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Histoires providentielles
Paris
Nº 892
1608 – 1657

Dieu enseigne l’humilité à Jean-Jacques Olier

Jeune mondain destiné contre son gré par sa famille au sacerdoce, l’abbé Jean-Jacques Olier se convertit en 1634 à la suite de plusieurs interventions célestes et miracles qui lui révèlent les vues de Dieu sur lui. Il accepte alors d’endosser les rôles de prêtre et de fondateur pour lesquels il est appelé. Mais son succès est tel qu’il en conçoit un sentiment d’orgueil. Il demande donc à Dieu de l’en délivrer, fût-ce au prix de perdre toute la considération et l’estime qui l’entourent. Il sera exaucé d’une manière terrible et singulière.


Les raisons d'y croire

  • La conversion de l’abbé Olier s’est accompagnée de diverses interventions providentielles. Ce jeune homme, attaché aux succès mondains, aux apparences et à la réussite sociale, n’envisageait en effet la cléricature que comme un moyen de s’élever dans le monde et de s’enrichir. Parmi ces secours d’en haut, il faut compter deux bilocations d’une sainte dominicaine, la bienheureuse Agnès de Langeac , que Notre Dame avait chargée de veiller sur ce séminariste récalcitrant.

  • Il bénéficie ensuite d’une guérison miraculeuse lors d’un pèlerinage à Lorette, qui le sauve de la cécité. Il reçoit donc des preuves multiples et claires de l’existence de Dieu et de l’autre monde. Dès lors, il s’applique à correspondre aux grâces reçues et à se sanctifier.

  • Sa transformation est si complète et si visible que, jointe à ses dons intellectuels, qui font de lui l’une des personnalités les plus prometteuses de l’Église parisienne, elle attire l’attention et les compliments. Certains n’hésitent pas à parler de lui comme du « saint » abbé Olier. Ces témoignages d’admiration flattent naturellement son amour-propre. Cette satisfaction devient vite, selon ses propres mots, une effroyable tentation d’orgueil. Il a beau lutter contre elle, il ne parvient pas à s’en défaire. Il trouve alors le courage de demander à Dieu « d’ôter de l’esprit des hommes la bonne estime qu’ils avaient conçue de lui sans fondement et de la leur donner aussi mauvaise qu’elle avait été bonne auparavant ». Il faut une grande vertu, quand on a été si attaché aux honneurs du monde, pour demander pareille chose, surtout quand on sait, comme lui, à quel point Dieu exauce les prières. Olier met ainsi son salut éternel plus haut que tout dans sa vie et demande à Dieu tout ce qui peut contribuer à sa sanctification.

  • Dieu le prend au mot. Sans raison médicale apparente, l’abbé Olier, « frappé d’hébétude », perd toutes ses facultés intellectuelles et physiques. Il ne peut plus prêcher, ni parler en public ou en privé, ni lire, ni écrire. Il semble ne plus comprendre ce qu’on lui dit, marche en titubant, ne mange plus et se ridiculise par des mots ou des attitudes incongrus, au point que ses supérieurs l’écartent de toute fonction et envisagent de le chasser. Il perd ainsi, en peu de temps, tout ce qui lui assurait l’estime des hommes. Il se rend compte de son état, s’y résigne et ne se révolte pas. Cette attitude témoigne de son abandon à la volonté divine et de l’effacement presque complet de tout attachement à lui-même.

  • À ces symptômes déconcertants s’ajoutent une crise mystique et ce qui ressemble à une profonde dépression. Il se croit « séparé de Dieu » et pense mériter l’enfer. Pourtant, bien qu’il s’imagine réprouvé et damné, il trouve le courage de demeurer, jour après jour, fidèle à l’oraison. Il n’a donc pas désespéré de son salut. Cette vie de prière se poursuit ainsi dans les ténèbres les plus épaisses et dans un dessèchement total.

  • Cette épreuve purificatrice dure plusieurs années et prend fin en 1641 aussi soudainement qu’elle avait commencé, après une « vision intérieure » de Notre Dame. D’un coup, Olier recouvre ses facultés, plus brillantes même qu’auparavant. Mais il ne s’en servira plus que pour honorer Dieu, et non pour en retirer la moindre gloire personnelle. Il est désormais totalement détaché des réussites humaines et fera de la modestie et de l’effacement l’un des piliers de l’enseignement dispensé dans les séminaires qu’il va fonder.

  • On connaît un autre cas très semblable de cette mystérieuse maladie mystique dans la vie de la mère Thérèse Rondeau , elle aussi fondatrice admirée, qui en retirait une secrète satisfaction, au début des années 1830. Les symptômes sont comparables et s’accompagnent du même dénouement miraculeux après un pèlerinage à Notre-Dame de Verdelet. Il semble donc bien qu’il s’agisse d’une purification voulue par Dieu pour faire disparaître toute velléité de s’attribuer le succès d’une œuvre.


