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Les visionnaires
Italie
Nº 856
Entre 1943 et 1947

Maria Valtorta pourrait être au livre Guinness des records

Alitée depuis des années dans un petit appartement de Toscane, sans formation universitaire ni bibliothèque, Maria Valtorta reçoit entre 1943 et 1947 des visions de la vie de Jésus, qu’elle consigne sur près de 9 000 pages manuscrites. En italien, ces pages représentent environ 10,8 millions de caractères, soit une œuvre plus volumineuse encore que le roman de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, qui compte environ 9,6 millions de caractères et détient le record Guinness du plus long roman du monde. La disproportion entre les moyens de Maria Valtorta et le résultat obtenu est telle que son œuvre ne peut guère être regardée comme un simple exploit littéraire : elle apparaît plutôt comme une révélation d’ordre surnaturel.


Les raisons d'y croire

  • Les chiffres bruts sont impressionnants : l’ensemble des écrits de Maria Valtorta remplit 122 cahiers d’écolier, soit 13 193 pages manuscrites. Parmi elles, environ 9 000 pages composent L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, la grande fresque de la vie de Jésus. Qu’une femme alitée, sans formation littéraire poussée et sans expérience d’auteur, produise une telle masse d’écriture relève de l’extraordinaire : une œuvre de cette ampleur porte l’empreinte du surnaturel.

  • L’Évangile tel qu’il m’a été révélé est constitué d’environ 10 800 000 caractères (espaces comprises). À titre de comparaison, À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, inscrit au Guinness World Records comme le plus long roman du monde, compte environ 9 609 000 caractères. L’œuvre de Maria est donc 10 % plus longue que le record littéraire mondial.

  • Le temps de rédaction est tout aussi étonnant : Proust consacre seize ans à l’écriture de son roman et en est littéralement mort d’épuisement. Maria Valtorta, de son côté, rédige la quasi-totalité de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé entre le 28 avril 1943 et le 28 avril 1947, soit en quatre ans à peine.

  • Du point de vue du travail et du foisonnement de détails, L’Évangile tel qu’il m’a été révélé n’a rien à envier à La Recherche : Maria Valtorta y décrit avec précision plus de 220 villages, 110 sites géographiques, 150 plantes, 70 groupes ethniques, 200 espèces d’animaux, 50 espèces minérales et plus de 750 personnages.

  • Maria Valtorta écrit son œuvre majeure alors qu’elle est alitée de manière permanente à cause d’une lésion vertébrale irréversible et qu’elle cumule plusieurs maladies graves :myocardite, tumeur ovarienne, péritonite chronique, névrites, troubles pulmonaires et douleurs constantes. Dans un tel état – où l’effort, la concentration et l’endurance auraient dû lui être impossibles –, elle produit pourtant des milliers de pages d’une grande cohérence. La disproportion entre la fragilité extrême de son corps et la fécondité exceptionnelle de son écriture suggère encore une fois l’existence d’une source qui dépasse les seules forces humaines.

  • Maria Valtorta reçoit ses visions dans un désordre complet, mais, une fois rassemblées, elles s’ajustent entre elles avec une cohérence interne remarquable : les scènes s’enchaînent sans contradiction, les personnages réapparaissent avec une continuité naturelle, les dialogues et les allusions d’un passage trouvent leur place dans un autre, et même les détails secondaires se répondent avec justesse. Une telle unité, surgie de fragments reçus sans plan d’ensemble, dépasse ce que l’on attend d’une construction humaine.

  • Le mode de travail est à l’opposé de celui d’un grand romancier qui accumule rédactions, brouillons et corrections : Maria écrit d’un seul jet, sans ratures significatives, dans des cahiers ordinaires, sans documentation ni bibliothèque à portée de main. L’ensemble sera ensuite dactylographié par son directeur spirituel. Cette écriture « au fil de la dictée », sans travail préparatoire visible, rend la qualité, la continuité et la richesse de l’œuvre encore plus époustouflantes.

  • Sur les 13 193 pages manuscrites, L’Évangile tel qu’il m’a été révélé n’en occupe qu’environ 60 % : le reste contient des dictées et des enseignements pour notre temps, rassemblés dans Les Cahiers, Le Livre d’Azarias, Les Carnets, etc. Autrement dit, tandis qu’elle produit déjà une « biographie de Jésus » plus volumineuse que l’œuvre-record de Proust, elle continue en parallèle à écrire plusieurs milliers d’autres pages de contenu théologique et spirituel.

