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Les apparitions et interventions mariales
Cubas (Castille, Espagne)
Nº 872
Mars 1449

Notre-Dame de la Croix donne un signe

Le lundi 3 mars 1449, Inès Martinez, douze ans, garde les porcs de son père à Cubas (Castille, Espagne), au lieu-dit Fonte Cecilia. Vers midi, une dame lui apparaît, resplendissante de lumière, vêtue d’habits dorés. L’apparition appelle à la conversion et annonce une épidémie imminente. Un dialogue s’instaure entre elle et la fillette, qui conduira à la construction d’un grand sanctuaire dédié à « Notre Dame de la Croix ». Cette manifestation mariale, riche en signes et en exhortations, révèle la sollicitude maternelle de Marie et son rôle d’intercesseur auprès de son peuple.


Les raisons d'y croire

  • Très rapidement après la première apparition, les faits sont connus de tous. Les différents protagonistes et les témoins sont interrogés par les autorités ecclésiastiques et civiles de la région madrilène, et un notaire enregistre ces déclarations par écrit. La copie manuscrite des documents de l’époque, réalisée en 1789, a été conservée jusqu’à nos jours.

  • Comme annoncé par Marie lors de la deuxième apparition, un « signe » est donné aux fidèles : la paralysie soudaine du bras et de la main d’Inès. Le handicap est observé par des centaines de personnes sans que personne ne décèle de fraude. La fillette recouvre l’usage de ses membres en une fraction de seconde, lorsque la Vierge le décide.

  • Au moment des faits, aussi bien la population de la région que le clergé sont suffisamment convaincus pour débuter la construction d’une église sur les lieux de l’une des apparitions. Depuis l’enquête initiale de 1449, le clergé espagnol n’a pas émis de doutes sur l’origine céleste des apparitions.

  • Le sanctuaire de Cubas n’a jamais périclité : même après la guerre civile (1936-1939), alors que les bâtiments ont été ravagés, la dévotion et le pèlerinage reprennent de plus belle.

  • Les miracles recensés sont très nombreux et absolument inexplicables. Le 23 avril 1449, vingt témoins sont entendus sous serment, séparément, par le notaire apostolique et écrivain du roi castillan, Juan Gonzalez de Roa. Dans son rapport (trente-six pages), il rapporte huit miracles, notamment celui de la guérison définitive et instantanée d’une petite fille, condamnée par la médecine du temps, le 15 avril, sur le lieu de l’apparition.

  • De 1449 à 1452, le même notaire authentifie publiquement trente-huit autres miracles : guérisons de malades du cœur, des yeux, de muets, d’hémiplégies, etc.

  • Parmi les récits recensés, certains sont époustouflants et relèvent d’une rareté manifeste : libérations inexplicables de prisonniers, sauvetages de personnes qui sortent indemnes de graves accidents… comme cet homme tombé au fond d’un puits profond, qui réussit de manière inexplicable à s’extirper après avoir invoqué « Sainte Marie de la Croix ».

  • À partir de 1452, un autre notaire, Pedro Sanchez de Boro, se charge de rapporter les faits miraculeux qui continuent de se produire.

  • Les murs de ce sanctuaire diocésain sont ornés de centaines d’ex-voto déposés à toutes les époques, prouvant la présence et l’action de la Vierge Marie pour les fidèles qui se rendent en ce lieu.


En savoir plus

Le lundi 3 mars 1449, Inès Martinez, douze ans, issue d’une famille désargentée de travailleurs agricoles de Cubas (Castille, Espagne) près de Madrid, garde les cochons de son père, Alfonso, au lieu-dit Fonte Cecilia. Vers midi, une dame « magnifique » lui apparaît, resplendissante de lumière, vêtue d’habits dorés. Un dialogue s’instaure entre elle et Inès. Elle demande à Inès ce qu’elle fait là, puis se plaint du refus des gens de ne plus jeûner. L’apparition prophétise d’une voix « suave » une « grande pestilence de douleur » (épidémie de peste) et appelle les fidèles à se convertir, avant de disparaître.

Inès, ne sachant que faire, ne raconte à personne sa mystérieuse rencontre. Le mardi 4 mars, la fillette garde les porcs près du ruisseau Torrejon lorsque, « vers midi », comme la veille, Marie apparaît à quelques mètres d’elle. Elle demande à Inès si elle a rapporté aux siens les paroles qu’elle a prononcées, comme elle le lui avait demandé. Inès répond qu’elle n’ose pas, qu’elle a peur, car on la prendrait pour une folle. L’apparition lui ordonne alors d’avertir tous les fidèles, et que, s’ils ne croient pas, elle lui donnera un signe.

