu’il était évêque, révèle ses convictions très profondes.

  • Après la révolution russe, puis durant la Seconde Guerre mondiale, Jean consacre une énergie considérable pour venir en aide aux réfugiés. Il intervient notamment à Shanghai pour sauver des centaines d’orphelins, dans l’île de Tubabao (Philippines) afin d’obtenir un refuge pour plusieurs milliers de réfugiés russes, et à San Francisco, où il continue cette œuvre pastorale. Il consacre donc sa vie aux plus vulnérables sans en retirer de bénéfice humain.

  • Il refuse de faire de l’Église le prolongement des intérêts de la diaspora russe. L’Église ne doit pas être un instrument au service d’une cause humaine, car le christianisme possède une valeur de vérité irréductible aux considérations politiques, sociales ou nationales.

  • Cette attitude lui vaut de nombreux ennemis. Il est grandement calomnié pendant plusieurs années à San Francisco lors de la construction de la nouvelle cathédrale, avant d’être entièrement disculpé. Publiquement critiqué, assigné devant les tribunaux civils et profondément humilié, il ne répond pas aux attaques mais demande explicitement que ses adversaires soient pardonnés. Ainsi, Jean ne se contente pas de prêcher l’Évangile : il l’applique même lorsque cela lui coûte ( Matthieu 5,44 : « Aimez vos ennemis »).

  • Parmi les témoignages recueillis par Seraphim Rose, il y a notamment des guérisons inexpliquées qui lui sont attribuées, et une connaissance de faits qui auraient dû lui être inconnus. Ces récits sont précis, circonstanciés et attribués à des témoins identifiés.

  • On considérait déjà Jean comme un saint de son vivant, et les fidèles sollicitaient spontanément ses prières, convaincus de leur efficacité. Son culte n’est donc pas né d’une légende tardive : les prières qui lui sont adressées après sa mort prolongent une réputation déjà solidement établie.


En savoir plus

Le futur saint naît le 4 juin 1896 dans la région de Kharkiv (Ukraine actuelle), dans le domaine familial d’Adamovka. Il est baptisé Mikhaïl, en l’honneur de l’archange. Les parents de Mikhaïl, Boris et Glafira, chrétiens orthodoxes, s’efforcent de donner à leur fils une bonne éducation et, à bien des égards, ils sont eux-mêmes de bons exemples. Il conservera toute sa vie à leur égard un profond respect filial. Dès son enfance, Mikhaïl souffre d’une santé fragile. Sa nature paisible et douce lui permet de nouer des relations amicales avec autrui, mais il n’a pas d’amis particulièrement proches. Mikhaïl participe rarement aux jeux avec les autres et préfère se plonger dans ses pensées. Dès son plus jeune âge, il se démarque par sa ferveur religieuse : il aime « jouer aux monastères », les construisant avec des forts miniatures et habillant ses soldats de plomb en habits monastiques. En grandissant, il commence à constituer une bibliothèque religieuse, à collectionner des icônes et à se consacrer à la prière.

À l’âge de onze ans, les parents de Mikhaïl l’inscrivirent au corps des cadets de Poltava. Bon élève, il excelle dans presque toutes les matières. Seule sa condition physique lui pose problème. Sa nature douce et pieuse le distingue de ses camarades. Après avoir obtenu son diplôme de cadet en 1914, Mikhaïl se trouve face à un choix : où poursuivre ses études ? Il envisage l’Académie théologique de Kyiv, mais ses parents, qui souhaitent qu’il fasse une brillante carrière juridique (une perspective réaliste compte tenu de ses talents et de leurs relations), insistent pour qu’il s’inscrive à la faculté de droit. Par respect pour ses parents, il se soumet à leur souhait et s’inscrit à l’université de Kharkiv.

La fin de ses études coïncide avec une période d’événements terribles et tragiques pour sa patrie : la révolution de février et les bouleversements qui s’ensuivent. Ni lui ni ses parents ne partagent la joie révolutionnaire qui suit le renversement du tsar russe. On pourrait même dire que, pour la famille de Mikhaïl, ces froides journées de février deviennent des jours de tristesse et de deuil.

