Jean-Pierre Bély : le soixante-sixième miracle officiel de Lourdes
Des miracles spectaculaires ont bien lieu de nos jours : il ne s’agit pas seulement de récits anciens. La guérison de Jean-Pierre Bély, en 1987, en est un exemple frappant. Atteint d’une grave sclérose en plaques, cet infirmier avait été déclaré invalide à 100 %. Découragé, il se rend à Lourdes, poussé par sa femme, pour le pèlerinage du Rosaire, sans attendre de guérison. Là, à travers la confession, la communion et le sacrement des malades, il retrouve une foi qu’il avait laissée s’éteindre. Peu après ce renouveau intérieur, il est guéri de manière soudaine, complète et durable. En 1999, après des expertises médicales rigoureuses, l’Église reconnaît officiellement ce soixante-sixième miracle de Lourdes.
Les raisons d'y croire
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Quand Jean-Pierre Bély part en pèlerinage à Lourdes, le 5 octobre 1987, son dossier médical est clair : sclérose en plaques secondairement progressive, avec atteinte sévère de la marche et amyotrophie. Il en souffre depuis quinze ans. Trois ans avant, le diagnostic a été définitif : la chronicité et la gravité de son état rendent toute rémission durable cliniquement inenvisageable.
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Jean-Pierre Bély n’avait aucune raison de croire à une guérison. En juin 1987, il a été déclaré invalide à 100 %. Il dépend d’une tierce personne pour les gestes ordinaires et ne se déplace qu’en fauteuil roulant. Son état correspond à ce que l’on peut attendre de l’évolution de la maladie : une dégradation progressive, sans retour en arrière.
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Quand Jean-Pierre Bély se rend à Lourdes, il ne s’y rend pas pour demander un miracle. Il y va, poussé par son épouse, sans attente particulière.
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Le premier miracle pour Jean-Pierre Bély sera, selon ses propres dires, sa guérison intérieure et spirituelle : il était croyant, mais ne pratiquait plus vraiment. Comme un préambule à sa guérison physique, il reçoit successivement trois sacrements qui le transforment intérieurement. D’abord la confession : infirmier de profession, il avait participé à de nombreux avortements et dit ressentir alors « un pardon total ». Il reçoit ensuite la communion, puis le sacrement des malades, au cours duquel il se sent aimé par Dieu avec « une tendresse infinie ».
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Ce n’est qu’après cela que surviennent les signes physiques : il ressent d’abord des fourmillements dans les pieds, puis une sensation de froid intense, enfin une chaleur qui l’envahit peu à peu des pieds à la tête. Allongé sur son brancard, il comprend intérieurement qu’il est guéri, mais ne dit rien, ne souhaitant pas devenir le centre de l’attention. Dans la nuit qui suit, dans sa chambre, il se lève et se met à marcher devant l’infirmière ébahie. Il choisit pourtant de rester en fauteuil roulant jusqu’à son retour. Là, sa femme ne le croit pas quand il lui demande de conduire la voiture…
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La sclérose en plaques de forme secondairement progressive n’offre pas de possibilité de rémission complète et durable. Aucune thérapeutique ne permet d’inverser des déficits neurologiques installés. Après le miracle, le professeur Gil, chef du service de neurologie au CHU de Poitiers et médecin traitant, conclut à « une guérison neurologique sans explication possible ». Ce constat sera confirmé par le Comité médical international de Lourdes (CMIL), au terme d’expertises indépendantes.
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Cette conversion, tant physique que spirituelle, s’est aussi manifestée dans un changement de vie. À son retour, il s’engage dans la vie paroissiale et le service des autres. Il revient aussi régulièrement à Lourdes et témoigne lorsqu’on le lui demande. Sa guérison n’est pas seulement un fait médical, elle s’inscrit dans une transformation durable de sa vie, cohérente avec ce qu’il a reçu.
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La reconnaissance par l’Église ne s’est pas faite à la légère. La guérison a lieu en 1987 ; elle n’est reconnue officiellement qu’en 1999, après un long travail d’expertises médicales et de discernement. Sur des milliers de dossiers déposés à Lourdes, seuls quelques-uns aboutissent. Le Bureau des constatations médicales et le CMIL exigent que la guérison soit constatée, durable et « inexpliquée dans l’état actuel des connaissances scientifiques ».
En savoir plus
« Au nom de l’Église, je reconnais publiquement le caractère authentique de la guérison dont a bénéficié Jean-Pierre Bély, le 9 octobre 1987, à Lourdes. Cette guérison subite et complète est un don personnel de Dieu pour cet homme et un signe effectif du Christ Sauveur, accompli par l’intercession de Notre Dame de Lourdes », déclare Mgr Dagens, évêque d’Angoulême, lors de la proclamation officielle du miracle, le 11 février 1999.