Rentrée chez elle, Inès décide de parler à son père. Celui-ci refuse de la croire, et lui demande de se taire et de ne s’ouvrir à personne d’un tel délire. Quant à sa mère, c’est un reproche identique qui finit par contraindre la fillette à ne pas insister.

Le vendredi 7 mars, Inès garde les cochons à Prado Nuevo lorsque la Dame apparaît pour la troisième fois. Cette fois, la voyante lui explique qu’elle en a parlé à ses parents, mais en vain. La Dame lui dit d’interpeller toutes celles et tous ceux qu’elle rencontrera dorénavant, sans « crainte ni appréhension ».

Mais, dans la maison familiale, son père lui dit à nouveau d’arrêter de s’inventer des histoires invraisemblables ! Cependant, sa mère, constatant quelque chose de changé chez sa fille, change d’avis et l’autorise à parler sans contrainte. Le dimanche 9 mars, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Un prêtre diocésain, Juan Gonzalez est reçu par les parents d’Inès, en sa compagnie.

Peu après, Inès, installée à La Ciroleda pour garder ses bêtes, s’agenouille et demande à la Vierge de revenir pour savoir que faire et que dire. Marie apparaît pour la quatrième fois. Elle prie Inès de se lever et lui révèle son identité : « Je suis la Vierge Marie. » Puis elle s’approche de la fillette, lui prend la main droite et serre fortement ses doigts, qui, d’un coup, restent comme paralysés, à l’image de son bras droit qui semble « mort » : c’est le signe attendu de tous. Le contact par toucher entre l’apparition et un être humain n’est pas un cas unique dans les annales du christianisme : en 1947, par exemple, Jacqueline, petite voyante de L’Île-Bouchard, sent aussi sur son épiderme la tiédeur de la peau de Marie.

Le lendemain, le prêtre de Cubas organise une procession publique jusqu’au lieu de l’apparition de la veille. Inès porte comme elle le peut une croix en bois qu’on veut planter à l’endroit précis où Marie est venue. Parvenue près de cet endroit, la voyante s’avance seule avec sa croix. La Vierge Marie apparaît alors, se saisit de la croix en bois, et la plante elle-même dans le sol, en demandant de faire construire une église à proximité.

Le chantier de la future église commence dans les mois suivants, après que les témoins oculaires ont été interrogés par les autorités ecclésiastiques et civiles de la région madrilène.

À partir de 1464, des sœurs dites de la « pénitence de Saint-François » s’y installent avec l’autorisation de l’archevêque de Madrid. C’est le « béguinage » de Cubas qui, sous l’influence fructueuse de la future bienheureuse Juana de la Cruz Vazquez y Gutiérrez, devient un grand monastère.

En 1949, on construit une nouvelle église, plus grande, pour accueillir les flots de pèlerins.

Depuis 1974, ce sont des clarisses qui assurent l’accueil des pèlerins à Cubas. En 1988, la première pierre du nouveau sanctuaire a été posée et sa dédicace a été célébrée le 5 mars 1994 par Monseigneur Golfin, évêque de Getafe, qui l’éleva au rang de sanctuaire marial diocésain.

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


Au delà

Parmi les miraculés de Cubas, on peut citer le cas de la future bienheureuse Juana de la Cruz Vazquez y Gutiérrez (1481 – 1534). En 1485, âgée seulement de quatre ans, elle fait une chute de cheval mortelle. Tandis qu’elle gît inconsciente au sol, elle voit la Vierge Marie, qui la guérit. Accompagnée d’un ange, l’apparence de la Vierge est en tous points identique à celle des apparitions de Cubas. Adulte, mystique reconnue, « La Santa Juana », devient abbesse franciscaine au monastère Sainte-Marie de la Croix, à Cubas.


Aller plus loin

René Laurentin et Patrick Sbalchiero, Dictionnaire des « apparitions » de la Vierge Marie, Paris, Fayard, 2007.


En complément

  • L’article de l’Encyclopédie mariale : « Cubas : Notre-Dame de la Croix ».

  • Jessica A. Boon, « Mère Juana de la Cruz : visions mariales et prédication féminine », dans Un nouveau compagnon du mysticisme hispanique, édité par Hilaire Kallendorf et Colin Thompson, Boston, Brill, 2010, p. 127-148.

  • Attilio Galli, Madre della Chiesa nei Cinque Continenti, Udine, Edizioni Segno, 1997.

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