Saint Joseph, gardien du Sauveur
Saint Joseph apparaît dans les Évangiles comme un homme juste, entièrement disponible à la volonté de Dieu. Époux de Marie et père légal de Jésus, il reçoit la mission de garder l’Enfant, de le protéger, de pourvoir à ses besoins et de lui donner une éducation authentiquement humaine. Son existence est marquée par le travail, la chasteté, l’obéissance, la confiance et la persévérance. Docile aux avertissements divins, Joseph accepte sans réserve les chemins que Dieu lui indique, depuis l’accueil de Marie jusqu’à la fuite en Égypte, puis au retour à Nazareth. Par son amour fidèle, son courage discret et sa soumission intelligente au dessein de Dieu, il coopère à la mission du Sauveur. Gardien de Jésus durant sa vie cachée, il apparaît ainsi comme un serviteur décisif du mystère de la Rédemption.
Les raisons d'y croire
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L’Évangile présente saint Joseph comme un charpentier qui travaille honnêtement pour nourrir sa famille. Sa place est discrète, bien qu’il soit un personnage essentiel, et aucune parole de lui n’est rapportée. Cette sobriété narrative est frappante. Une telle retenue, loin d’un souci d’embellissement, suggère que les auteurs ont transmis les faits tels qu’ils les connaissaient, sans chercher à enrichir artificiellement le récit.
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Le fait que Marie soit enceinte avant la vie commune avec Joseph constitue, humainement, une situation délicate. L’Évangile de saint Matthieu rapporte que Joseph, troublé, envisage de se séparer discrètement de Marie. Rapporter un tel épisode peut prêter à suspicion ou à critique. Cela correspond à ce que les historiens appellent un critère d’embarras : un récit peu avantageux a peu de chances d’avoir été inventé.
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Joseph est un descendant du roi David, ce qui permet d’inscrire Jésus dans l’accomplissement des promesses messianiques de l’Ancien Testament ( 2 S 7,12-16 et Is 11,1 ). En donnant à Jésus son nom et en l’accueillant légalement dans sa famille, Joseph lui confère son appartenance à la lignée davidique. Cet aspect de l’histoire de Jésus répond donc aussi auxattentes messianiques.
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Les songes ont une place déterminante pour orienter les décisions de Joseph. Il reçoit à plusieurs reprises des indications précises en rêve : accueillir Marie chez lui malgré une situation incompréhensible, fuir en Égypte pour protéger l’enfant, revenir lorsque le danger disparaît, s’établir en Galilée et non en Judée... Ces décisions sont graves et rien dans le récit ne permet de les expliquer autrement que par ces avertissements surnaturels reçus pendant le sommeil.
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Or, les événements historiques donnent chaque fois raison à ces songes. « Lève-toi ;prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr » ( Mt 2,13 ). Joseph ne tergiverse pas : l’ordre est impérieux. Dieu, qui l’a donné, se dit-il certainement, apportera aussi les moyens de l’observer. Aussi « il se leva dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode » ( Mt 2,14-15 ). La fuite en Égypte permet d’échapper à la menace d’Hérode, qui est bien réelle.
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Joseph, comme tous les hommes de l’Antiquité, craint la divinité. Non pas seulement d’une crainte servile, c’est-à-dire par peur des châtiments, mais surtout d’une crainte filiale : il ne veut pas déplaire à Dieu. En cela, il se montre aussi un exemple pour les hommes d’aujourd’hui : son attitude va à rebours de l’indifférentisme religieux actuel.
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L’espérance, vertu octroyée par Dieu et qui a Dieu pour but et terme, implique la confiance : si Joseph accomplit ce que Dieu lui demande, c’est d’abord parce qu’il a confiance dans le fait que Dieu veut son bien et que, parce qu’il est tout-puissant, il peut le réaliser.
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Aussi Joseph ne se laisse-t-il pas aller au découragement : que d’initiatives audacieuses ne doit-il pas prendre pour veiller sur la vie de la Sainte Vierge et de l’Enfant Jésus pendant le voyage en Égypte ? Ses journées ne sont-elles pas tissées d’une suite d’actes de persévérance pour mener à bien la mission reçue de Dieu ? Le don de sa vie et de ses efforts à l’Enfant Jésus en est la clé.
