Au cœur du chaos, la foi de Jozef Bilczewski
Jozef Bilczewski (1860 – 1923) est une grande figure pastorale de l’Église en Europe centrale au tournant du XXe siècle, époque marquée par de profondes tensions politiques et de grands bouleversements historiques. Doté d’une solide formation théologique, il quitte le monde académique pour affronter la réalité concrète de Lviv, où il est nommé archevêque en 1900. Là, il ne se contente pas de prêcher la charité : il l’organise, la structure et la rend durable à travers des œuvres concrètes. Pendant la Première Guerre mondiale, il demeure au cœur de la tourmente, soutenant matériellement et spirituellement une population éprouvée. Il meurt le 20 mars 1923, laissant le souvenir d’un pasteur profondément engagé, et il est canonisé en 2005.
Les raisons d'y croire
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Jozef Bilczewski est un intellectuel formé à Rome et à Vienne, recteur et doyen d’université. Il jouit de l’estime de ses collègues universitaires. Il ne poursuit pourtant pas sa carrière académique, mais accepte la charge pastorale. Sans abandonner la rigueur intellectuelle, il adhère pleinement à la foi chrétienne et la vit.
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Très attaché à l’Eucharistie, il promeut la communion fréquente, dans la ligne des réformes de Pie X. « L’Eucharistie est le soleil de la vie chrétienne », témoigne-t-il. Il a expérimenté que la communion produit chez lui des effets spirituels et moraux visibles, montrant que Jésus est une présence réelle qui transforme sa vie. Sous son impulsion, la vie paroissiale et diocésaine s’enrichit, et de nombreux prêtres témoignent de son exigence alliée à la bonté.
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À Lviv, il ne se contente pas de prêcher : il fonde des œuvres concrètes de charité (orphelinats, aides aux ouvriers, structures caritatives de paroisse). On voit que la charité chrétienne ne reste pas une idée ou un élan du cœur, mais se traduit en institutions durables qui soulagent réellement la misère du monde. « L’amour du prochain doit être organisé, sinon il reste stérile », explique-t-il.
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Pendant la Première Guerre mondiale, alors que la ville de Lviv est touchée par les combats et l’occupation, il ne fuit pas. Mgr Bilczewski demeure auprès des habitants pour les soutenir et leur venir en aide. Il répète : « Ne perdez pas confiance : Dieu conduit l’histoire, même à travers les épreuves. » Sa foi se manifeste encore plus dans l’épreuve, ce qui lui donne un poids particulier.
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Dans une ville déchirée par les tensions nationales et religieuses et en pleine guerre (à la Première Guerre mondiale succède le conflit polono-ukrainien de 1918-1919), Jozef Bilczewski parvient à être respecté de tous et à apaiser les conflits. Un tel rôle de paix, dans un contexte aussi explosif, manifeste l’autorité morale et la portée concrète de la foi qu’il met en œuvre.
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Après sa mort, un miracle qui lui est attribué – la guérison rapide et complète de Marcin Gawlik, neuf ans, gravement brûlé – a fait l’objet d’une enquête approfondie. La disparition rapide des brûlures au troisième degré de l’enfant, confirmée par des médecins indépendants, va à l’encontre de l’évolution médicale habituelle. Le fait que cela soit advenu à la suite de prières adressées à Bilczewski ne relève pas d’une coïncidence.
En savoir plus
Jozef Bilczewski naît en 1860 dans une famille polonaise pieuse de Wilamowice, en Galicie (alors sous domination austro-hongroise). Très tôt, il montre un esprit vif et curieux, mais aussi un cœur tourné vers les autres. Après des études brillantes en théologie à Cracovie, Rome et Vienne, il est ordonné prêtre et se distingue rapidement par sa rigueur intellectuelle et sa profonde piété. Il aime répéter : « Le prêtre doit être un homme de Dieu pour les autres. » Cette maxime guide toute sa vie.
En 1900, il est nommé archevêque de Lviv. Cet archidiocèse est grand et se trouve dans une situation sociale, économique, ethnique et religieuse délicate. Au lieu de se replier sur le protocole ou les discours, il parcourt les quartiers populaires à pied, rencontre les familles, les ouvriers et les enfants des orphelinats. Une anecdote célèbre raconte qu’un soir d’hiver, il retrouve un petit garçon malade abandonné dans la rue et lui offre un toit, de la nourriture et des soins.
Durant la Première Guerre mondiale, il ne fuit pas le danger. Alors que Lviv est assiégée et frappée par la faim, il organise la distribution de vivres et de vêtements, veille aux soins des malades, et accompagne spirituellement la population dans un climat de peur et de désolation. Son courage inspire aussi les autorités civiles et militaires, qui reconnaissent en lui un homme de paix et de dialogue. « De sa personne, émanait une certaine fascination, une grande force spirituelle, avec laquelle il désarmait jusqu’à ses adversaires » (Edward Nowak, secrétaire de la Congrégation pour la cause des saints).
Sa santé commence à décliner dans les dernières années de sa vie, mais il continue à accueillir les fidèles, les visiteurs et les pauvres, jusqu’à ce que sa force physique ne lui permette plus. Il meurt en 1923, laissant derrière lui le souvenir d’un archevêque qui incarnait la foi, la charité et la sagesse, et d’une Église vivante et tournée vers les autres.
Reconnu pour sa sainteté, Bilczewski a été canonisé en 2005.
Solveig Parent
Aller plus loin
La biographie mise en ligne sur le site du Vatican.
En complément
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Pour le contexte historique, se renseigner sur les vingt-cinq martyrs d’Ukraine .
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Didier Rance, Catholiques d’Ukraine : un pays, une Église, un message, Éditions Artège, 2022.
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Grzegorz Chajko, Saint Jozef Bilczewski, Archbishop of Lviv, 2010 (édition universitaire en anglais et en polonais).