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Les saints
Italie
Nº 959
1909 – 1954

Les yeux fixés sur Dieu de Lucia Ripamonti

Née en Italie le 26 mai 1909 dans une famille modeste et peu religieuse, Maria Ripamonti manifeste très tôt une foi profonde et un grand amour des autres. Entrée en 1932 dans la congrégation des Servantes de la Charité, elle reçoit le nom de sœur Lucia de l’Immaculée et mène jusqu’à sa mort une existence humble, donnée à Dieu dans les tâches les plus ordinaires. Sa charité discrète, sa joie constante et son offrande silencieuse frappent durablement ceux qui la connaissent. Reconnue pour ses vertus héroïques, elle est proclamée bienheureuse par l’Église catholique en 2021, après la reconnaissance d’une guérison obtenue par son intercession.


Les raisons d'y croire

  • Maria Ripamonti grandit dans une famille éloignée de la religion, auprès d’un père anticlérical. Pourtant, dès son plus jeune âge, elle manifeste une piété étonnante. Son parcours rappelle que la foi chrétienne ne s’explique pas seulement par l’éducation ou la transmission familiale : la grâce de Dieu peut rejoindre un cœur là où rien, humainement, ne semblait l’annoncer.

  • Maria est persuadée d’avoir reçu un appel à consacrer radicalement son existence à Dieu dans la vie religieuse. Elle accepte de renoncer à tout pour devenir religieuse, faisant preuve d’une grande détermination et d’une persévérance remarquable malgré les portes fermées de plusieurs congrégations et l’opposition de ses parents.

  • Entrée dans la congrégation des Servantes de la Charité, à Brescia, Maria Ripamonti, devenue sœur Lucia de l’Immaculée, associe une vie profondément contemplative, plongée dans la prière, à une vie aussi intensément active, faite de travail et de don de soi. Loin de l’enfermer dans un nombrilisme spirituel, sa relation à Dieu semble l’ouvrir aux autres et l’ancrer dans la vie réelle.

  • Elle sert la communauté toute sa vie dans des tâches humbles : balayant les sols, faisant les courses, accompagnant les sœurs dans leurs démarches ou servant les prêtres venus à la maison mère pour les exercices spirituels. Ces tâches anodines, sœur Lucia les vit avec un amour et une joie débordante qui rayonnent auprès de tous ceux qui croisent sa route.

  • La charité de sœur Lucia se manifeste dans les moindres détails. Un jour, voyant une sœur novice nettoyer un couloir, elle l’encourage à laver aussi sous les armoires, là où personne ne voit, « car Jésus doit toujours sourire pour notre œuvre cachée par amour pour lui ». Cette remarque dit beaucoup de sa vie intérieure : chez elle, rien n’est insignifiant dès lors que tout est offert par amour.

  • Atteinte à la fin de sa vie d’un cancer du foie, sœur Lucia vit l’épreuve de la maladie avec une charité sans limite, s’occupant des autres malades de l’hôpital plutôt que d’elle-même. Dans chaque acte et chaque souffrance, elle s’offre à Dieu pour la conversion des pécheurs et la sanctification des prêtres. Elle meurt à quarante-cinq ans, le 4 juillet 1954, en odeur de sainteté, après avoir prononcé ces derniers mots : « J’ai toujours gardé les yeux fixés sur Dieu ! »

  • Si, durant sa vie, sœur Lucia Ripamonti n’accomplit aucune œuvre extraordinaire, il n’en est pas de même après sa mort. Le 26 avril 1967, Irene Zanfino, une fillette italienne de six ans, est brutalement renversée par une voiture. Victime d’un arrêt cardiaque, plongée dans un profond coma, elle est conduite à l’hôpital de Bolzano, où les médecins constatent un état de mort clinique et annoncent qu’elle mourra probablement dans les heures qui suivent. Dans l’éventualité presque impossible où elle survivrait, elle devrait rester aveugle et totalement paralysée.

  • Les proches d’Irene décident alors d’implorer sa guérison par l’intercession de sœur Lucia. Son grand-père écrit aux Servantes de la Charité, la congrégation de sœur Lucia, pour leur demander de se joindre à leur prière. Les religieuses qui s’occupent d’Irene placent aussi une image de sœur Lucia sous l’oreiller de la petite fille, comme elles le faisaient dans les cas désespérés. Tout est alors confié à Dieu par l’intercession de cette religieuse humble et cachée.

  • Une semaine plus tard, contre toute attente, Irene ouvre les yeux : elle ne présente aucune séquelle physique ou mentale de son accident. Un mois plus tard, elle sort de l’hôpital, inexplicablement guérie et en parfaite santé. À la suite des rapports médicaux concluant à l’absence d’explication scientifique, le pape François reconnaît comme authentique cette guérison attribuée à l’intercession de sœur Lucia, et signe le décret de sa béatification. Lorsque Lucia Ripamonti est proclamée bienheureuse, le 23 octobre 2021 à Brescia, Irene assiste elle-même à la messe de béatification. Devenue infirmière, épouse, mère et grand-mère, elle n’a gardé aucune séquelle de l’accident.


