L’étonnant don de conseil de Nha Chica
Nha Chica, « tata Françoise », tel est le surnom affectueux donné par tous ceux qui la connaissent à Francisca de Paula de Jesus. C’est sous cette appellation que cette ancienne esclave métisse est devenue célèbre, bien au-delà de son Brésil natal. Plus de vingt mille grâces lui sont attribuées et sa sépulture, dans l’église Notre-Dame-de-la-Conception de Baependi, qu’elle fit bâtir, est devenue un but de pèlerinage. Tout, il est vrai, apparaît surprenant et providentiel dans la longue vie de cette humble femme décédée le 14 juin 1895. Elle ne sut jamais ni lire ni écrire, mais elle avait reçu de Dieu le don de conseiller et de consoler au point que les plus riches ou les plus savants venaient souvent la consulter avant d’entreprendre quelque chose.
Les raisons d'y croire
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Il y aurait de quoi se révolter contre l’injustice du sort réservé à la famille de la petite Chica. Pourtant, jamais celle-ci ne nourrira ni rancune, ni haine, ni désir de revanche. Au contraire, elle fait preuve d’un esprit depardon et de charité, ne faisant acception ni des personnes ni des conditions sociales, considérant que le malheur et la souffrance frappent aussi ceux qui paraissent favorisés par la fortune. Cette abnégation et cette charité qu’elle manifeste sans compter sont exceptionnelles ; elle est la seule à n’y pas prêter attention, tant il lui semble naturel de vivre des préceptes de l’Évangile.
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Chica devient orpheline très tôt. Sa mère possédait une statuette de Notre Dame de la Conception, envers laquelle elle nourrissait une grande dévotion. Sur son lit de mort, elle place sa fille sous la protection toute particulière de Marie. Dès lors, Chica se confie à Notre Dame comme à sa mère ou à sa meilleure amie.
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Elle ne fait, de son propre aveu, jamais rien sans consulter Notre Dame. Les personnes qui la côtoient constatent une sagesse et un don de conseil qui étonnent chez une fille si jeune et analphabète. Quand on s’étonne de la justesse de ses avis et de ses paroles, elle s’excuse en disant que cela tient au fait qu’elle prie beaucoup. Ainsi ne tire-t-elle aucune vanité ni aucun profit de son charisme. On la considère comme une sainte.
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Cette femme, qui, selon les critères sociaux de son époque, aurait dû vivre marginalisée, devient une référence morale et spirituelle pour des personnes beaucoup plus instruites et puissantes qu’elle. Sa maison devient un lieu de pèlerinage où affluent ceux qui cherchent consolation, discernement ou secours spirituel. Son autorité ne repose pas sur le savoir, la richesse ou le pouvoir, mais sur sa foi et sur sa vie de prière. Son existence donne corps à la parole évangélique selon laquelle Dieu agit à travers les humbles.
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Son demi-frère est reconnu par son père, qui lui lègue sa fortune. Il décide alors de mettre sa sœur à l’abri du besoin, mais Chica se sert de cet argent non pour elle-même, mais pour bâtir une chapelle à Notre Dame de la Conception, dans laquelle elle installera sa chère statuette et un foyer pour orphelins.
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Après sa mort, un premier phénomène va relancer les rumeurs concernant sa sainteté. Son corps, en effet, entre le moment de sa mort et celui de sa mise en terre, répand un merveilleux parfum de roses fraîches . Les foules vont commencer à affluer sur sa tombe. Lors de la reconnaissance de ses restes, dans le cadre de la procédure de béatification, les membres du clergé, les ouvriers qui ouvrent sa tombe et le médecin légiste constatent que le parfum est toujours présent et qu’il perdurera plusieurs jours.
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En 1995, Ana Lucia Meirelles Leite est guérie d’une grave malformation cardiaque congénitale alors qu’elle devait être opérée. La disparition soudaine de la lésion, médicalement inexpliquée, fut reconnue comme miraculeuse par le Vatican et servit de fondement à la béatification de Nha Chica en 2013.
