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Les saints
Empire russe
Nº 891
1797 – 1879

Un missionnaire orthodoxe, saint Innocent de Moscou

Saint Innocent – né Ivan (Jean) Popov-Veniaminov en 1797 – fut un missionnaire et un éducateur exceptionnel auprès des peuples d’Amérique du Nord et de Sibérie. Pendant plus de quarante-cinq ans, il baptise des dizaines de milliers de personnes, fait construire des églises et des écoles, et étudie les langues, les coutumes et les traditions des populations locales. Ses travaux ethnographiques et linguistiques acquièrent une renommée internationale : il crée l’écriture de la langue aléoute et traduit des textes liturgiques dans cette langue. En 1868, il devient métropolite de Moscou et encourage le développement des missions, notamment celle du Japon. Il est canonisé par l’Église orthodoxe russe en 1977.


Les raisons d'y croire

  • Innocent apprend les langues des peuples autochtones et traduit pour eux l’Évangile et la liturgie. Le christianisme se montre ainsi capable de s’incarner dans des cultures très différentes sans les détruire et sans tomber dans le piège du syncrétisme. La même foi chrétienne peut être vécue en Russie, en Alaska, en Asie, montrant que le message chrétien peut être considéré comme la vérité pour tous les peuples et toutes les époques.

  • Saint Innocent explique que « celui qui aime Dieu ne peut pas ne pas désirer que tous le connaissent ». Il évangélise avec succès les peuples autochtones d’Alaska (Aléoutes et Tlingits), sans imposer la foi par la force. La foi chrétienne se transmet ainsi sans contrainte.

  • Après son passage, des communautés chrétiennes stables se développent et la foi perdure sur plusieurs générations. Un message faux ou superficiel n’aurait pas pu produire des effets durables et bénéfiques à long terme.

  • Combiner la mission et l’épiscopat est une aventure doublement complexe, étant donné leurs défis propres. La manière dont il mène sa vie demeure néanmoins en profonde cohérence avec la foi qu’il prêche (dévouement missionnaire, charité qu’il exerce, etc.). Il écrit : « Ce n’est pas celui qui porte le nom de chrétien qui sera sauvé, mais celui qui vit selon la foi chrétienne. »

  • Innocent rédige des catéchismes et des explications simples (notamment Indication du chemin vers le Royaume des Cieux). Son œuvre missionnaire montre que le message chrétien n’est pas absurde ou ésotérique, mais compréhensible et universalisable.

  • Il montre ainsi que la foi chrétienne peut être présentée de manière intelligible et rationnelle.

  • Il insiste aussi sur la relation personnelle avec Dieu, pas seulement sur les rites. Il rappelle que « la prière est le moyen le plus sûr pour s’unir à Dieu ».


En savoir plus

Saint Innocent, métropolite de Moscou (né Ivan Evseïevitch Popov-Veniaminov), naît le 26 août 1797 au village d’Anginskoïe, dans le diocèse d’Irkoutsk. Fils d’un sacristain, le jeune garçon apprend très tôt à lire et à écrire. En 1806, il est envoyé au séminaire d’Irkoutsk. Reconnu comme le meilleur élève, il y reçoit le nom de Veniaminov en l’honneur de l’archevêque Benjamin (Veniamine) d’Irkoutsk († 1814). Le 13 mai 1817, il est ordonné diacre à l’église de l’Annonciation d’Irkoutsk et, le 18 mai 1821, il reçoit l’ordination presbytérale.

Le futur apôtre de l’Amérique et de la Sibérie commence son ministère missionnaire en 1823. Il y a peu de missionnaires dans l’histoire de l’Église orthodoxe : Innocent de Moscou fait partie des rares. Il consacre quarante-cinq ans de sa vie à l’édification des peuples du Kamtchatka, des îles Aléoutiennes, de l’Amérique du Nord, de Yakoutie et du territoire de Khabarovsk, accomplissant son apostolat dans des conditions difficiles et bravant de graves dangers. Il baptise des dizaines de milliers de personnes, construit des églises, fonde des écoles à proximité de celles-ci, et enseigne les fondements de la vie chrétienne. Sa connaissance de divers métiers et arts lui est d’un grand secours dans son œuvre.

