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Les saints
Ouest de la France, XVIIIe siècle.
Nº 911
1700 – 1716

Louis-Marie Grignion de Montfort : tout à Jésus par Marie

Louis-Marie Grignion de Montfort est un prêtre, missionnaire paroissial, qui sillonne, entre 1700 et 1716, les campagnes de l’ouest de la France pour inviter les hommes à se tourner vers l’amour divin. Connu pour sa grande dévotion mariale, il fonde deux congrégations : la Compagnie de Marie, qui destine des prêtres et des frères à prêcher comme lui, mais aussi à éduquer la jeunesse pauvre ; et les Filles de la Sagesse, religieuses hospitalières et éducatrices.


Les raisons d'y croire

  • Séminariste à Paris, Louis-Marie Grignion de Montfort donne aussitôt les aumônes qu’il reçoit aux plus pauvres. Un jour, une soutane chaude lui est offerte : il la donne à un séminariste encore plus démuni que lui. À travers des renoncements répétés et des actes de charité quotidiens se dessine une vie intérieure profondément habitée.

  • Trois fois par semaine, il choisit de veiller les morts avant leur enterrement et ne dort donc que deux heures ces nuits-là, assis sur une chaise. Il accomplit cet office avec soin, priant pour eux. Veiller les morts avant leur enterrement et prier pour eux n’a aucune utilité visible : les défunts ne peuvent rien rendre, cela se fait dans la solitude, la nuit, au prix d’une réelle fatigue… Ce n’est pas une marque de respect symbolique : cet acte manifeste l’espérance de la vie éternelle et la conviction que les vivants peuvent encore agir pour les défunts par la prière.

  • Il rencontre un jour deux jeunes gens qui tirent l’épée pour se battre. Se présentant à eux, le crucifix en main, car il en portait toujours un sur lui, il leur parle d’une manière si touchante qu’il les convainc de se séparer. L’un d’eux, très frappé sur le coup par cette action généreuse, ne l’oubliera jamais et songera dès lors à consacrer sa vie à Dieu, ce qu’il fera effectivement quelques années plus tard.

  • Une autre fois, sur le Pont-Neuf, il voit un grand nombre de personnes entourer un charlatan et recueillir avec avidité les fausses prédictions qu’il prétend leur révéler. Affligé de voir des chrétiens ajouter foi à de telles sottises, Louis-Marie monte sur l’autre trottoir et harangue la foule en lui montrant l’impiété de sa conduite. Tous, touchés par ce discours, délaissent le bateleur et rentrent chez eux.

  • Une fois prêtre, Louis-Marie est animé de la même charité. Charité, d’abord, envers les corps, par le soin des malades à Poitiers comme aumônier général, où il regroupe des jeunes filles désireuses d’aider les nécessiteux. Il place Marie-Louise Trichet à leur tête. Elle sera la première supérieure d’une nouvelle congrégation religieuse, qui exercera la charité « en soignant et en guérissant les pauvres incurables » : ce seront les Filles de la Sagesse du Verbe incarné.

  • Charité surtout envers les âmes : Louis-Marie commence le périple des missions paroissiales dans une dizaine de diocèses, de Saint-Brieuc à La Rochelle et de Nantes à Rouen. Ce ne seront pas moins de soixante-douze missions d’importance qu’il dirigera, aidé de deux prêtres, les pères René Mulot et Adrien Vatel.

  • La Compagnie de Marie est née de ce souhait d’évangéliser les campagnes par des missions populaires organisées régulièrement en des lieux différents. Louis-Marie en rédige la règle en 1713. Les religieux qui en font partie encouragent à la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus et à la récitation du rosaire. Il fait chanter des offices des cantiques en vers qu’il a lui-même rédigés et qui, facilement mémorisables par leur refrain, parlent à l’intime de l’âme.

  • Dans L’Amour de la Sagesse éternelle, Louis-Marie fait découvrir deux chemins à ses lecteurs. Le premier est celui qu’emprunte le Fils de Dieu, depuis son éternité au sein du Père, en passant par l’œuvre créatrice, jusqu’à son incarnation et le don total de lui-même sur la Croix, pour parvenir jusqu’aux hommes. Le second chemin permet aux hommes, à leur tour, de rejoindre le Christ. Comment ? En répondant à son amour absolu par un complet amour, dont les moyens concrets sont le désir de Dieu, la prière, la mortification et la dévotion envers la Vierge Marie, mère du Christ et mère des hommes.

  • En 1712, Louis-Marie rédige à La Rochelle le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge . Il y explique que le salut, réalisé par Jésus-Christ, aurait été impossible sans la mère qui l’a mis miraculeusement au monde. Aussi la Vierge Marie a-t-elle une part unique dans le salut historique de l’humanité. Marie conserve cette part dans l’octroi de ce salut à chaque homme. C’est par elle que le Christ est enfanté en chaque âme humaine par le baptême, afin que chaque homme puisse dire : « Ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » ( Ga 2,20 ). C’est pourquoi Louis-Marie invite son lecteur à « faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus et pour Jésus ».


En savoir plus

C’est au village de Montfort-la-Cane (dénommé aujourd’hui Monfort-sur-Meu), situé à quelques kilomètres au sud de Rennes, que Louis naît le 31 janvier 1673. Son père, Jean-Baptiste Grignion de La Bacheleraie, est avocat au bailliage (tribunal de première instance) de Montfort. L’enfance de Louis se déroule au manoir d’Iffendic, bourg où son père est depuis devenu notaire. Par esprit d’humilité, Louis-Marie choisira de compléter son patronyme par le nom de son village. Louis-Marie Grignion de La Bacheleraie se présente ainsi comme « Louis-Marie Grignion de Montfort ».

