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© CC BY-SA 4.0 /Fraychero
Les mystiques
Rome, Spolète et Cascia (Italie)
Nº 853
1774 - 1825

Élisabeth Canori Mora obtient la conversion de son mari

Élisabeth Canori Mora, fille d’un propriétaire terrien, reçoit à Rome une éducation soignée. D’une foi inébranlable, la jeune femme séjourne chez les augustines de Cascia, avant de revenir à Rome où, en 1796, elle épouse un avocat. C’est le début d’un long calvaire qu’Élisabeth supporte avec une patience hors du commun. Trompée et injuriée, elle prie jour et nuit pour la conversion de son époux. Tombée gravement malade, puis guérie de manière miraculeuse, elle vit alors des expériences mystiques intenses et entre dans le tiers ordre de la Sainte-Trinité. Les fidèles voient en elle une véritable amie de Dieu. Le 5 février 1825, son mari la retrouve morte. Elle sera béatifiée en 1994.


Les raisons d'y croire

  • En 1801, Élisabeth tombe gravement malade. Les médecins venus à son chevet sont incapables de déterminer sa pathologie, mais ils tombent tous d’accord sur un point : la jeune femme est condamnée à brève échéance. Son état s’aggrave encore, et ses paramètres physiologiques laissent présager une fin imminente. Les yeux clos, comme absente de ce monde, elle prie Jésus et Marie. Soudain, devant plusieurs médecins, elle revient à la vie, intégralement guérie.

  • Ses prophéties sur l’avenir de l’Église se sont peu ou prou réalisées, à quelques détails près, et elles ont été consignées avec suffisamment de précision pour pouvoir être vérifiées après coup. Elle avait aussi annoncé le jour exact de sa mort, ainsi que le fait, humainement improbable, qu’après sa disparition, son mari se convertirait. Celui-ci est devenu prêtre.

  • Par son oubli d’elle-même et par le don de toute sa personne, Élisabeth a offert l’ensemble de sa vie pour la conversion des pécheurs, et plus encore pour celle de son mari, dont elle a obtenu la conversion par la prière et la pénitence.

  • Les phénomènes extraordinaires dont elle est gratifiée sont bien connus des spécialistes de la mystique chrétienne. Ses visions du Christ et de la Vierge Marie sont d’une grande richesse ; les quelques messages reçus en locution sont parfaitement orthodoxes, et ses extases, qui n’ont jamais été qualifiées par les experts d’états de transe pathologique, la laissent dans un état de joie et d’espérance hors du commun.

  • Ses stigmates ont été observés par des centaines de personnes et examinés par plusieurs médecins. Aucune supercherie ni explication naturelle n’ont pu être avancées. La périodicité des plaies et leur évolution clinique correspondent à d’autres cas similaires de stigmatisation étudiés depuis le Moyen Âge.

  • Sa charité à l’égard des pauvres qui lui rendent visite est remarquable : même alitée et accablée de fatigue, elle prend le temps d’écouter, de consoler, de prier avec ceux qui viennent à elle, sans jamais laisser transparaître son épuisement ni chercher à se ménager. Sa disponibilité constante fait de sa chambre un lieu d’accueil et de réconfort pour tous ceux qui viennent la voir.

  • Jean-Paul II l’a proclamée bienheureuse après un long et rigoureux discernement de l’Église. Depuis toujours, les causes de béatification exigent des dossiers d’une extrême précision, dans lesquels ne subsiste aucune approximation ni contradiction. Les enquêtes successives visent à examiner les écrits et les paroles de la personne, à vérifier l’orthodoxie de sa foi, la cohérence de sa vie, la droiture de sa conduite morale, ainsi que les fruits spirituels suscités autour d’elle, de son vivant et après sa mort. La reconnaissance officielle d’un miracle est enfin venue sceller cette procédure, qui s’est étendue sur près de deux siècles.

  • La patience et la joie d’Élisabeth dans l’épreuve dépassent ce que l’on peut attendre des seules forces humaines. Déclassement social, déplacements imposés, humiliations répétées, violences conjugales, mort de deux enfants en bas âge... Pourtant, le dossier de béatification est unanime et sans ambiguïté : jamais on ne l’a entendue se plaindre, se révolter ou nourrir un esprit de vengeance. Elle accueille ces épreuves dans la prière : la qualité de sa quête spirituelle, la justesse de ses rapports humains, la confiance qu’elle accorde à Dieu et à Marie manifestent un lien invisible mais indestructible au Christ.


En savoir plus

Née à Rome le 21 novembre 1774, Élisabeth est la fille de Tommaso et Teresa Primoli, propriétaires terriens aisés appartenant à l’élite romaine. Ses parents sont des chrétiens fervents et savent donner à leur fille une éducation soignée dans tous les domaines.

