Gabriel Gargam, l’incrédule guéri à Lourdes
À l’âge de vingt-neuf ans, Gabriel Gargam est victime d’un grave accident ferroviaire. Il en ressort paralysé de la taille aux pieds et incapable de se nourrir normalement. Alité pendant de longs mois, il s’affaiblit considérablement et souffre de graves complications. Son état est expertisé à de multiples reprises dans le cadre du procès intenté contre la Compagnie de chemin de fer de Paris à Orléans, pour laquelle il travaillait comme employé des Postes. Condamnée, la Compagnie choisit de lui verser une importante rente viagère, persuadée qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. Incrédule et éloigné de toute pratique religieuse, Gabriel Gargam accepte pourtant de se rendre à Lourdes, poussé par sa mère et sa tante, surtout pour quitter l’hôpital et rejoindre sa famille. À Lourdes, lors du pèlerinage national de 1901, il recouvre la foi en même temps que la santé et se lève de son brancard devant des milliers de pèlerins rassemblés pour la fête mariale.
Les raisons d'y croire
-
Le cas médical de Gabriel Gargam est très documenté par les éléments versés au dossier du procès intenté contre la Compagnie de chemin de fer. Son état fait l’objet de plusieurs expertises médicales concordantes, établissant une paralysie durable et jugée sans issue. L’arrêt de la cour de Bordeaux lors de la reconnaissance d’invalidité stipule que « l’accident a réduit Gargam au plus pitoyable des états et a fait de lui une véritable épave humaine ». Ces constats sont posés bien avant le pèlerinage à Lourdes, dans un cadre strictement civil, et seront ensuite confirmés par le Bureau des constatations médicales.
-
Avant son pèlerinage, l’état médical de Gabriel Gargam ne laisse place à aucun espoir raisonnable. À la suite de l’accident ferroviaire, plusieurs vertèbres lombaires sont écrasées et déplacées, entraînant une paralysie totale du bas du corps. Alité pendant près de vingt mois, incapable de se nourrir normalement, il est ravagé par la dénutrition, les escarres et la gangrène.
-
Depuis de nombreuses années, Gabriel Gargam ne pratique plus et se déclare incroyant. S’il accepte de se rendre à Lourdes, ce n’est ni par foi ni par espérance de guérison, mais en raison de l’insistance de sa mère et de sa tante religieuse. Son unique désir est alors de quitter l’hôpital, qu’il ne supporte plus, afin de finir ses jours auprès de sa famille. Gargam ne cherche pas un miracle et n’en attend aucun.
-
Après sa condamnation, la Compagnie de chemin de fer de Paris à Orléans choisit de verser à Gabriel Gargam une importante rente viagère plutôt qu’une indemnisation globale. Son état est alors si dégradé que la Compagnie estime qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre, et elle espère ainsi limiter le coût de l’indemnisation.
-
Gabriel Gargam vit une conversion profonde. Il se confesse, communie, et reçoit l’onction des malades. Malgré ses grandes difficultés à avaler. À il accepte de communier avec un tout petit morceau d’hostie. Il est ensuite conduit aux piscines de la grotte. L’épreuve est telle qu’il en ressort dans un état d’épuisement extrême, au point qu’on le croit mort. Pour ne pas effrayer les personnes présentes autour de lui, sa mère décide de poser un voile sur sa tête et sur son corps.
-
Au passage de la procession du saint sacrement, Gabriel Gargam ressent un léger fourmillement dans les pieds, puis une force intérieure qui le pousse à se lever. Devant des centaines de témoins, il se redresse et se met à marcher.
-
Le récit de la guérison de Gabriel Gargam est également rapporté par un journaliste anglais du Daily Mail, présent au moment des faits. Témoin extérieur au pèlerinage, il décrit la stupeur générale des pèlerins et confirme le caractère public et immédiat de l’événement, tel qu’il a été vu et reconnu par tous.
-
Ce jour-là, environ trente mille pèlerins se trouvent à la grotte. Une effusion de joie accompagne Gabriel Gargam jusqu’au Bureau des constatations médicales, où il est impossible de procéder immédiatement à un examen en raison de la densité de la foule. La constatation est donc repoussée au lendemain. Soixante médecins avertis viennent alors constater le changement d’état de santé de Gabriel Gargam.
-
La vie entière de Gabriel Gargam est durablement transformée, tant sur le plan physique que spirituel. Guéri sans rechute, il retrouve une vie normale, se marie et a des enfants. Il mène alors une vie de foi et témoigne publiquement de son histoire. Il retourne régulièrement à Lourdes comme brancardier. Cette transformation, stable et prolongée jusqu’à sa mort, à quatre-vingt-trois ans, confirme le caractère durable de sa guérison.