La dévotion envers la Vierge Marie est importante dans la famille. Jean-Baptiste est membre, comme son père et son grand-père avant lui, de la confrérie de Saint-Jean (du nom de l’église Saint-Jean, son siège), appelée aussi « Frairie blanche », fondée à Montfort en 1431. Les associés célèbrent avec assiduité les fêtes de la Sainte Vierge et prient pour les confrères décédés. La mère de Louis n’est pas en reste, et l’enfant grandit donc dans un climat de dévotion mariale prononcé.

Louis est baptisé à l’église Saint-Jean le lendemain de sa naissance. Placé d’abord en nourrice à la campagne, il en gardera le goût de la solitude qui, par la contemplation des merveilles de la nature – paysages variés au gré de la lumière du jour, plantes diverses et multitude des animaux –, élève l’esprit vers leur Auteur. Au vu de ces dispositions, ses parents le destinent à la vie sacerdotale dès l’âge de six ans. Son père l’instruit dans les matières générales, tandis que sa mère s’occupe de son instruction religieuse et lui enseigne à prier le chapelet. À douze ans, Louis gagne Rennes pour devenir pensionnaire au collège que les Jésuites y tiennent. Il adjoindra le prénom de Marie au sien le jour de sa confirmation. Puis il embrasse l’état ecclésiastique et, au terme de ses études de lycée, commence à étudier la théologie auprès des pères jésuites. Mais ces derniers ont pour tâche de former l’intelligence et non les mœurs des étudiants laïcs de leur faculté, et Louis a soif de devenir prêtre.

Une bienfaitrice se propose de subvenir aux frais de sa pension au séminaire Saint-Sulpice. Louis prend donc son baluchon et, après avoir reçu la bénédiction de son père, part à pied pour Paris. Il y parvient au bout de dix jours, trempé parce qu’il a souvent plu, et en ayant dû mendier souvent son pain, car les trente francs donnés par sa famille ont été vite dépensés. Monsieur de la Barmondière, ancien curé de Saint-Sulpice, a organisé chez lui un foyer pour séminaristes pauvres : c’est là que Louis-Marie loge. Sa bienfaitrice ne peut plus payer la dépense nécessaire au pain quotidien, mais Louis-Marie veille les morts à la paroisse Saint-Sulpice, et les maigres honoraires qu’il y touche prennent le relais. En regardant les dépouilles pour lesquelles il prie, il y apprend la vanité de la vie, car nombre d’entre elles ne comptent que peu d’années.

Le jour, il suit les cours de théologie à la Sorbonne. À la mort de monsieur de la Barmondière, Louis-Marie est reçu chez un autre bon ecclésiastique, le père Boucher, mais la vie quotidienne y est encore plus rude, et il y tombe malade au point que, accueilli à l’Hôtel-Dieu, il se sent comblé de joie : « Je suis dans la maison de Dieu, quel honneur ! Mes parents n’en seront peut-être pas trop aises ; mais la nature est-elle jamais d’accord avec la grâce ? », dit-il au directeur du petit séminaire, le père Bouin. Ce pieux prêtre trouve les fonds nécessaires pour recevoir Louis-Marie au petit séminaire. Mais il meurt à son tour, et le nouveau directeur, le père Léchassier, n’approuve pas les pénitences de Louis-Marie ; il craint qu’elles ne soient guidées par l’amour-propre. Il mortifie alors le plus qu’il peut la volonté du séminariste. Cette formation morale et intellectuelle trempe définitivement l’âme de Louis-Marie et le prépare éminemment au sacerdoce, qu’il reçoit le 5 juin 1700.

Épuisé par les fatigues et les pénitences, Louis-Marie Grignion de Montfort meurt d’une pleurésie lors d’une mission paroissiale à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Il a quarante-trois ans. Il a prêché une dernière fois sur la douceur de l’amour de Jésus-Christ pour tous les hommes et a achevé son sermon par ces mots : « Allons, mes bons amis, allons en paradis. Quoi qu’on gagne en ces lieux, le paradis vaut mieux. » Sa dépouille repose toujours aujourd’hui à Saint-Laurent-sur-Sèvres, dans la basilique construite à la fin du XIXe siècle.

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.


Aller plus loin

René Laurentin, Petite vie de Louis-Marie Grignion de Montfort, Paris, Desclée de Brouwer, 2005, 152 pages.


En complément

  • Louis Le Crom, Un apôtre marial, saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673 – 1716), Pontchâteau, Librairie mariale, Calvaire Montfort, 1942, 479 pages. Réédition en 2003 par les éditions Clovis.

  • Abbé Pauvert, La Vie du vénérable Louis-Marie Grignion de Montfort, missionnaire apostolique, fondateur des prêtres missionnaires de la Compagnie de Marie et des Filles de la Sagesse, Henri Oudin éditeur, Paris et Poitiers, 1875, 684 pages. Réédition par les Éditions Saint-Remi, 2024, 554 pages. Disponible en ligne dans l’édition originale.

  • Agnès Richomme (texte) et Robert Rigot (illustrations), Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Paris, Fleurus, coll. « Belles histoires, belles vies », 1955, 44 pages.

  • Marcel Sibold, « La vie religieuse d’une petite ville bretonne au XVIIe siècle » dans la Revue d’histoire de l’Église de France, tome 69, numéro 183, 1983, pages 233-257. En ligne .

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