Mikhaïl quitte sa patrie et s’installe à Belgrade. Il s’inscrit à la faculté de théologie de l’université : en 1924, il est élevé au rang de lecteur, et il obtient son diplôme en 1925. En 1926, il reçoit la tonsure monastique par le métropolite Antoine de Khrapovitski. Mikhaïl prend alors le nom monastique de Jean, en hommage au serviteur de Dieu et représentant de sa lignée, saint Jean de Tobolsk.

Le père Jean travaille un temps comme catéchiste au lycée de la Grande Kikinda, puis comme professeur au séminaire de Bitola. Il s’efforce de présenter ses cours avec clarté et compréhension. Les élèves l’adorent. En 1929, sur décision des autorités ecclésiastiques, le père Jean est élevé au rang de hiéromoine. Il s’acquitte de ses fonctions sacerdotales avec le plus grand sérieux et le plus grand sens des responsabilités.

En 1934, le père Jean est ordonné évêque et part humblement pour son nouveau lieu de service : Shanghai. Outre sa participation aux offices et à la prédication, l’organisation de la vie paroissiale, l’œuvre missionnaire et les œuvres caritatives, le saint visite personnellement de nombreux malades, les réconfortant par des paroles pastorales bienveillantes, entendant leurs confessions et leur administrant la sainte communion. On raconte que, si nécessaire, l’évêque rend visite à un malade à toute heure du jour ou de la nuit.

En 1949, face à la montée du communisme en Chine, l’évêque Jean est contraint de se réfugier aux Philippines, où il séjourne dans un camp spécialement aménagé avec d’autres réfugiés. Soucieux du bien-être de ses fidèles, l’évêque se rend à Washington et demande que les réfugiés soient accueillis aux États-Unis. Ses demandes, et bien sûr ses prières, sont exaucées. Une part importante des réfugiés ont réussi à s’installer en Amérique, tandis que d’autres s’établissent en Australie. En 1951, Jean est nommé archevêque de l’Exarchat d’Europe occidentale, subordonné à l’Église orthodoxe russe hors frontières. En 1962, avec l’approbation de ses supérieurs, il s’installe aux États-Unis, où il devient archevêque de San Francisco.

La communauté orthodoxe locale traverse une période difficile. Outre les difficultés générales (notamment financières), le fonctionnement normal du diocèse est entravé par des mouvements schismatiques internes. Il faut mentionner que l’Église russe hors frontières n’est pas à ce moment-là en communion avec les Églises orthodoxes canoniques et se démarque par un très fort rigorisme. Le futur saint Jean est perçu, dans sa simplicité évangélique et son caractère paisible, comme un moderniste. Nous savons qu’il était favorable au rite occidental au sein de l’Église orthodoxe et qu’il n’avait rien contre le calendrier grégorien.

À son arrivée, la vie dans le diocèse commence à s’améliorer. Cependant, l’initiative bienveillante de l’évêque Jean n’est pas du goût de tous. Des envieux et des personnes mal intentionnées se manifestent. Des intrigues se trament contre Jean, et les dénonciations affluent vers la hiérarchie ecclésiastique. Entre-temps, avec l’aide de Dieu, cette situation se dénoue en faveur de Jean. Le 2 juillet 1966, lors d’une visite pastorale à Seattle, alors qu’il prie en secret, le cœur de l’évêque cesse de battre, et il s’en va paisiblement rejoindre le Roi des cieux.

Yustina Panina, théologienne orthodoxe.


Au delà

Un fragment de souvenirs de ses contemporains : « Dans la vie de tous les jours, l’évêque était d’une grande simplicité : il portait des vêtements liturgiques de la plus humble étoffe, des sandales, et [allait] souvent même pieds nus par tous les temps, donnant ses chaussures aux pauvres. C’était un homme véritablement désintéressé, disciple d’un autre grand saint russe, saint Nil de Sora. C’était un homme de Dieu. »


Aller plus loin

Seraphim Rose, Man of God : Saint John of Shanghai and San Francisco, deuxième édition, Platina, St. Herman Press, 1994.


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