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© Unsplash/Stéphane Juban
Des miracles étonnants
Italie
Nº 912
1347 – 1380

Emplie du feu de l’amour divin, insensible à celui de la terre

Née en 1347, Catherine de Sienne se consacre très tôt à une vie de prière, de pénitence et de charité, au service des malades et des plus démunis. Tertiaire dominicaine, elle exerce une influence spirituelle remarquable, nourrie par une expérience mystique intense, faite de visions et d’une profonde union à Dieu. Dès l’enfance, des signes étonnants jalonnent son existence, comme cet épisode où elle fut retrouvée indemne après être tombée et être demeurée longuement couchée dans un brasier ardent, suscitant la stupéfaction générale. Elle meurt à Rome le 29 avril 1380, à l’âge de trente-trois ans.


Les raisons d'y croire

  • Certains sceptiques aimeraient pouvoir réduire l’expérience mystique de Caterina Benincasa à une série de troubles mentaux. Mais ce point, parfaitement attesté, échappe à toute interprétation psychique ou pathologique.

  • Le reflexe actuel, par excès de rationalisme, serait d’asséner qu’il ne peut s’agir que d’un fait légendaire. Mais rappelons que cela impliquerait un mensonge grave de la part de plusieurs témoins. En effet, les personnes qui ont constaté l’accident en ont été profondément bouleversées, persuadées que Catherine n’y survivrait pas. Elles en témoigneront comme d’un des plus grands prodiges qui l’ait entourée.

  • Parmi ces témoins, un dominicain d’origine anglaise, le père William Flete, son confesseur, qui constate avec stupeur, lui aussi, l’impossibilité des faits. Il est difficile d’accuser chacun d’eux de mentir, d’autant qu’ils déposeront devant les autorités ecclésiastiques en vue de la canonisation de la sainte.

  • Depuis sa prime jeunesse, Catherine est sujette à des extases de durée variable et si fréquentes que son entourage n’y prête plus attention, comme s’il s’agissait, pour elle, d’un état ordinaire. Certains raconteront, et l’on en dira autant plus tard d’autres saints, que ces moments d’union à Dieu ne l’empêchaient pas de poursuivre des activités banales : couture, surveillance du repas, épluchage des légumes, comme si de rien n’était. Cela explique pourquoi ses proches, blasés, ne s’en préoccupent pas et n’imaginent pas que la jeune fille, en cet état, pourrait se blesser. Négligents, persuadés qu’il ne peut rien lui arriver, ils la laissent donc seule, parfois assez longtemps, et l’assument.

  • Ce jour-là, Catherine est seule à la cuisine, en train de tourner la broche et de surveiller la cuisson du repas quand l’extase la saisit. Une de ses compagnes, Lisa, entrant dans la cuisine, est frappée d’épouvante : Catherine est tombée dans le foyer allumé et y demeure allongée au milieu des flammes. Pourtant, quand les autres, accourus aux cris de Lisa, relèvent la future sainte, on constate qu’elle est indemne, sans trace de brûlure, ni sur elle ni sur ses vêtements. Les témoins soulignent aussi que ses habits, intacts, ne dégagent, pas plus que ses cheveux, la moindre odeur de brûlé.

  • Il faut se souvenir aussi que l’histoire de la sainteté connaît d’autres exemples de ce phénomène dit d’incombustibilité. Il ne faut pas confondre cette incombustibilité, qui empêche le feu de porter atteinte à la personne, avec l’insensibilité, qui empêche non de se brûler, mais de souffrir de la brûlure.

  • Un exemple, plus récent et médicalement observé, s’est déroulé devant une foule de témoins : celui de Bernadette Soubirous. En mars 1858, extatique pendant l’apparition de Notre Dame, elle ne se rend pas compte que la flamme du cierge tenu dans sa main gauche est en train de lui brûler la paume droite. Un médecin présent, le docteur Dozous, libre penseur notoire, interdit, au nom de la science, que l’on prenne le cierge, et il minute le temps pendant lequel Bernadette se brûle avant de constater, soudain converti, que la fillette n’a aucune marque de brûlure sur sa main.

  • En ce qui concerne Catherine de Sienne, mère Francis Raphaël Drane – une dominicaine dont la biographie de la sainte fait toujours autorité comme étant le travail le plus complet et le plus sérieux –, tient l’incident pour parfaitement véridique. Elle s’appuie pour cela sur le témoignage du père Flete, qui interprète le phénomène comme la démonstration que l’être tout entier de Caterina est consumé par le feu de l’amour divin, au point que le feu terrestre ne peut plus lui causer de nuire.


En savoir plus

L’on met volontiers en avant le rôle politique remarquable qu’a joué sainte Catherine de Sienne, notamment par ses interventions auprès des papes pour les encourager à revenir à Rome. Cependant, cette dimension admirable ne peut pas occulter la richesse de sa vie mystique.

Chercher du côté de troubles psychiques présumés des explications aux innombrables phénomènes mystiques qui emplissent sa vie depuis son enfance ne tient pas : un tel diagnostic ne serait pas conciliable avec son intense activité et le parfait équilibre des conseils de direction qu’elle dispense. Notre esprit moderne pourrait aussi avoir tendance à vouloir les attribuer à un merveilleux médiéval dépassé dont il ne faut plus tenir compte. Mais comment réduire la chute de Catherine dans la cheminée de la cuisine familiale à une pieuse légende, avec des témoins directs de l’accident ? Tous rappellent que, pour des raisons liées aux activités familiales de teinturerie, le feu en question est toujours entretenu au maximum…

Nier les faits, c’est oublier que l’Église reconnaît l’existence de « miracles de protection », épargnant, de façon parfois spectaculaire, à des victimes d’accident des conséquences normalement mortelles. Il n’y a donc aucune raison de refuser le bénéfice d’une grâce de ce type en faveur de celle que le Christ avait mystiquement épousée , sauf à vouloir limiter Dieu dans les miracles que nous l’autorisons à faire. On cite d’autres cas de protection surnaturelle, sans doute moins mythiques qu’il a été de bon ton de le dire, tel l’apôtre Jean, condamné à être jeté dans une marmite d’huile bouillante à Rome, et qui en est ressorti indemne, pas plus incommodé que s’il avait pris un bain parfumé agréable, épisode commémoré par la fête de la Saint-Jean-Porte-latine. D’autres passions de martyrs évoquant des bûchers qui s’éteignent spontanément ou des saints impassibles dans les flammes sont donc peut-être vraies.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Au delà

Un cas d’insensibilité – et non d’incombustibilité – est, semble-t-il, celui de saint Laurent, protodiacre du pape Sixte II, condamné le 10 août 258 par le préfet de Rome à l’horrible supplice du grill. Or, si Laurent succombe à la torture, les témoins de son martyre avouent qu’il ne semblait pas ressentir la douleur.


Aller plus loin

Bienheureux Raymond de Capoue, Vie de Sainte Catherine de Sienne. Plusieurs éditions existent.


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