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© Racinaire, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Lacrymations et images miraculeuses
Saint-Maur-des-Fossés (France)
Nº 927
XIe siècle à nos jours

La statue de Notre Dame des Miracles

Pendant près de neuf siècles, à Saint-Maur-des-Fossés (en région parisienne), une merveilleuse statue de Notre Dame a attiré les foules en raison des miracles qu’on lui attribuait. Bien qu’au fil du temps, les malheurs n’aient pas épargné le sanctuaire, la sainte image a survécu à tout. Mais celle-ci a été mise de côté au lendemain du concile Vatican II. Ce n’est pas le moindre miracle de Marie que d’avoir inspiré à certains paroissiens le courage de faire revivre le pèlerinage. Le renouveau du pèlerinage – de plus en plus fréquenté –, de récents miracles et grâces de protection accordées aux familles prouvent que le Ciel n’a pas dit son dernier mot à Saint-Maur.


Les raisons d'y croire

  • Saint-Maur est l’un des plus anciens foyers de chrétienté de la région parisienne. Le territoire de la commune a été le lieu du martyre, dans les années 280, d’un fidèle baptisé Félix et de deux de ses amis, vénérés comme « les saints de Créteil ». La date de leur mort coïncide bien avec l’arrivée en Gaule du co-empereur Maximien, grand persécuteur des chrétiens. Il est logique que l’on soit ici sur une terre de grâce.

  • En l’honneur de ces chrétiens, Clovis II élève un monastère, qui, en 868, est rebaptisé Saint-Maur, et autour duquel se développe un village. Trois cents ans plus tard, Guillaume, comte de Corbeil, après avoir mené une vie peu édifiante, malade et sentant sa fin venir, décide de faire pénitence et de se retirer dans ce monastère. Contre toute attente, la santé retrouvée de l’âme lui rendra aussi la santé du corps. En ces années 1060, grand seigneur et plein de gratitude, Guillaume décide d’offrir à la maison, en signe de reconnaissance, la plus belle statue de Notre Dame qu’il pourra se procurer. On lui recommande un certain Rumold, sculpteur de renom, peut-être religieux lui-même, qu’il embauche pour réaliser cette œuvre. La conversion et la guérison du sire de Corbeil sont attestées par des documents, comme sa volonté de faire réaliser une splendide image de la Vierge.

  • Rumold s’installe au monastère pour y travailler, et se fait livrer une pièce de bois de grande qualité. Mais, à peine a-t-il commencé à la dégrossir qu’il s’entend appeler et quitte son atelier pour aller voir ce qu’on lui veut. Il s’aperçoit vite, mécontent, qu’il n’y a personne et qu’il s’est dérangé pour rien. Il retourne à son établi et se fige, stupéfait. Quoique son absence ait duré à peine quelques minutes, il découvre, à la place de la souche qu’il y a laissée, une statue de Notre Dame si merveilleusement belle qu’il reconnaît être incapable d’en faire autant. Il n’a pas la tentation de se faire passer pour l’auteur de ce chef-d’œuvre ni de réclamer le paiement d’une commande qu’il n’a pas exécutée.

  • Ni Rumold, ni l’abbé, ni aucun des moines, ni l’évêque ne doutent d’une intervention céleste. Ce n’est que plus tard, vers 1970, que certains ont refusé de l’admettre.

  • Pourtant, si l’on y regarde bien, l’image est en effet surprenante. Bien qu’elle ne mesure que soixante-dix centimètres, la statue paraît plus grande. D’un peu loin, un œil distrait ne voit qu’une Vierge de l’Annonciation polychrome un peu fruste. Mais, si l’on approche, tout change. Pour commencer, l’on constate que le visage est d’une saisissante beauté, hors du monde, et qu’il a fallu du génie pour saisir cette grâce, cette douceur.

  • Mais le plus curieux est que ce visage n’est pas statique, comme chacun depuis des siècles peut s’en assurer : son expression varie sans cesse, selon la saison, l’heure, l’endroit d’où on la regarde, sans que l’on trouve de constantes liées à l’éclairage, la lumière, l’époque. En réalité, le visage de Marie change selon la personne qu’elle regarde ou les circonstances extérieures. Un matin, on la verra rayonnante de joie, un autre, au contraire, grave et attristée. Les uns seront persuadés qu’elle leur sourit tendrement, avec une ineffable douceur maternelle, d’autres la verront sévère et affligée, comme si elle leur reprochait leurs péchés, et d’autres encore trouveront la paix dans le regard d’amour et de compassion qu’elle pose sur eux. Bien entendu, les esprits forts évoquent une illusion d’optique, mais ils ne savent pas expliquer pourquoi cette illusion se révèle changeante, impossible à codifier.

  • Le fait est qu’une puissance émane de cette statue, au-delà de ses caractéristiques artistiques, et que cette puissance agit sur les pèlerins depuis près de mille ans, sans explication humaine.