Cette reconnaissance, la soixante-sixième depuis les apparitions de Lourdes, a une saveur particulière : il s’agit du premier cas récent de guérison miraculeuse reconnu après quarante et un ans. Chaque année, environ 50 000 malades viennent à Lourdes pour se recueillir, et, depuis l’origine, 7 600 dossiers de déclaration de guérison ont été déposés au Bureau des constatations médicales (BMC). Parmi ces déclarations, environ une sur cinquante est examinée par le Comité médical international de Lourdes (CMIL). À ce jour, soixante-douze miracles ont été reconnus, à l’issue d’un tri attentif et rigoureux, afin d’établir avec certitude qu’il s’agit bien d’un miracle.
Faut-il en conclure qu’il n’y aurait pas eu de guérisons réellement miraculeuses pendant près d’un demi-siècle ? En réalité, de très nombreux cas de guérison sont régulièrement rapportés à Lourdes. Mais la procédure de reconnaissance est particulièrement exigeante, tant pour le comité médical que pour la personne guérie. Le dossier doit être constitué avec précision, les examens répétés, les comptes rendus fournis, et il faut revenir à Lourdes à de nombreuses reprises pour être entendu par différents médecins. Cette démarche, longue et éprouvante, décourage beaucoup de personnes qui ne souhaitent pas s’engager dans un tel parcours. D’autres encore ne désirent pas devenir le centre de l’attention, comme ce fut d’ailleurs le cas de Jean-Pierre Bély lui-même. Par ailleurs, nombre de guérisons se déploient progressivement : elles sont bien réelles, mais ne correspondent pas aux critères stricts exigés pour une reconnaissance officielle, notamment celui d’une guérison instantanée. Ainsi, l’absence de reconnaissance publique ne signifie pas l’absence d’action de Dieu, mais témoigne d’un discernement volontairement rigoureux.
Ancien président du Bureau des constatations médicales du sanctuaire, le docteur Patrick Theillier constate régulièrement des guérisons, non seulement physiques, mais aussi psychiques et spirituelles. Beaucoup de ces transformations sont profondes et durables et, selon lui, peuvent être qualifiées de miracles. Toutefois, elles ne répondent pas aux critères retenus par le Comité médical, qui exige pour une reconnaissance officielle une guérison physique. Ainsi, bien des guérisons échappent au cadre strict de l’expertise médicale, sans en être moins réelles pour ceux qui les reçoivent.
Le Bureau des constatations médicales de Lourdes a été créé en 1883 afin que personne ne reparte en se disant « guéri » sans avoir soumis son cas à une vérification médicale rigoureuse et collégiale. L’évêque du diocèse de Tarbes et Lourdes nomme le médecin permanent et le président du BMC. Installé au sanctuaire avec une équipe de permanents, dont un médecin en exercice, le Bureau reçoit les déclarations et engage un premier travail d’analyse critique. Si le cas paraît sérieux, une réunion de « discussion d’un cas clinique » est convoquée, à laquelle peuvent participer tous les médecins et soignants présents à Lourdes, quelles que soient leurs convictions religieuses.
Depuis 1947, ce processus est complété par le Comité médical international de Lourdes (CMIL), composé d’une trentaine de membres. Ceux-ci sont chargés d’expertiser les dossiers et, le cas échéant, de certifier que le mode de guérison déclaré « inexpliqué » par le Bureau des constatations médicales l’est réellement « dans l’état actuel des connaissances scientifiques ».
Élisabeth de Sansal, diplômée de bioéthique à l’université pontificale Regina Apostolorum, à Rome.
Au delà
Les progrès de la science et de la médecine ont conduit l’Église à renforcer les critères de reconnaissance des miracles, ce qui est une bonne chose. Cela ne remet pas en cause les miracles anciens : ils ont été reconnus avec les connaissances médicales de leur temps, et l’Église, lorsqu’elle proclame un miracle, pose un acte canonique qu’elle ne peut relativiser ensuite au gré des avancées scientifiques. La mention « inexpliqué dans l’état actuel des connaissances » relève d’un constat scientifique, non d’un jugement spirituel. Il serait d’ailleurs vain de se demander si les malades guéris par Jésus auraient pu l’être aujourd’hui par la médecine : ce qui importe est qu’à l’époque, la médecine ne pouvait rien pour eux. Par ailleurs, à Lourdes, beaucoup de pèlerins reçoivent des guérisons intérieures, des conversions profondes, des libérations… Ces transformations ne répondent pas aux critères médicaux d’un miracle reconnu, mais leurs fruits sont bien réels. L’Évangile lui-même distingue « miracle » et « guérison » ( Mc 6,4-6 ), rappelant que le signe visible n’est pas l’essentiel : ce que le Seigneur cherche avant tout, c’est la guérison du cœur et l’union durable de l’âme avec lui.
Aller plus loin
Docteur Patrick Theillier, Lourdes, terre de guérisons, Ephata, 11 mars 2026 (nouvelle édition à venir).
En complément
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L’article 1 000 raisons de croire : « Avec plus de 7 500 dossiers de guérisons inexpliquées, Lourdes est unique au monde (1858) ».
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Le livre témoignage de Jean-Pierre Bély, « Allez dire… », Sanctuaires Notre-Dame de Lourdes, 2002.
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La courte vidéo témoignage post guérison de Jean-Pierre Bély.
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Article Zénith : « Lourdes 2010, par le docteur Theillier, ancien président du Bureau médical ».