En savoir plus

Née en Italie, à Acquate, le 26 mai 1909, dans une famille ouvrière modeste, Maria Ripamonti commence à travailler très tôt afin d’aider ses parents à subvenir aux besoins de la famille. Cette dernière est nombreuse et peu épargnée par les problèmes, entre une sœur malade et un frère à la vie indisciplinée. En 1918, Maria quitte ainsi l’école pour commencer à travailler dans une filature et aider à la maison. Alors que la famille Ripamonti est peu portée vers la religion, et que le père de Maria est un anticlérical de première catégorie, la petite Maria se démarque très tôt par une piété profonde, marquée par une intense vie de prière et la messe quotidienne.

Sous les encouragements de son curé, Maria s’investit dans les œuvres de charité de sa paroisse, animant le catéchisme et les évènements du patronage. Jusqu’à ses vingt et un ans, elle participe activement à l’Action catholique. En 1927, après la fermeture de l’entreprise de filature, Maria trouve du travail dans une usine d’ampoules et travaille d’arrache-pied, sans jamais interrompre sa pratique quotidienne de l’eucharistie. Dans son village, elle se distingue aussi par de multiples actes de bonté, attentifs et concrets, jusque dans les réalités les plus ordinaires de la vie familiale. Ainsi, elle n’hésite pas à aller chercher son père après le travail, pour l’empêcher de passer trop de temps à la taverne.

Petit à petit, au cœur de sa vie laïque, la jeune fille apprend à orienter les moindres mouvements de son âme vers l’amour de Dieu et du prochain. Mais cela ne lui suffit pas : Maria sent naître en elle le désir de se consacrer radicalement au Seigneur. Contre vents et marées, elle persévère dans ce projet, malgré le refus de deux instituts religieux et l’incompréhension de ses parents, qui n’acceptent guère l’étrange « projet professionnel » de leur fille si travailleuse.

Le 15 octobre 1932, les portes de la vie religieuse s’ouvrent enfin pour Maria, qui entre dans la congrégation des Servantes de la Charité, fondée par sainte Marie-Crucifiée de Rosa, à Brescia. En 1935, elle prononce ses vœux religieux temporaires et prend le nom de sœur Lucia de l’Immaculée. Le 13 décembre 1938, elle fait profession religieuse perpétuelle dans la maison mère. C’est là qu’elle vivra en communauté toute sa vie, en tant que religieuse coadjutrice, dans un poste discret, consistant à aider les supérieures dans les tâches quotidiennes, loin de toute renommée.

Sa vocation se déploie alors dans l’humilité, la pauvreté et le don radical d’elle-même. Inlassablement, sœur Lucia fait le bien : consolant les affligés, soutenant les familles dans le besoin, appelant à la conversion les cœurs les plus endurcis ou aidant de jeunes chômeurs à trouver un emploi. Elle recherche la dernière place, ne porte que des vêtements usés, et refuse les commodités inutiles ainsi que tout cadeau venant d’une personne extérieure. « Mon bien et ma richesse doivent être Dieu », disait-elle. Son union à Dieu se nourrit d’une conversation continuelle avec le Seigneur, commencée dès sa jeunesse, lorsqu’au milieu des mille corvées de la maison, elle demeurait toute « rassemblée en Jésus ». « Je reposerai au Ciel entre Jésus et Marie », disait encore sœur Lucia.

Derrière chaque geste d’apparence anodine se cache ainsi une grande profondeur spirituelle. Après un discernement approfondi, sœur Lucia obtient de son directeur spirituel la permission de s’offrir à Dieu comme victime de réparation pour la conversion des pécheurs et la sanctification des prêtres. À la fin de sa vie, atteinte d’un cancer du foie, elle supporte les souffrances physiques et les épreuves morales avec patience, offrant tout à Dieu. À l’hôpital, elle continue de se tourner vers les autres plus que vers elle-même. À sa mort, le 4 juillet 1954, moins d’un mois après la canonisation de la fondatrice de sa congrégation, qu’elle aimait tant, sœur Lucia a déjà la réputation d’être une grande sainte.

La cause pour sa béatification et sa canonisation débute le 1er décembre 1992 à Brescia. L’enquête diocésaine qui récolte les témoignages sur sa vie se clôture le 10 novembre 1995, puis est envoyée à Rome pour y être étudiée par la Congrégation pour la cause des saints. Après le rapport positif des différentes commissions sur sa sainteté, le pape François procède, le 27 février 2017, à la reconnaissance de ses vertus héroïques, en particulier sa charité et son humilité, lui attribuant ainsi le titre de vénérable. Cette reconnaissance intervient après une enquête attentive sur la constance de ses vertus, vécues dans une existence humble, cachée, sans œuvre spectaculaire ni recherche de renommée. À la suite de la reconnaissance d’une guérison obtenue par son intercession, Lucia Ripamonti est solennellement proclamée bienheureuse le 23 octobre 2021, lors d’une messe célébrée à Brescia. « Notre Bienheureuse a vécu en silence et avec une simplicité évangélique, trouvant en tout, même dans les reproches et les corrections, un moyen de s’humilier et ainsi de progresser dans la sainteté », déclare alors le cardinal Marcello Semeraro, préfet de la Congrégation pour la cause des saints, dans son homélie.

Thomas Belleil, auteur de livres de spiritualité, diplômé en sciences religieuses à l’École Pratique des Hautes Études et en théologie au Collège des Bernardins.


Aller plus loin

Sur le site Internet de la congrégation des Sœurs de la Charité ( Ancelle della carita ) sont disponibles beaucoup de publications consacrées à sœur Lucia, des documents historiques et photographies, des textes liturgiques et plusieurs notices biographiques.


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