Saint Innocent est un prédicateur remarquable. Célébrant des liturgies, des offices et des veillées de prière, il instruit invariablement ses fidèles. Au cours de ses nombreux voyages, il étudie les langues, les coutumes et les traditions des peuples auprès desquels il prêche. Ses travaux de géographie, d’ethnographie et de linguistique acquièrent une renommée mondiale. Il crée un alphabet et une grammaire pour la langue aléoute-renarde, dans laquelle il traduit le catéchisme, l’Évangile et de nombreuses prières. L’une de ses œuvres majeures, Indication du chemin vers le Royaume des Cieux (1833), est traduite dans plusieurs langues des petits peuples de Sibérie et connaît plus de quarante éditions. Grâce à l’œuvre de saint Innocent, les Yakoutes entendent pour la première fois en 1859 la Parole de Dieu et assistent aux offices divins dans leur langue maternelle.

Le 29 novembre 1840, le métropolite Philaret de Moscou tonsure le père Jean sous le nom d’Innocent, en l’honneur de saint Innocent d’Irkoutsk. Le 15 décembre, l’archimandrite Innocent est consacré évêque du Kamtchatka, des îles Kouriles et Aléoutiennes. Le 21 avril 1850, l’évêque Innocent est élevé au rang d’archevêque. Ensuite, le 5 janvier 1868, le futur saint Innocent succède au métropolite Philarète comme premier hiérarque de Moscou.

Par le biais du Saint-Synode, le métropolite Innocent consolide l’expérience missionnaire de l’Église russe (dès 1839, il propose un plan pour améliorer l’organisation du service missionnaire). Sous son impulsion, la Société des missions est fondée, le monastère Pokrovski de Moscou est transformé en monastère missionnaire et, en 1870, la Mission spirituelle orthodoxe japonaise est établie, dirigée par l’archimandrite Nikolaï Kasatkine (futur saint Nicolas du Japon, commémoré le 16 février), à qui saint Innocent transmet une grande partie de son expérience spirituelle. Son ministère à la tête du diocèse de Moscou est également très fructueux. Grâce à ses efforts, l’église de l’Intercession-de-la-Sainte-Mère-de-Dieu est construite à l’Académie théologique de Moscou.

Innocent s’endort dans le Seigneur le 31 mars 1879, le Samedi saint, et il est inhumé dans l’église du Saint-Esprit de la laure de la Trinité-Saint-Serge. Le 6 octobre 1977, il est canonisé par l’Église orthodoxe russe. Sa mémoire est célébrée deux fois par an : le 13 avril, jour de sa bienheureuse dormition, et le 6 octobre, jour de sa glorification.

Yustina Panina, théologienne orthodoxe.


Au delà

Un fragment de son journal intime : « En approchant l’île des Aléoutes, je les vis tous debout sur le rivage, parés de leurs plus beaux atours, comme pour une fête. Dès que j’ai mis pied sur terre, ils accoururent joyeusement vers moi et se montrèrent extrêmement gentils et attentionnés. Je leur demandai pourquoi ils étaient si élégamment vêtus. Ils répondirent : — Parce que nous savions que vous étiez parti et que vous deviez être avec nous aujourd’hui. Dans notre joie, nous sommes venus à votre rencontre. — Qui vous a dit que je serais avec vous aujourd’hui, et comment m’avez-vous reconnu comme le père Jean ? — Notre chaman, le vieux Ivan Smirennikov, nous a dit : " Attendez, un prêtre viendra vous voir aujourd’hui ; il est déjà parti et vous apprendra à prier Dieu." Et il nous a décrit votre apparence telle que nous vous voyons maintenant. »


Aller plus loin

Sur le site Pages orthodoxes, l’article au sujet de saint Innocent de Moscou et d’Alaska .


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