Le film La Passion du Christ, plus que du cinéma
La Passion du Christ est un film poignant, réalisé par Mel Gibson et salué comme la représentation la plus saisissante jamais réalisée des dernières heures de la vie de Jésus. Sorti le 25 février 2004 aux États-Unis, le film – œuvre puissante et controversée – marque durablement des millions de spectateurs dans le monde. Son sujet n’est pourtant pas en vogue ; il est même repoussant si l’on s’en tient aux aspects humains. À l’heure où l’on ricane des gens de foi, ce succès questionne et interpelle, car on donne à voir sur grand écran le plus atroce des supplices infligés à un homme innocent. La Croix, « scandale pour les Juifs et folie pour les païens », suscite des conversions fulgurantes.
Les raisons d'y croire
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Mel Gibson a dû financer le film lui-même (environ 30 millions de dollars), car les studios hollywoodiens refusaient le projet. À sa sortie, le 31 mars 2004 en France, il explose au box-office avec plus de 1,7 million d’entrées, en France uniquement, et en un mois. C’est le film le plus vu en une semaine et, à l’échelle mondiale, il générera au total 612 millions de dollars de recettes. Ce succès pour un film indépendant et de cette teneur est la preuve d’une volonté et d’une soif, plus ou moins conscientes, de connaître Dieu.
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Quand le réalisateur, Mel Gibson, propose le rôle de Jésus à Jim Caviezel, il ne lui cache pas les risques : « Ce sera un calvaire physique et spirituel. Tu devras porter la croix, et ça va te faire souffrir comme jamais. » Mais, après avoir prié, Caviezel lui répond : « Si c’est la volonté de Dieu, je suis prêt, car si je ne porte pas ma croix maintenant, elle finira par m’écraser. » Il n’en faut pas plus à Mel Gibson pour le choisir, d’autant plus qu’après coup, Jim Caviezel se rend compte que ses initiales sont JC et qu’il a trente-trois ans… Ils y lisent tous les deux un clin d’œil de Dieu.
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Jim Caviezel sait que ce film pourrait causer la fin de sa carrière à Hollywood – Mel Gibson l’en a averti. Il a beaucoup à perdre, car il a déjà plusieurs films à succès à son actif (ce qui n’est pas le cas de tous les acteurs). Pourtant, sa réponse est sans appel, et cette détermination est à l’image de sa foi personnelle en Dieu et dans le projet.
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Il prend extrêmement à cœur son rôle et prie constamment pour faire en sorte que ce ne soit plus Jim Caviezel, mais Jésus que les gens regardent : « Je ne voulais pas que les gens me voient moi, je voulais qu’ils voient Jésus. » En recherchant à s’identifier le plus possible à Jésus, il ressent à plusieurs reprises l’inspiration divine, qui lui permet de continuer.
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Un prêtre est présent tout au long du tournage, épaulé par d’autres confrères pour célébrer la messe sur les lieux dans une chapelle aménagée et recevoir ceux qui ont besoin de se confesser. Cette présence de vie spirituelle ne tient pas au cœur de tous les acteurs et intervenants. Cependant, tout le monde reconnaît que l’atmosphère de ce tournage est particulière, inhabituelle : « Une sensation constante de ne pas être seulement en train de faire un film, mais de participer à quelque chose de sacré qui se produisait en temps réel. » En cela, le film a permis des expériences spirituelles intenses menant à découvrir le Fils de Dieu.
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D’innombrables désagréments physiques et psychologiques auraient dû freiner Jim Caviezel (épaule luxée, blessure au fouet, pneumonie), mais lorsque les médecins présents sur le tournage lui suggèrent d’arrêter, il répond : « Je ne peux pas, c’est plus grand que moi. » Caviezel ne recherche ni le confort ni le jeu de rôle : « La seule manière par laquelle les gens pourraient voir Jésus à travers moi est que je prie continuellement et que je jeûne. » Il souhaite plus que tout laisser le Christ lui dicter sa conduite : « Je ne suis pas digne de jouer ce rôle, c’est pourquoi, lors des prises, je pense à tous mes péchés », dit-il dans une interview.
