Je m'abonne
© CC BY-SA 3.0/Congregation of Holy Cross
Les grands témoins de la foi
Sarthe (France)
Nº 841
1799 – 1873

Former l’esprit, le cœur et les mains : l’héritage de l’abbé Moreau

La vie de Basile-Antoine Marie Moreau, prêtre catholique français né dans une famille modeste qui comptera quatorze enfants, est entièrement tournée vers l’amour de Dieu et celui des hommes. Son idéal est clair, comme l’Évangile : mettre ses pas dans ceux de Jésus et aimer l’humanité jusqu’au bout, jusqu’au sacrifice de soi. Fondateur de la congrégation de Sainte-Croix, puis d’une communauté féminine destinée aux soins des malades et à l’éducation des démunis, il est aussi un grand priant qui s’abandonne à Jésus et à Marie, en particulier lorsque des épreuves redoutables s’abattent sur lui. Pasteur exceptionnel jusqu’à sa mort, le 20 janvier 1873, l’Église a officiellement reconnu sa dimension en le béatifiant en 2007.


Les raisons d'y croire

  • Le père Moreau a donné sa vie pour évangéliser les femmes et les hommes qui lui ont été confiés et il a réussi à ramener à la foi maints habitants des campagnes de la Sarthe qui avaient renoncé à une vie chrétienne digne de ce nom, parfois depuis des années.

  • En effet, Basile Moreau prêche l’Évangile en vivant lui-même une pauvreté réelle, une obéissance qui fut parfois très coûteuse, et une charité concrète. Le christianisme apparaît crédible car celui qui l’annonce le vit jusqu’au bout, sans en tirer pouvoir, richesse ou gloire personnelle.

  • Si la tourmente de la Révolution laisse des traces indélébiles dans son cœur, le père Moreau n’a jamais recherché la moindre revanche à l’encontre des adversaires du catholicisme ; il chercha plutôt à les convertir en leur montrant, à travers sa personne, comment Jésus aime tout le monde, y compris ses ennemis.

  • Le bienheureux n’est pas un intellectuel, et, par ce fait, pour chacune de ses initiatives, il sait qu’il ne peut compter que sur l’aide de Dieu et de Marie. Or il ignore le désespoir : même dans les pires moments, son espérance demeure intacte, portée par la grâce.

  • Ses sermons expriment une haute spiritualité et une théologie sans faille : ils ne contiennent aucune erreur doctrinale et regorgent d’intuitions qui dépassent ses propres facultés naturelles. Il explique que sa congrégation, qu’il a voulue à l’image de la première communauté chrétienne de Jérusalem, est avant tout une œuvre d’Église : « L’œuvre de la Sainte-Croix n’est pas l’œuvre de l’homme, mais bien l’œuvre de Dieu même... Voilà pourquoi je vous conjure de vous renouveler dans l’esprit de votre vocation qui est un esprit de pauvreté, de chasteté et d’obéissance... Avec cela, nous pourrons compter sur la Providence... »

  • L’abbé Moreau réussit à établir sa congrégation malgré les nombreux obstacles qu’il rencontre sur sa route et, de surcroît, il administre le couvent de main de maître. En partant de presque rien, il fonde une œuvre qui traverse continents et cultures, survit à sa mort et même à sa disgrâce finale, et continue encore aujourd’hui (écoles, universités, missions). Cela montre que le christianisme ne produit pas seulement des idées, mais des œuvres vivantes, fécondes et transformantes.

  • Il résume son projet éducatif par une formule : « Former l’esprit, le cœur et les mains. » Cela implique l’intelligence, l’intériorité morale et spirituelle ainsi que l’action concrète et le service. Le christianisme inspire ainsi un modèle éducatif profondément ajusté à la nature humaine.

  • Lorsqu’il est écarté des instances dirigeantes de sa propre congrégation, à la fin de sa vie, il ne manifeste jamais, à l’égard de quiconque, la moindre rancœur ni le moindre reproche. Beaucoup de fondateurs idéologiques se révoltent quand leur œuvre leur échappe ou s’effondrent si leur prestige disparaît. L’abbé Moreau est demeuré fidèle au Christ, même sans reconnaissance humaine. Cela suggère une foi qui prend racine dans une réalité spirituelle vécue.

  • Déclaré vénérable le 12 avril 2003, Basile Moreau est béatifié le 15 septembre 2007. La béatification de Basile Moreau n’est pas un hommage sentimental : elle implique une enquête historique, théologique et morale rigoureuse qui examine ses écrits, ses décisions, ses zones d’ombre… Cela renforce l’idée que le christianisme ne craint pas la vérité et accepte d’exposer ses figures à l’examen rationnel.

  • Le miracle qui a permis sa béatification est proprement stupéfiant. En 1948, Laurette Comtois, Canadienne de Montréal, atteinte d’une grave pleurésie au poumon gauche, est subitement et définitivement guérie par l’intercession du futur bienheureux, dont une relique avait été appliquée sur le dos de la miraculée. Celle-ci avait donné naissance à un bébé mort-né le 1er juin 1948. Dès lors, son état s’aggrava sans que les médecins parviennent à la sortir d’affaire, malgré des tentatives thérapeutiques diverses.


En savoir plus

Né en 1799 à Laigné-en-Belin, Basile Moreau est le neuvième enfant d’une famille qui va en compter quatorze. Son père, Louis, est un agriculteur sans fortune qui complète les revenus du travail de la terre en vendant un peu de vin autour de chez lui. Louise, sa mère, lui transmet sa foi avec une tendresse infinie. Dans l’ensemble, la fratrie jouit dans le voisinage d’une excellente réputation. À la maison, la lecture et, a fortiori, les études sont quasi inconnues. Le futur bienheureux subira malgré lui ce manque d’instruction lorsqu’il commencera ses études en vue du sacerdoce.