En savoir plus
Francisca de Paula de Jesus, que le peuple brésilien appellera affectueusement Nha Chica, naît vers 1810 à Santo Antônio do Rio das Mortes, dans la province du Minas Gerais (Brésil). La date exacte de sa naissance demeure inconnue, l’état civil des esclaves n’étant alors guère une préoccupation. Sa mère, Isabel Maria, est une esclave noire. Jolie, elle est devenue une distraction pour ses maîtres et leurs invités, qui abusent d’elle. Deux enfants naissent de ces relations forcées : Teôtonio, puis Francisca. Leurs géniteurs ne semblent pas s’en préoccuper beaucoup. Chica vient donc au monde dans ce contexte de violence, d’abandon et d’injustice sociale dont elle portera toute sa vie les conséquences sans jamais nourrir ni rancune ni désir de revanche.
Elle a environ huit ans lorsque sa mère est affranchie avec ses deux enfants. La petite famille quitte alors Santo Antônio do Rio das Mortes pour s’installer à Baependi. Isabel Maria n’emporte pour toute richesse qu’une statuette de Notre Dame de la Conception, envers laquelle elle nourrit une profonde dévotion. Elle transmet à sa fille sa confiance en Marie et la place tout particulièrement sous sa protection. Chica va en avoir besoin, car, quelques mois seulement après leur arrivée, Isabel Maria meurt prématurément après avoir demandé à la Vierge de prendre soin de ses deux enfants, désormais orphelins.
Cette confiance en la Vierge Marie ne quittera jamais Francisca. Orpheline, pauvre et sans instruction, elle apprend à dépendre entièrement de la Providence. Elle aimerait pouvoir lire la Bible et demande aux autres, comme une faveur, de la lui lire. Elle refuse qu’on puisse attribuer à sa propre science ou à son intelligence ce qui relève selon elle de l’action de Dieu.
Très tôt, elle voue sa virginité à Dieu. Cette décision se révèle d’autant plus exigeante qu’elle vit dans la pauvreté. Elle repousse même les demandes en mariage les plus honnêtes afin de respecter son vœu. Le Christ suffit à combler son cœur. Dans les difficultés matérielles qui jalonnent son existence, elle demeure fidèle à cet engagement, préférant la pauvreté à une sécurité qui l’éloignerait de sa vocation.
Peu à peu, sa maison devient un lieu où affluent ceux qui cherchent consolation, discernement ou secours spirituel. Chica se fait toute à tous. Elle continue ainsi toute sa vie son rôle de conseillère et de consolatrice auprès de ceux qui réclament son aide.
Sa profonde dévotion envers la Passion du Christ s’accompagne de phénomènes mystiques que son humilité la pousse à dissimuler. Plusieurs témoins ont pensé qu’elle portait des stigmates invisibles. Chica prend soin de laver elle-même ses vêtements et ses draps chaque vendredi afin de cacher les taches de sang qui apparaissent sur ceux-ci.
Francisca meurt le 14 juin 1895, plus qu’octogénaire. Elle est enterrée dans la chapelle qui jouxte sa maisonnette, qu’elle a fait bâtir en l’honneur de la Vierge. Sa réputation de sainteté, déjà considérable de son vivant, ne cesse alors de grandir. Après l’examen de sa vie exemplaire et la reconnaissance d’une guérison médicalement inexplicable obtenue par son intercession, l’Église la proclame bienheureuse le 4 mai 2013. Ainsi, celle qui était née dans la pauvreté, l’abandon et l’anonymat est devenue l’une des figures spirituelles les plus vénérées du Brésil.
Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.
Aller plus loin
Le site Internet du sanctuaire de Nha Chica (en portugais).
En complément
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Voir le site Internet qui rend compte de la cause de béatification de Nha Chica : Associaçao Beneficente Nha Chica .
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La biographie de Nha Chica sur le site Santi e Beati .
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Le site du Dicastère pour la cause des saints .