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Au moins deux conversions d’acteurs surviennent pendant le tournage. Luca Lionello (Judas Iscariote), qui était totalement athée et sarcastique, affirme avoir vécu une telle expérience de Dieu, lors de la scène du baiser au Jardin des Oliviers, qu’il demande le baptême après la sortie du film. Pietro Sarubbi, qui joue le rôle de Barabbas, trouve la foi et relate sa conversion dans un livre : il raconte le regard d’amour que Jésus (Jim Caviezel) pose sur lui : « Ses yeux n’avaient ni haine ni ressentiment, uniquement miséricorde et amour. »
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Le film a pour effet de réveiller les consciences : le 21 mars 2004, après avoir vu le film, un jeune homme américain confesse le meurtre de sa compagne enceinte après avoir été bouleversé par Jésus, puis il se rend aux autorités en se dénonçant pour ce crime maquillé en suicide. En Norvège, le 29 mars, un néo-nazi se rend aux autorités après avoir confessé être l’auteur d’un attentat à la bombe dans les années 90. De très nombreuses personnes sortent de la salle de cinéma en pleurant ou en silence, tant ils ressentent le besoin d’intérioriser ce qu’ils ont vu.
En savoir plus
Après une période personnelle de questionnements existentiels, le réalisateur du film La Passion du Christ, Mel Gibson, voit sa carrière prendre un tournant décisif qui le pousse à faire quelque chose pour le Christ. Inspiré notamment par les visions de la mystique allemande Anne-Catherine Emmerich, il mûrit l’idée de projeter sur grand écran les dernières heures de la vie du Christ. Ce projet couronne sa vocation de metteur en scène : faire connaître le Christ par son sacrifice au supplice de la Croix. Lorsque Gibson décide cela, il est conscient que le monde ne verra pas cette idée d’un bon œil. Mais il ne fait pas les choses à moitié et rien ne l’arrête : n’obtenant pas de soutien parmi les distributeurs d’Hollywood, il paye avec sa propre fortune (30 millions de dollars). On le traite d’antisémite et de fou ; on lui assène que ce serait un « suicide commercial » de réaliser ce film ou même d’y participer. La bataille lui coûte donc à tous points de vue : personnel, financier et en termes de réputation…
Dès sa sortie, le 25 février 2004, le film est un succès. Il explose au box-office mondial de façon totalement inattendue pour Hollywood, qui ne s’était pas privé de prédire un fiasco. Aux États-Unis, il dépasse largement les entrées du film à succès Matrix Revolution, sorti en 2003, ce qui en dit long sur la soif de sens. Car qu’est-ce qui pourrait pousser quelqu’un à se déplacer et à payer pour voir un crucifié ensanglanté ? Mis à part le cas de certains voyeuristes curieux, cela s’explique par les questionnements humains profonds. Par ce film, Mel Gibson et tous les acteurs contribuent à faire passer la grâce divine sur terre. Ce n’est donc pas un film anodin. En effet, tout est pensé dans cette œuvre d’art pour que le spectateur rencontre le Christ.
D’abord, Mel Gibson recherche des acteurs prêts à vivre une expérience au-delà du cinéma, car il prévoit un tournage inhabituel, particulièrement réaliste et dans les langues parlées à l’époque (araméen, hébreu et latin). Il choisit minutieusement ses acteurs, qui doivent s’investir pleinement dans l’apprentissage de ces langues et dans leur rôle. Il les met en garde contre le potentiel effet « boomerang » dans leur carrière, surtout pour les rôles principaux. Mais, malgré les interrogations de certains, tous acceptent : c’est le « plus étrange projet d’Hollywood ayant été réalisé ».En revanche, l’effet escompté est immédiat : on ressent une dimension particulièrement réaliste à chaque scène de tournage, ce qui fait rentrer plus rapidement les acteurs dans leur rôle. Les spectateurs témoignent de la vérité qui se dégage du personnage du Christ et touchent du doigt la réelle souffrance qu’il a endurée pour chacun de nous.