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Comme père responsable de l’éducation humaine de son fils, Joseph a enseigné à Jésus à être soumis à ses parents (cf. Lc 2,51 ), selon le commandement de Dieu (cf. Ex 20,12 ). L’obéissance de l’enfant à l’égard de ses parents est analogue à celle que l’homme est appelé à observer envers Dieu ; aussi Jésus a-t-il appris à l’école de Joseph à faire la volonté du Père divin. Quand le Christ dit que cette volonté est devenue sa nourriture quotidienne (cf. Jn 4,34 ), c’est à Joseph qu’il doit l’acquisition de cette vertu. Les petits sacrifices qu’il apprend à offrir durant ses jeunes années le conduisent, au terme de sa vie terrestre, au grand sacrifice : il « a appris par ses souffrances l’obéissance » ( He 5,8 ). À Gethsémani, il préfère accomplir la volonté du Père plutôt que la sienne « jusqu’à la mort… de la Croix » ( Ph 2,8 ). Le rôle de saint Joseph est donc primordial à l’égard du Sauveur comme homme : en le préparant, Joseph se montre coopérateur au mystère de la Rédemption.
En savoir plus
Jésus est présenté dans les quatre Évangiles comme « le fils de Joseph ». Qui est saint Joseph ? Un humble charpentier, promis en mariage à Marie. Soumis à Dieu – ce qui est dans l’ordre de la nature, car Dieu est la fin, c’est-à-dire le but, de l’homme, et non l’inverse –, Joseph est donc un « homme juste ». Le Christ n’enseigne-t-il pas à ses apôtres : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » ? Joseph les observe : c’est pourquoi il peut, sans se mentir à lui-même, dire : « J’aime Dieu. »
La loi de recensement de l’empereur César Auguste oblige tous les citoyens de l’Empire à se faire enregistrer dans leur ville d’origine. Joseph entreprend donc, dans ce but, le long et pénible voyage de Nazareth à Bethléem. Jésus naît dans cette circonstance, dans une étable parce qu’ailleurs « il n’y avait pas de place pour eux ». Il est inscrit au registre de l’Empire comme tous les autres enfants. Joseph est témoin de l’adoration des bergers et des Mages, qui représentent respectivement le peuple d’Israël et les peuples païens. Joseph, émerveillé, renouvelle certainement à cette occasion l’offrande de sa vie et de ses forces à ce petit Enfant. Il est tout relatif à Jésus. D’un enfant ordinaire, on dit : « C’est le fils d’un tel » ; mais ici, c’est Joseph qui est défini par rapport à Jésus. C’est pourquoi il est plus pertinent de dire que Joseph est le père de Jésus.
Joseph se montre un époux attentionné envers la Vierge Marie. Son amour est sponsal car il est vraiment marié, mais aussi virginal puisque, non seulement il observe leur commun propos de chasteté, mais encore il protège la virginité de son épouse. Veiller sur l’Enfant qui deviendra le Sauveur de tous les hommes, ainsi que sur sa sainte mère : voilà la tâche sublime qui unit l’intelligence, la volonté et la sensibilité de Joseph. La chasteté de leur amour ne le dénature pas : elle évite le risque d’une passion possessive qui aliène l’autre ; elle rend l’amour sponsal libre et, ainsi, authentique. C’est grâce à la disposition mûre de son affection que Joseph peut placer Marie et Jésus au cœur de sa vie.
Aussi, quand il s’aperçoit que Marie attend un enfant malgré leur propos commun de chasteté (cf. Lc 1,34 ), Joseph comprend que Dieu est à l’œuvre en elle et, effrayé de constater l’action divine si intimement liée à sa propre vie, car il se sait lui-même pécheur, il décide de « la renvoyer en secret » ( Mt 1,19 ) afin de ne pas la diffamer. Toutefois, un songe l’avertit de n’en rien faire : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » ( Mt 1,20-21 ). Sous l’Antiquité, les songes sont en effet considérés comme l’un des moyens par lesquels Dieu manifeste sa volonté. Aussi Joseph obéit-il ( Mt 1,24 ).
