La famille Ulma, les Samaritains de Markowa
Pendant l’occupation nazie de la Pologne, Jozef et Wiktoria Ulma choisissent d’agir par fidélité à l’Évangile et par amour du prochain : malgré le risque encouru, ils cachent et protègent deux familles juives dans le grenier de leur ferme, à Markowa. Le 24 mars 1944, dénoncés, les huit Juifs qu’ils protégeaient sont abattus sur place. Jozef et Wiktoria sont fusillés, ainsi que leurs sept enfants. Déjà reconnus comme « Justes parmi les Nations » depuis 1995, le martyre des membres de la famille Ulma – un « martyre de la charité », selon les mots du pape François – a été reconnu par l’Église et ils ont été béatifiés en 2023.
Les raisons d'y croire
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Une foi qui ne change rien à la façon de mener sa vie ne serait pas vraiment crédible. Or, c’est tout le contraire pour la famille Ulma. Leur foi est vivante, incarnée à tous les niveaux : participation active au sein de la paroisse Sainte-Dorothée, éducation chrétienne de leurs enfants, vie de prière familiale, notamment le chapelet… Le postulateur de leur cause de béatification a souligné que « leur maison était une petite église domestique ». Ainsi, lorsque débute l’occupation de la Pologne par l’Allemagne nazie, la vie de cette famille est imprégnée par les valeurs évangéliques et motivée par le désir de ressembler au Christ.
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Dans ces temps troublés, le christianisme leur a enseigné la dignité sacrée de toute personne humaine créée à l’image de Dieu. Plus encore, ils considèrent que ne pas venir en aide aux Juifs serait contraire à l’Évangile et à la charité chrétienne. Les divers passages soulignés au crayon rouge dans la bible de la famille en sont l’indice : le chapitre du Bon Samaritain ( Lc 10,30-37 ), ou encore le verset : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même » ( Lc 10,27 ).
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« Ils savaient qu’ils risquaient la mort, mais ils n’ont pas hésité », rapportent des proches de la famille après-guerre. Jozef et Wiktoria ont aussi à l’esprit leurs sept enfants bien-aimés. Pendant un an et demi, alors qu’ils pourraient se rétracter à tout moment, ils accueillent sous leur toit et protègent deux familles juives. On ne peut considérer qu’avec admiration la vision du monde qui produit un tel héroïsme moral et une telle cohérence dans les choix de vie.
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Le choix des Ulma suppose une confiance radicale dans la promesse du Christ : la mort n’est pas la fin. Ils ont aussi la ferme conviction que le sacrifice par amour a une valeur infinie et que la fidélité à Dieu conduit à la vie éternelle. Sans cette espérance, leur décision est humainement incompréhensible.
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Par leur fidélité à l’Évangile, par leur courage et leur amour du prochain – jusqu’au don total d’eux-mêmes –, les Ulma sont devenus des témoins de la charité chrétienne. Leur vie sous le regard du Christ est un signe puissant et une lumière pour l’Église et pour le monde.
En savoir plus
Le 24 mars 1944, au petit matin, un détachement de l’Ordnungspolizei (« Police de l’ordre », intégrée à la SS) encercle la ferme des Ulma à Markowa. La troupe est commandée par le lieutenant Eilert Dieken. Dans le grenier de la maison sont cachées deux familles juives, soit huit personnes : six membres de la famille Szall (les parents et leurs quatre fils), ainsi que deux sœurs, Golda et Layka Goldman. Jozef et Wiktoria Ulma savent parfaitement qu’en cas de découverte, ils seront exécutés sur-le-champ. Malgré cela, ils les ont accueillis et protégés pendant un an et demi, au nom de l’Évangile, qu’ils désiraient vivre pleinement.
Les huit Juifs sont découverts et immédiatement abattus. Jozef et Wiktoria sont fusillés à leur tour. Se pose alors la question du sort des enfants. Après un bref conciliabule entre les policiers, l’un d’eux, Joseph Kokott, âgé de vingt-trois ans, ouvre le feu sur les enfants, bientôt rejoint par d’autres membres du détachement. Cette scène constitue une terrible boucherie, accomplie sous les yeux de plusieurs habitants du village pour renforcer le climat de terreur. Les seize dépouilles sont enterrées sur place.
Wiktoria, enceinte de son septième enfant, est tuée alors qu’elle est sur le point d’accoucher. Lorsqu’en janvier 1945, malgré l’interdiction nazie, les proches de la famille déplacent les dépouilles pour les enterrer au cimetière du village, ils constatent que l’enfant avait commencé à naître : la tête et une partie du corps étaient déjà sorties du ventre de sa mère. L’Église a reconnu cet enfant martyr, au même titre que ses frères et sœurs. Il a été béatifié avec sa famille, ayant reçu le « baptême de désir » – puisque ses parents avaient l’intention ferme de le faire baptiser – et le « baptême de sang » (martyre d’une personne morte pour le Christ avant d’avoir reçu le baptême sacramentel).
La béatification de toute une famille en même temps constitue un fait exceptionnel dans l’histoire de l’Église. Elle manifeste avec éclat que la famille peut être une véritable école de sainteté. La reconnaissance du martyre des enfants, Stanislawa, Barbara, Wladyslawa, Franciszka, Maria et Antoni, est aussi un élément nouveau. Les enfants Ulma n’ont pas nécessairement été impliqués dans le choix de cacher les Juifs au péril de leur vie. Cependant, l’Église a jugé que les enfants, comme les parents, ont été tués par haine de la foi. Leur martyre s’apparente à celui des saints Innocents.
Solveig Parent
Au delà
Lors de la béatification de la famille Ulma à Markowa, le 10 septembre 2023, le pape François a déclaré : « Que cette famille polonaise, qui représentait un rayon de lumière dans l’obscurité de la Seconde Guerre mondiale, soit pour nous un modèle à imiter dans l’élan du bien et dans le service des personnes dans le besoin. »
Aller plus loin
L’article et le podcast de Jean Luc Moens.
En complément
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La page du Yad Vashem sur Jozef et Wiktoria Ulma .
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Les articles de Vatican news : « La famille Ulma, une béatification sans précédent » ; « Béatification en Pologne : la famille Ulma, un exemple d’héroïsme ».