  • Parmi ceux qui ont étudié de près la personne de Maria Valtorta, plusieurs spécialistes de la mystique catholique ont souligné l’héroïcité de ses vertus. Le père René Laurentin, dont la compétence en ce domaine n’est plus à prouver, écrit : « Sa longue vie de souffrance, vécue dans un abandon total à Dieu, témoigne de sa sainteté. » En effet, rien dans la vie de Maria ne contredit l’authenticité de son témoignage ; il renforce au contraire la crédibilité de l’œuvre qu’elle a portée.


En savoir plus

Maria Valtorta naît en 1897 à Caserte, dans une famille italienne qui déménage souvent au gré des affectations professionnelles de son père. Son enfance est marquée par une santé fragile et un tempérament sensible. En 1920, une agression violente lui cause une lésion à la colonne vertébrale, qui, avec le temps, s’aggrave lentement jusqu’à la laisser définitivement alitée en 1934. À partir de là, sa vie se déroule presque entièrement dans une chambre, dans une simplicité faite de prières, de lectures spirituelles et de relations discrètes avec les Servites de Marie, la congrégation qui l’accompagne.

En 1943, Maria dit recevoir intérieurement une première vision et une incitation à écrire. Elle se met alors à consigner, dans des cahiers d’écolier, des scènes de la vie de Jésus, qu’elle reçoit sous forme de visions ou de dictées. Elle les écrit au fil de ce qui lui est donné, sans ordre particulier. Au total, elle remplira plus d’une centaine de cahiers : visions évangéliques, méditations, dialogues, enseignements, notes personnelles. Parmi cet ensemble, le plus connu est L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, une vaste fresque qui suit la vie du Christ depuis sa naissance jusqu’à sa résurrection. L’œuvre est frappante par la vivacité des scènes, l’attention portée aux détails, la manière dont les personnages se déploient dans la durée, et la cohérence d’ensemble qui se dégage une fois les cahiers réorganisés chronologiquement.

Le père Romualdo Migliorini, son directeur spirituel, joue un rôle important : c’est lui qui rassemble, classe et dactylographie les textes pour les présenter à ses supérieurs. Maria, de son côté, ne revendique aucune intention littéraire ; elle se voit plutôt comme une secrétaire docile, travaillant depuis son lit.

Plusieurs autorités de l’Église ont accueilli l’œuvre de Maria Valtorta avec bienveillance. Ils l’ont lue et examinée pour n’y trouver que des choses bonnes. Par exemple, le 17 janvier 1952, Mgr Alfonso Carinci, archevêque, secrétaire de la Congrégation des rites et responsable de la cause des saints au Vatican, qui a travaillé sur 200 procès de béatification et 62 procès de canonisation, écrit : « Il me vient tout à fait spontanément le désir de remercier le Seigneur de nous avoir donné, par l’intermédiaire de cette femme qui a tant souffert, qui est clouée au lit, une œuvre littérairement sublime, doctrinalement et spirituellement si élevée, accessible et profonde, attirante à la lecture. » Et il ajoute : « Il n’y a rien dedans qui soit contraire à l’Évangile. Cette œuvre contribue plutôt à une meilleure compréhension de son sens. Les paroles de Notre Seigneur n’y sont en rien contraires à son Esprit. »

Maria Valtorta meurt en 1961, dans la discrétion qui avait marqué toute son existence. Ses écrits, publiés progressivement, ont depuis été traduits dans de nombreuses langues et continuent de toucher un large public. Beaucoup y découvrent une manière simple et vivante d’entrer dans les scènes évangéliques.

Antoine de Montalivet a étudié la philosophie et la théologie au séminaire diocésain de Fréjus-Toulon.


Au delà

L’Église accueille les révélations privées avec prudence et bienveillance. Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle au paragraphe 67 qu’elles « n’appartiennent pas au dépôt de la foi » : leur rôle n’est pas de compléter la Révélation donnée une fois pour toutes en Jésus-Christ, mais d’aider les fidèles à en vivre davantage dans un contexte particulier de l’histoire. Saint Paul exhorte d’ailleurs : « N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties. Mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le. » Elles ont donc pour finalité d’édifier, d’encourager et de nourrir la vie spirituelle. Le concile Vatican II, dans Gaudium et spes (44), invite tout le peuple de Dieu à discerner ces appels à la lumière de la Parole divine. Leur premier critère d’authenticité est la pleine conformité avec la foi catholique, c’est-à-dire l’absence d’erreur doctrinale et l’harmonie avec l’enseignement de l’Église.


Aller plus loin

Jean-François Lavère, L’Énigme Valtorta, en 2 tomes, Éditions Rassemblement à son Image, 2012. Cette étude approfondie et très documentée examine l’œuvre de Maria Valtorta sous ses aspects historiques, géographiques et narratifs. C’est un ouvrage de référence pour comprendre la structure interne et la cohérence de ses écrits.


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