Joseph assume alors avec courage la paternité légale de Jésus, à qui il donne, selon la coutume, huit jours après la naissance, un nom. C’est le nom révélé par l’ange : « Tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Joseph est donc conscient de la divinité de son fils putatif : le nom, chez les peuples antiques, exprime l’essence de l’objet ou de la personne. En outre, attribuer le nom signifie en obtenir l’appartenance, comme l’avait fait Adam dans le récit de la Genèse (cf. Gn 2, 19-20 ) : Joseph, en conférant à l’Enfant un nom, reconnaît devant Dieu et devant les hommes la paternité qu’il exerce à son égard.
La loi mosaïque demande de présenter au Temple le premier-né quarante jours après la naissance. Joseph, accompagné de Marie, y consacre donc l’Enfant à Dieu. C’est là qu’ils entendent le vieillard Siméon, s’adressant à Dieu, prophétiser à son sujet : « Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples. » Le salut, c’est cet enfant, en ce sens qu’il réalisera le salut de tous.
Puis, pour soustraire Jésus à la vindicte d’Hérode, Joseph s’enfuit avec Marie et l’Enfant en Égypte, où il séjourne jusqu’à la mort du roi. Imagine-t-on ce que Joseph doit alors déployer d’industrie et de courage pour vivre ainsi exilé dans un pays dont il ne parle pas la langue et où il ne connaît personne ? En Égypte, Joseph attend d’être averti divinement pour rentrer à Nazareth. Dans un nouveau songe, après l’avoir informé que ceux qui cherchaient à tuer l’Enfant sont morts, l’ange lui transmet la volonté divine (cf. Mt 2,19-20 ). Sans hésiter, Joseph obéit : « Il se leva, prit l’enfant et sa mère, et il entra dans le pays d’Israël »( Mt 2,21 ).
Mais il apprend sur le chemin du retour qu’Archélaüs, le fils d’Hérode, règne sur la Judée, et il ne veut pas risquer la vie de l’Enfant Jésus en s’y rendant. Dans un dernier songe, il lui est intimé l’ordre de se retirer dans la région de Galilée. Joseph s’installe donc dans un village appelé Nazareth (cf. Mt 2,22-23 ). L’invitation divine – « Joseph, fils de David, ne crains pas » ( Mt 1,20 ) – guide encore Joseph.
La dernière mention du rôle paternel de Joseph a lieu quand Jésus atteint sa treizième année, au cours du pèlerinage annuel à Jérusalem, à l’occasion de la Pâque. Joseph et Marie le perdent parmi les foules de pèlerins. Angoissés, ils le cherchent de toute part, s’enquérant à son sujet auprès de leurs parents et de leurs connaissances. Ils le retrouvent dans le Temple, au milieu des docteurs de la Loi, échangeant avec eux sur la Loi et les prophètes. Jésus, faisant écho à l’annonce prophétique de Siméon, explique à Joseph et à Marie qu’il se doit d’être aux choses de son Père (cf. Lc 2,41-50 ).
Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.
Au delà
Gardien de l’Enfant Jésus ici-bas, saint Joseph l’est nécessairement aussi de la société surnaturelle que Jésus-Christ a fondée pour tenir sa place sur terre après son ascension, c’est-à-dire son retour auprès du Père. Cette société, l’Église, est en effet le prolongement du Corps du Christ dans l’histoire : saint Joseph est ainsi le gardien de l’Église.
Aller plus loin
Pape François, lettre apostolique Patris corde du 8 décembre 2020. Disponible en ligne .
En complément
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Pie IX, décret Quemadmodum Deus du 8 décembre 1870. Disponible en ligne .
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Pie XII, Discours aux ACLI à l’occasion de la solennité de saint Joseph artisan, du 1er mai 1955, dans les AAS n. 47 (année 1955).
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Jean-Paul II, exhortation apostolique Redemptoris Custos du 15 août 1989. Disponible en ligne .
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Saint Joseph, époux de Marie, Flavigny-sur-Ozerain, Éditions. Traditions monastiques, 1994 (deuxième édition, revue), 192 p. Il s’agit d’un recueil de textes sur saint Joseph.