En savoir plus

Jean-Jacques Olier naît en 1608 dans une riche famille de la noblesse. Dès l’âge de douze ans, son père le destine à l’état ecclésiastique, dans l’espoir de lui faire obtenir plus tard des bénéfices dans l’Église. Brillant, il se soucie peu de la prêtrise, même s’il se promet de « se ranger » une fois ordonné… À Lyon, une rencontre avec François de Sales l’oriente vers un début de conversion. Lors d’un séjour à Rome, il tombe malade et manque de peu de perdre la vue. Un pèlerinage à Lorette le guérit, faisant de lui un dévot de Notre Dame. De retour à Paris, il se place sous la direction spirituelle de Vincent de Paul, qui le prépare à l’ordination en 1633. C’est pendant sa retraite d’ordination qu’il bénéficie des bilocations d’Agnès de Langeac, qui l’aide à accepter la volonté de Dieu sur lui. Une fois devenu prêtre, Vincent de Paul l’associe aux missions lazaristes en Auvergne, en Picardie et dans le pays nantais.

En 1635, Olier rencontre Condren, qui devient son directeur de conscience. Il entre alors à l’Oratoire. Après la mort de Condren et sa propre guérison, il s’en sépare pour se consacrer pleinement à l’œuvre que Dieu lui réserve : la fondation de séminaires. En décembre 1641, il tente un premier essai, rue de Vaugirard, à Paris, qui retient l’attention de l’évêché. Le 25 juin 1642, on lui offre la cure de Saint-Sulpice, dans un quartier déchristianisé. Avec quelques compagnons, il s’emploie à y reprendre les choses en main et y réussit suffisamment pour que l’évêque le charge de la formation du clergé parisien, en lui offrant les bâtiments qui deviendront le séminaire Saint-Sulpice. Ainsi naît la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, ou Sulpiciens, entièrement dédiée à la formation des prêtres et des futurs prêtres.

Olier, figure de l’école française de spiritualité, est, outre un dévot de Marie, un dévot de l’Eucharistie. Cet attachement au saint sacrement et à Notre Dame fait de lui un adversaire déclaré du jansénisme, ennemi de la communion fréquente et du culte marial. Mais prendre le contre-pied des sévérités jansénistes, c’est s’exposer au risque inverse, celui du laxisme jésuite. La ligne de crête est délicate à tenir. L’abbé Olier, et Saint-Sulpice après lui, y parviennent, et s’attachent à « former des prêtres de feu pleins de zèle pour inspirer partout la dévotion au saint sacrement ».

La réputation du séminaire grandit. Des évêchés de province demandent à l’abbé Olier de leur envoyer ses assistants afin d’ouvrir chez eux un séminaire. Celui de Nantes est fondé en 1649, celui de Saint-Flour en 1651, celui du Puy en 1652, celui de Clermont en 1656. Il n’y en aura pas d’autres du vivant d’Olier, faute d’un encadrement suffisant. Il est vrai que celui-ci nourrit d’autres desseins.

La rencontre avec le père Alexandre de Rhodes, missionnaire au Vietnam, ouvre à Olier la perspective des missions lointaines. Elle est bientôt suivie de la rencontre avec Jérôme Le Royer de La Dauversière, lequel est animé par le souci du salut des âmes des « pauvres sauvages de la Nouvelle-France ». L’Asie l’attire, et la Compagnie de Saint-Sulpice noue tôt des liens avec les Missions étrangères de Paris comme avec les vicaires apostoliques au Vietnam. Mais c’est au Canada que les Sulpiciens s’installent en 1657, l’année même de la mort de leur fondateur, après avoir racheté les parts de la Compagnie, en faillite, qui se destinait à l’évangélisation des Indiens et à la création de Ville-Marie, d’où l’on avait ambitionné de faire rayonner la foi sur le continent américain. Cas unique, Saint-Sulpice se trouve ainsi à l’origine de la fondation de la ville qui deviendra Montréal.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin

Jean-Jacques Olier, Vivre pour Dieu en Jésus-Christ, rééd., Cerf, 2008.


En complément

  • Les différentes spiritualités . Cette page Internet permet de situer Olier dans le grand courant spirituel du XVIIe siècle, aux côtés de Bérulle, Jean Eudes et Vincent de Paul.

  • La page Internet Wikipédia sur Jean-Jacques Olier : synthèse biographique qui permet de parcourir rapidement les grandes étapes de sa vie, sa conversion, sa crise intérieure et la fondation de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice.

  • La vidéo YouTube de la chaîne KTO TV : Les Sulpiciens . Présentation simple de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, créée par Jean-Jacques Olier en 1642, utile pour comprendre l’héritage concret de son œuvre.

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