En savoir plus
Originaire d’Angoulême, Gabriel Gargam est guéri le 17 août 1901, lors du pèlerinage national à Lourdes. Cela fait alors près de vingt mois qu’il souffre de paralysie et de sous-nutrition. En 1899, il a été victime d’un grave accident de train : le dernier wagon, dans lequel il voyageait, s’est immobilisé sur la voie à la suite d’une défaillance de la locomotive, avant d’être violemment percuté par un autre train express arrivant à grande vitesse par l’arrière. Le choc est terrible. Plusieurs de ses vertèbres lombaires sont écrasées et déplacées, provoquant une paralysie complète de la taille jusqu’aux pieds.
Il a également de très grandes difficultés à se nourrir et doit par conséquent être alimenté par une sonde, dont il ne supporte l’application qu’une fois par jour. Cela fait presque deux ans qu’il est alité et il a besoin de l’aide quotidienne d’une infirmière. Non sans mal, il gagne son procès contre la compagnie ferroviaire, et une reconnaissance d’invalidité à vie est prononcée. À ce titre, il recevra dès lors une rente annuelle de 6000 francs, à vie, et, en dédommagement, 60 000 francs d’indemnisation. Cependant, il est si faible que la Compagnie pense ne pas en avoir pour longtemps…
Pendant ce temps, les médecins de l’hôpital le pressent de se faire opérer des vertèbres. Mais Gargam ne le souhaite pas et s’obstine. Il veut mourir en paix, entouré des siens. Pour pouvoir fuir l’hôpital, il accepte l’invitation de sa mère et de sa tante de se rendre à Lourdes. Participer à ce pèlerinage lui coûte mais, pour arriver à ses fins, il se laisse faire.
Finalement, il accepte de s’y préparer en se confessant avant le départ et en communiant avec un tout petit morceaud’hostie, tant il a du mal à avaler. Au moment de sa guérison, il ne pèse plus que trente-huit kilos et se trouve dans un état de faiblesse extrême. Le voyage à Lourdes est si éprouvant qu’il fait une syncope et on le croit mort à plusieurs reprises. Dans le cortège qui le mène aux piscines de la grotte, il est entouré de sa mère et de sa tante religieuse, qui prient la Sainte Vierge sans relâche.
Au sortir des piscines, elles le trouvent tellement blanc qu’elles lui appliquent un voile sur le corps et la tête pour ne pas effrayer la foule. C’est dans cet état de délabrement total que Gabriel Gargam ressent un léger fourmillement dans ses pieds, puis, submergé par une émotion profonde, il tente de parler, mais en vain, étouffé par ses pleurs. Il craint d’avoir manqué la procession du saint sacrement et il sent une force lui demander de se lever.
Ce jour-là, environ trente mille pèlerins se trouvent à la grotte. Une grande effusion de joie accompagne Gabriel Gargam jusqu’au Bureau des constatations médicales, où il est impossible de procéder immédiatement à un examen en raison de la densité de la foule. Les constatations sont donc reportées au lendemain, et se feront en présence de nombreux médecins.
Élisabeth de Sansal, diplômée de bioéthique à l’université pontificale Regina Apostolorum, à Rome.
Au delà
Les miracles, et en particulier les guérisons, rappellent que, de temps à autre, Dieu ouvre une brèche dans l’ordre habituel des choses. Pourtant, ces événements suscitent souvent le scepticisme. On invoque la supercherie, la suggestion psychologique, une guérison spontanée ou une explication scientifique encore inconnue. Lorsque ces hypothèses ne suffisent plus, il arrive que les faits soient simplement ignorés.
C’est précisément pour éviter toute confusion que, dès la fin du XIXe siècle, l’Église a instauré à Lourdes un processus d’examen particulièrement rigoureux. Les guérisons déclarées y sont soumises à des enquêtes médicales longues et exigeantes, chargées de vérifier des critères précis : diagnostic initial clairement établi, caractère grave et réputé incurable de la maladie, guérison soudaine, complète, durable et inexpliquée au regard des connaissances scientifiques. Ce n’est qu’au terme de ce parcours, parfois étalé sur plusieurs décennies, que certaines guérisons sont reconnues comme miraculeuses. À ce jour, soixante-douze miracles ont été officiellement reconnus, alors que des milliers de personnes témoignent avoir été guéries ou profondément transformées à Lourdes.
Aller plus loin
Dr Boissarie, L’Œuvre de Lourdes, 1909.
En complément
-
Annales et Journal de la grotte de Lourdes, septembre 1901.
-
L’article de Teilhard de Chardin dans la revue Études du 20 novembre 1908 au sujet des miracles de Lourdes .
-
Thèse doctorale de Laëtitia Ogorzelec-Guinchard : Le miracle et l’enquête : analyse sociologique de l’expertise médicale des guérisons déclarées « miraculeuses » à Lourdes .