Jim Caviezel, qui joue le difficile rôle du Christ, s’est particulièrement préparé à ce tournage. Il est profondément croyant, mais sa vie prend un nouveau tournant après La Passion du Christ. Bien sûr, il se sent indigne de jouer Jésus et ne craint qu’une chose : que les spectateurs le regardent lui au lieu de voir le Christ. Alors il se met en prière chaque jour et décide de ne s’épargner aucune peine pour partager les souffrances physiques du Christ, aussi loin que celui-ci décidera de le mener. De fait, plusieurs événements extraordinaires se produisent lors du tournage. Pendant la scène du Sermon sur la montagne, Caviezel, debout en train de prêcher sur la colline, ainsi que l’assistant réalisateur italien Jan Maria Michelini, présent pour les besoins de la production, sont foudroyés l’un et l’autre à quelques minutes d’intervalle. C’est un fait incompréhensible scientifiquement et particulièrement étonnant. Le ciel s’assombrit tout à coup pendant la scène, et l’assistant réalisateur se retrouve en quelques secondes traversé par la foudre, puis, très peu de temps après, Caviezel est également frappé. Il sentait que cela allait arriver, « comme un avertissement », et, l’espace d’une ou deux secondes, il se voit traversé par l’éclair et hors de son corps, face à lui-même. Pourtant, il a l’impression d’être plus vivant que nature. Plus de deux cents personnes sont présentes sur le tournage de cette scène et sont ahuries. Elles témoignent avoir vu une lumière indescriptible entourer Jim Caviezel un instant, puis ses cheveux se hérisser, et enfin du feu et de la fumée sortir de ses oreilles ! Aucun des deux ne meurt, ce qui est déjà un miracle en soi.
Lors de la scène de la flagellation, un autre incident survient. L’un des soldats romains manque son coup de fouet à cause d’une erreur de compréhension entre les acteurs italiens et le réalisateur américain. Conséquence : une entaille de trente-cinq centimètres dans la chair de Jim Caviezel… Il en a le souffle coupé et éprouve dans son corps ce que le Christ a enduré non pas une fois, mais près de cent vingt fois, selon les conclusions des scientifiques au regard des recherches menées sur le linceul de Turin. Et l’on ajoute à tout cela les nombreux autres désagréments notoires que Jim Caviezel doit supporter chaque jour : spasmes musculaires, irritation des yeux ou du visage à cause des accessoires de maquillage (sept heures chaque matin pour le maquiller), perte importante de poids (vingt kilos) liée au jeûne et au stress, problèmes de dos récurrents à force de porter la croix de soixante-quinze kilos, ainsi qu’une épaule déboîtée lors d’une chute… En raison des coups, son sang se mêle plusieurs fois à celui du maquillage. Quinze jours de tournage sont nécessaires juste pour la scène de la crucifixion, durant lesquels il demeure presque nu dans le froid ; son corps devient totalement bleu lors de la descente de la croix. Cependant, à chaque fois que le réalisateur, inquiet pour sa santé, lui propose d’arrêter le tournage, Jim Caviezel refuse avec certitude et se remet à prier : « Si je meurs pendant ce film, Seigneur, ça te regarde, je suis prêt. » Après tout cela, il devra subir des interventions médicales et chirurgicales lourdes, notamment une opération au cœur à cause d’une arythmie aggravée par le stress, le froid intense et l’accident de la foudre. Pendant plusieurs mois après le tournage, Caviezel affirme avoir été en état de crise émotionnelle, post-traumatique, revivant dans sa chair les scènes difficiles de la crucifixion… Il choisit de s’infliger autant de douleurs afin de laisser le Christ agir à travers lui. Les fruits sont bien visibles parmi les foules venues regarder La Passion du Christ, et même dans l’équipe de tournage.