La fillette, intelligente et vive, aime les choses de la foi, la liturgie, la récitation des prières près de sa mère ou à l’église. De 1785 à 1788, après que son père eut connu de graves déboires financiers qui ont contraint ses enfants à s’installer temporairement chez des parents hors de Rome, elle est confiée aux augustines de Cascia. Là, elle passe des moments heureux, entourée de ses camarades et des religieuses, avec lesquelles elle aime s’entretenir de Dieu.

De retour à Rome, elle mène une vie rangée, pieuse et sérieuse. En 1796, à l’âge de vingt et un ans, elle épouse un jeune avocat romain, Cristoforo Mora, promis, soi-disant, à un bel avenir. C’est le commencement de son calvaire. Quelques mois après le mariage, Christoforo change de comportement et devient « ingérable » : il insulte et maltraite son épouse, se met à la tromper régulièrement et à dilapider l’argent du ménage. De surcroît, il cesse d’exercer son métier. Ses dettes sont énormes.

Pourtant, la future bienheureuse ne perd jamais espoir. Au contraire. Dans la prière, elle sait que Dieu l’aidera, et elle lui demande avec obstination de le convertir. Non seulement elle ne le quitte pas, ne provoque pas de scandale, mais elle tente de le raisonner, de l’amener à la foi. À ses yeux, la fidélité dans l’amour, l’abandon à la providence divine et l’espérance du salut sont intrinsèquement liés. Douce et patiente, elle offre prières et pénitences pour la conversion de son mari.

En 1801, elle tombe subitement et gravement malade. Au XXe siècle, longtemps après les faits, certains ont imaginé qu’il s’agissait d’une maladie psychosomatique ou d’un état de choc. En réalité, les symptômes corporels sont d’une extrême gravité et Élisabeth arrive aux portes de la mort sans qu’aucun médecin ne puisse expliquer l’origine de son mal. L’entourage commence à prévoir les modalités des funérailles quand, brusquement, le visage radieux, la jeune femme revient à la vie, sauvée miraculeusement.

C’est le début d’une nouvelle étape pour elle : remise sur pied en quelques heures, elle est envahie par des visions spirituelles d’une grande beauté. Puis elle reçoit des messages prophétiques, notamment sur l’avenir de l’Église. Enfin, les stigmates de la passion du Christ apparaissent sur son corps chaque jeudi après-midi.

Rien ne perturbe la bienheureuse dans sa foi, que les siens disent indestructible : ni la maltraitance de son mari, ni la perte de leurs deux premiers enfants. La vie, don de Dieu, reprend le dessus à chaque fois. Le couple, malgré ses déboires, aura deux autres enfants, deux filles, Marianna et Luciana. Sa maison devient alors un « phare » pour les fidèles romains, et Élisabeth en est la lumière. On la visite, on la consulte, on la presse de questions, tant spirituelles que matérielles. Jamais elle ne se dérobe ni ne montre de signes d’impatience.

En 1807, Élisabeth est admise dans le tiers ordre des Trinitaires espagnols de San Carlo alle Quattro Fontane, à Rome. Chez elle, en communion de cœur avec les autres membres, elle récite chaque jour avec ferveur les offices liturgiques et ne manque pas la messe.

Le 5 février 1825, Dieu la rappelle à lui. Son époux, accompagné de leurs deux filles, la retrouve inconsciente. Elle est inhumée à Rome, dans l’église trinitaire San Carlo alle Quattro Fontane (Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines).

Elle avait notamment prédit deux choses avant de quitter ce monde : la date de sa disparition et la conversion de son mari. Ce dernier est devenu membre du tiers ordre trinitaire et a été ordonné prêtre des Franciscains conventuels. Élisabeth a été béatifiée par Jean-Paul II en 1994, lors des célébrations de l’« Année internationale de la famille ».

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


Au delà

La bienheureuse est un témoin privilégié de l’Évangile et de l’action de l’Esprit Saint dans le cœur des hommes, jusque dans les réalités les plus humbles de la vie quotidienne. Elle demeure un modèle pour les mères de famille et pour les laïcs en général.


Aller plus loin

Mary Elizabeth Herbert, Life of the Venerable Elizabeth Canori Mora, 1878. Accessible en ligne .


En complément

  • Biographies of Blesseds, EWTN, Catholicism Library (éd.), 1994. Cet ouvrage en ligne répertorie de courtes biographies de plusieurs personnes béatifiées en 1994 par le pape Jean-Paul II, parmi lesquelles Élisabetta Canori Mora. Il présente brièvement la vie et les vertus des bienheureux de cette année de béatification.

  • L’article « Bienheureuse Élizabeth Canori Mora » sur le site des Trinitaires francophones.

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