  • Les moines s’aperçoivent vite qu’elle est thaumaturge puisque, le 10 juillet 1068, Rumold, le sculpteur, très malade et jugé perdu, alors qu’il prie devant elle, la voit s’animer. À la suite de cette apparition, il est instantanément guéri. Ce prodige est si parfaitement attesté que cette date du 10 juillet, qui n’est liée à aucune célébration mariale, devient celle de la fête et du pèlerinage de celle que l’on nommera désormais Notre Dame des Miracles, tant ils vont se multiplier. Le choix de cette date ne se justifie que par la commémoration d’un événement important. L’hypothèse du mensonge est difficile à soutenir tant il aurait semblé sacrilège et scandaleux à l’époque, et passible de la damnation.

  • Presque tous les rois de France, ainsi que tous les papes qui passeront à Paris, viendront la prier, ainsi que de nombreux saints. Une pareille affluence sur une si longue période ne s’explique que par la réalité et la continuation des grâces obtenues.

  • L’empereur germanique Charles IV, venu demander sa guérison et l’ayant obtenue, étendra outre-Rhin la dévotion à Notre Dame des Miracles.

  • Si l’abbatiale est détruite pendant la Révolution, la statue est sauvée par les fidèles qui, en 1802, la transportent dans l’église Saint-Nicolas. Un tel attachement, et les risques mortels encourus pour la sauver, témoignent de grâces spéciales.

  • En 1870, pendant le siège de Paris, alors que toute la zone est pilonnée par l’artillerie allemande, la commune de Saint-Maur-des-Fossés, contre toute raison, est épargnée par les bombardements après s’être vouée à Notre Dame des Miracles, désormais invoquée contre les maux de la guerre.

  • En 1907, un restaurateur d’œuvres d’art, monsieur Rouvé, en proie à de gros ennuis d’argent et de santé, se voit confier le soin de repeindre la statue. Il y met tout son cœur. À la fin du travail, il est guéri et les commandes affluent. Ses soucis ne reviendront pas. Persuadé d’avoir été secouru puissamment, il fait une copie de la statue et l’offre à l’église corrézienne de Masseret, village d’où il est originaire.

  • Les nombreux ex-voto fixés derrière la statue, dans l’église Saint-Nicolas de Saint-Maur-des-Fossés, témoignent du pouvoir d’intercession de la Vierge et des nombreuses prières auxquelles elle a répondu en ce lieu.


En savoir plus

Clovis II élève un monastère sur la tombe des martyrs de Créteil. Son premier abbé, Babolin, sera porté sur les autels. En 868, fuyant les Vikings, arrivent quelques bénédictins angevins du monastère de Glanfeuil, porteurs des reliques de leur fondateur, le saint abbé Maur, que l’on va confondre avec le disciple de saint Benoît. Protégé par le roi Charles le Chauve, un pèlerinage naît à Saint-Maur et se développe en même temps que le village. Le monastère sera le site de l’apparition de la prodigieuse statue de Notre Dame des Miracles, dont la dévotion fera oublier celle du moine.

Philippe Auguste puis Saint Louis, son petit-fils, y viennent et l’enrichissent. Les bénédictins cèdent la place aux chanoines de Saint-Augustin. Au début du XVIIe siècle, une confrérie de Notre-Dame-des-Miracles est fondée par messieurs de Condren et Olier, pour aider à la mise en œuvre de la contre-réforme en France. Membres de la confrérie, saint Vincent de Paul et saint François de Sales ont prié devant cette image.

La Révolution confisque les biens de l’Église et contraint les chanoines à s’en aller. Ils ont, en 1792, le temps de mettre la statue de Notre Dame des Miracles en sécurité avant la destruction de l’abbaye, transférée dans l’église paroissiale Saint-Nicolas. Lors du Concordat, Pie VII encourage le rétablissement de son culte et renouvelle les indulgences données par ses prédécesseurs. Le pèlerinage reprend de plus belle.

Mais, en 1969, le curé de Saint-Maur met fin sans concertation ni explication au pèlerinage et relègue la statue dans un coin de l’église. Au lendemain de Vatican II, certains réfutent l’existence des anges et le droit de Dieu d’opérer quand il le veut et où il le veut des prodiges… Officiellement, la dévotion n’existe plus, mais quelques paroissiens la maintiennent, s’obstinant à venir dire leur chapelet devant la statue. En 1988, un couple ose réclamer le rétablissement du pèlerinage à l’évêque, qui l’accorde. Ce revirement est inespéré. Notre Dame des Miracles ressurgit, et sa fête est déplacée au samedi le plus proche du 8 décembre. Culte et pèlerinage renaissent ; l’on signale des guérisons lors du pèlerinage des familles en 2002.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin

Jean-Emmanuel Drochon, Histoire illustrée des pèlerinages français de la Très Sainte Vierge, Plon, 1890.


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