On peut notamment relever deux conversions d’acteurs particulièrement frappantes. La première est celle de Luca Lionello, qui tient le rôle de Judas Iscariote. Il est farouchement athée et ne manque pas une occasion d’être sarcastique dès que certains évoquent des phénomènes spirituels ou se rendent à la prière ou à la messe. Il est amer et renfrogné, cela se voit même physiquement, d’après ses collègues. Judas Iscariote, l’un des douze proches apôtres que Jésus a choisis, finira par trahir son maître au Jardin des Oliviers, à Gethsémani, après le dernier repas (la Cène) du Jeudi saint. Lorsque cette scène est tournée, Judas doit s’avancer vers Jésus et lui donner un baiser, qui le désignera aux grands prêtres qui veulent l’arrêter. Luca Lionello ne parvient pas jusqu’à Jésus : il est saisi à quelques pas de lui car il ne voit plus Jim Caviezel, mais Jésus qui le regarde avec amour. Lionello est si remué qu’il tombe à genoux en pleurs, tandis que Gibson crie « Coupez ! »... Puis il demande au père John Bartunek, présent ce jour-là, de le confesser immédiatement. Après cela, sa vie change du tout au tout. Il est désormais « un autre homme », selon ses dires.
La deuxième conversion, dans les collines escarpées de Marata, en Italie du Sud (lieu du tournage), est celle de Pietro Sarubbi, alias Barabbas. Ce dernier est un cruel malfaiteur zélote, libéré de prison à la place du Christ. Lorsque Sarubbi joue la scène, au moment où Pilate le fait relâcher de prison, il fanfaronne, victorieux, puis croise le regard du Christ, enchaîné et complètement défiguré par les tortures de la veille. Barrabas voulait l’écraser par son sentiment de puissance. Au lieu de cela, Sarubbi se sent touché au plus profond de lui-même et semble hésiter un instant, pour finalement laisser à nouveau son personnage s’emparer de lui et être de nouveau gagné par la vanité sous les acclamations de la foule. Dans ce moment d’hésitation, Pietro Sarubbi a été foudroyé par le regard du Christ : « Cela a été un grand choc. J’ai senti comme un courant électrique entre nous. Je voyais Jésus lui-même. » Il découvre enfin ce qui comble le vide intérieur qu’il ressentait depuis des années et qu’il essayait de remplir sans succès au travers d’expériences diverses. Une grande paix l’envahit dès cet instant, lui, Pietro Sarubbi, un Barabbas de plus, dont le péché est odieux, à l’instar de tous les hommes dont les vies ont besoin d’être rachetées par l’Innocent. Il demande le baptême dès la fin du tournage et écrit un livre témoignage, De Barabbas à Jésus, converti par un regard.
Élisabeth de Sansal, diplômée de bioéthique à l’université pontificale Regina Apostolorum, à Rome.
Au delà
Après avoir visionné le film, Jean-Paul II prononce ces mots comme un aveu : « C’est ainsi que cela s’est passé. »
Aller plus loin
Père Jean-Gabriel Rueg, père Pascal Ide, père Philippe Raguis, O.C.D., Regards sur la Passion du Christ. Lectures du film de Mel Gibson, Éditions du Carmel, 2004.
En complément
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L’interview de Jim Caviezel après la sortie du film, et un résumé en français .
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La vidéo de la chaîne YouTube Booste ta foi : Mel Gibson révèle ce qui s’est vraiment passé sur le tournage de La Passion du Christ .
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Anne Catherine Emmerich, Les Visions, Pierre Téqui. En trois tomes, l’ensemble du message de celle qui fut appelée « une vivante icône de Jésus crucifié ».
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Le livre biographique de la conversion de Pietro Sarubbi (Barabbas), uniquement en italien : Da Barabba a Gesù. Convertito da uno sguardo, de Pietro Sarubbi, Éditions Itaca, 2011. Un article sur ce sujet, en français, sur le site Aleteia : « Il se convertit en jouant Barrabas dans le film La Passion du Christ ».
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L'article 1000 raisons de croire : « Quand Hollywood redécouvre le Christ… »