Jésus, présent et visible aux Ulmes
Le 2 juin 1668, octave de la Fête-Dieu, le père Nezan, curé des Ulmes (Maine-et-Loire, France), non loin de Saumur, entonne un Ave verum corpus tandis qu’il s’apprête à bénir ses paroissiens avec le saint sacrement. Parvenu au milieu de ce chant, il s’aperçoit soudain que l’hostie fixée au centre de l’ostensoir semble avoir disparu, remplacée par la figure d’un « homme aux cheveux brun clair, tombant sur les épaules... » Le phénomène dure au moins quinze minutes. À la fin, un « petit nuage » enveloppe le visage mystérieux, puis celui-ci disparaît. Le 13 juin, Mgr Henri Arnauld, évêque d’Angers, informé, ordonne une enquête. Douze jours plus tard, une lettre pastorale authentifie le miracle des Ulmes.
Les raisons d'y croire
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L’évêque d’Angers a mené une enquête canonique extrêmement sérieuse. Mgr Arnauld se rend aux Ulmes (à pied) dès le 20 juin 1668 et y retourne le 16 novembre suivant. Plusieurs témoins furent questionnés et le père Nezan dut se plier à un interrogatoire très rigoureux.
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Les enquêteurs ont aussi recensé des fruits inattendus comme, en particulier, des guérisons inexpliquées de lourdes pathologies organiques.
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La reconnaissance épiscopale d’un miracle – et particulièrement d’un miracle eucharistique, touchant donc à la présence réelle du Christ dans le sacrement – est l’affaire d’un discernement et d’une analyse on ne peut plus sérieuse. En effet, la moindre erreur de jugement peut entraîner des conséquences pastorales très fâcheuses. À la fin de l’expertise, qui dure une dizaine de jours, Mgr Arnauld se prononce en faveur de l’authenticité du miracle et demande même de diffuser largement cet événement, et pour cela en commande trois gravures.
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L’abbé Nezan, témoin oculaire du prodige, est un prêtre d’excellente réputation, équilibré, dévoué à ses paroissiens, dont la moralité et la santé mentale ne font aucun doute. De surcroît, c’est la seule et unique fois de son existence qu’il est confronté à une manifestation surnaturelle de la sorte.
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La figure de Jésus a été observée de manière prolongée pendant plus d’un quart d’heure par plusieurs dizaines de personnes. Une telle durée et un tel nombre de témoins permettent d’éliminer d’emblée l’hypothèse de l’illusion d’optique.
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On ne peut pas y voir d’« hallucination collective » provoquée par la « contagion affective », exacerbée par la ferveur, car rien ne laisse penser à un tel contexte psychologique aux Ulmes à cette époque. Le lieu est calme, sans histoire, exempt de femmes ou d’hommes portés vers l’extraordinaire et le merveilleux.
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La piste d’un « trucage » ne donne rien non plus : on voit mal quel procédé technique aurait bien pu être utilisé en 1668 pour réaliser un tel subterfuge. Le cinématographe naîtra deux siècles et demi plus tard ! Un tour de prestidigitation ne convainc pas non plus, dans la mesure où aucun détail du phénomène ne laisse apparaître une intervention humaine ou une aide « technique ». L’hostie dans l’encensoir n’est pas brutalement « remplacée » par la figure du Christ, comme on décroche un tableau pour en accrocher un autre : elle s’est effacée peu à peu, laissant surgir, à sa place, le visage miraculeux, de même au terme du phénomène.
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L’hostie miraculeuse a été conservée pendant près de cent cinquante ans, au regard de tous. Elle dut être consommée pendant la Révolution par le vicaire de Puy-Notre-Dame, paroisse voisine, qui craignait une profanation. Mais l’on peut voir encore la niche où elle fut exposée.
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Le diocèse d’Angers n’a jamais renié ni démenti son approbation en faveur du miracle eucharistique. Jusqu’au XVIIIe siècle, chaque 2 juin, la paroisse célèbre en toute solennité l’anniversaire du prodige.
En savoir plus
Le 13 juin, Mgr Henri Arnauld (1597 – 1692), évêque d’Angers, tenu informé par le curé des Ulmes des événements, ordonne une enquête canonique. Pendant douze jours, les enquêteurs, dont plusieurs docteurs en théologie, se relaient pour interroger les nombreux témoins. L’évêque s’y rend à pied, en prière, dès le 20 juin (il y reviendra le 16 novembre suivant).
Aucun détail du phénomène ne laisse apparaître une intervention humaine ou une aide « technique » : l’hostie dans l’encensoir n’est pas brutalement « remplacée » par la figure du Christ, comme on intervertit deux images en papier. Peu à peu effacée, elle a laissé surgir à sa place le visage miraculeux. Au terme du phénomène, ce dernier sera à son tour dissous, dématérialisé dans le « petit nuage » qui, une fois dissipé, laissera à nouveau voir l’hostie blanche dans l’ostensoir.
Le 23 juin, une lettre pastorale authentifie le miracle et en fait le « récit fidèle ». Le contenu de la missive est notamment mentionné dans le tome VIII du Clypeus theologiae Thomisticae, écrit par le père dominicain Gonet et publié pour la première fois en 1669 par l’éditeur français Bertier.
Mgr Arnauld demanda au curé des Ulmes de faire aménager dans le mur gauche du chœur de son église une niche de marbre rouge pour y conserver l’hostie miraculeuse et son ostensoir : « La même hostie où l’apparition a été faite sera précieusement conservée dans la même église des Ulmes, dans une fenêtre, ferme et dignement ornée, qui sera réalisée à cet effet près de l’autel élevé du côté de l’Évangile ; et que chaque année, le samedi de l’octave du Saint-Sacrement, l’anniversaire cet évènement soit solennellement célébré dans ladite Église. »
Le diocèse d’Angers n’a jamais démenti son attachement aux Ulmes et à son miracle eucharistique. En 1901, le Congrès eucharistique international d’Angers s’est tenu dans la paroisse des Ulmes. En 1933, une des séances du Congrès eucharistique international fut consacrée au miracle de 1668. Sanctuaire local, cette paroisse est restée au fil des années un lieu important dans l’ouest de la France en ce qui concerne la dévotion eucharistique.
Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.
Au delà
Ce phénomène s’inscrit dans la droite ligne des miracles eucharistiques historiques survenus depuis le VIIe siècle : ses effets sont d’abord spirituels et pastoraux, puisqu’il renforça la foi en la présence réelle de Jésus dans l’eucharistie parmi le clergé angevin et les laïcs à partir de l’été 1668, comme en attestent les marques de ferveur et le pèlerinage des Ulmes à cette époque.
Aller plus loin
Isabelle Bonnot, « Un miracle eucharistique en Anjou au XVIIIe siècle : le miracle des Ulmes », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, t. 90, 1983, numéro 1, p. 7-18. Peut être consulté en ligne .
En complément
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Ce miracle fait partie de l’ exposition digitale composée par Carlo Acutis.
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Robert Sauzet, « Miracle et Contre-Réforme en France au XVIIe siècle », communication présentée au colloque « Hasard et providence », XIVe au XVIIe siècle, Tours, Centre d’études supérieures de la Renaissance , 2-10 juillet 2006, sous la direction de M.-L. Demonet.