En revanche, la famille Moreau a une foi à toute épreuve. Lorsque la Révolution éclate, et avec elle les difficultés religieuses comme la Constitution civile du clergé, on se met à protéger les prêtres dits « réfractaires » et à leur assurer, malgré les dangers réels, aide et subsistance. Le père Moreau n’oubliera jamais cette période, exactement comme saint Jean-Marie Vianney, dont il est le contemporain.

Le curé de sa paroisse, l’abbé Julian Le Provost, détecte vite chez le jeune Basile une disposition rare au sacré et une ouverture d’esprit et de cœur magnifique. Il a l’intuition que Dieu appelle ce garçon au sacerdoce et, sans doute, à accomplir de grandes et saintes choses. Il ne s’y est pas trompé.

Aussi, avec les encouragements fidèles et l’aide permanente de cet ecclésiastique, Basile est scolarisé au collège du canton, puis entre au séminaire du Mans, malgré sa peine aux choses de l’esprit. Sa volonté semble indestructible : il surmonte peu à peu tous les obstacles sans jamais perdre confiance en Dieu ni en lui. Il est enfin ordonné prêtre en 1821 dans la chapelle du Sacré-Cœur de l’ancien couvent de la Visitation, la cathédrale Saint-Julien du Mans étant alors en travaux. Il a vingt-deux ans. Une sorte d’ivresse spirituelle l’envahit. Il va enfin pouvoir consacrer ses jours et ses nuits au service de la foi.

Mgr Claude-Madeleine de La Myre-Mory, évêque du Mans, l’envoie chez les Sulpiciens à Paris pour compléter sa formation en théologie, qui, jusqu’ici, est encore rudimentaire. Basile va y rester presque deux ans. Ce séjour dans la capitale constitue pour lui un moment important, tant au niveau de la spiritualité que des échanges humains.

Rentré au Mans en 1823, il est rapidement nommé enseignant au séminaire. C’est pour lui une sorte de consécration, car il va pouvoir non seulement transmettre un savoir, mais aussi évangéliser les jeunes. C’est là sa priorité absolue. Pendant treize ans, lui, le fils de paysans sans bagages, réussit à enseigner la philosophie, le dogme et l’Écriture sainte.

Mais quelque chose l’inquiète. Il constate que les campagnes de la Sarthe sont bien trop tièdes en matière religieuse, et parfois même indifférentes à la foi chrétienne. En 1835, à la demande de Mgr Bouvier, il met sur pied un petit groupe de prêtres destinés à prêcher des missions et des retraites dans les paroisses sarthoises. Quelques mois plus tard, son évêque, enthousiasmé de ses réussites pastorales, lui confie la direction de la communauté des Frères de Saint-Joseph, fondée en 1820 par le curé de Ruillé-sur-Loir, l’abbé Jacques Dujarié. C’est alors qu’une idée lui traverse l’esprit : pourquoi ne pas réunir les deux groupes en un seul ? En 1837, il franchit le pas et associe sa propre communauté à celle des Frères de Saint-Joseph. Les membres ont la mission d’éduquer la jeunesse et d’évangéliser les zones rurales. Le bienheureux engage aussi quelques femmes chargées de l’intendance, du futur pensionnat et des contraintes administratives.

Le 15 août 1840, le père Basile prononce le premier des vœux définitifs. L’association de la Sainte-Croix vient de naître. Les années passent. La part féminine de la congrégation croît sensiblement à partir de 1841.

En 1857, le pape Pie IX approuve officiellement la branche masculine de la congrégation de la Sainte-Croix. La branche féminine, à son tour, deviendra la congrégation des Marianites de la Sainte-Croix, mais seulement dix ans plus tard.

La congrégation connaît un essor rapide. Le père Basile envoie des missionnaires en Algérie (1840), aux États-Unis (1841), au Canada (1847), en Inde (1852). De circonscrite à la Sarthe au départ, la famille spirituelle devient internationale.

Malgré ses succès, l’année 1855 marque pour lui une période plus difficile. Dissensions à l’intérieur de la congrégation, soucis financiers, accusations diverses, le bienheureux a l’impression que le démon se dresse en travers de son chemin et fait tout pour faire échouer son entreprise. Mais, justement, si tel est le cas, cela signifie que c’est bien une œuvre de Dieu, sans quoi le diable ne s’en mêlerait pas.

Afin d’apaiser les esprits, il offre sa démission de supérieur général. Le pape l’accepte à la mi-juin 1866. Il se retire dans la solitude pour prier davantage encore. Il s’installe dans une petite maison non loin du couvent de la congrégation. Il a déjà pardonné à tous et à chacun.

Il passe ses dernières années à prêcher dans les paroisses rurales autour du Mans. Sa renommée spirituelle éclate au grand jour. On vient lui rendre visite parfois de très loin.

Il tombe malade en janvier 1873 et rend son âme à Dieu trois semaines après les premiers symptômes. Il est inhumé dans le cimetière de la communauté. Humble, confiant en la Providence, obéissant aux évêques jusqu’au point de souffrir intérieurement, dévoué à ses paroissiens et aux religieux de sa congrégation, le bienheureux a vécu comme un pénitent gravissant un chemin de croix, mais dans une joie parfaite, car il savait que viendrait un jour la Résurrection.

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


Au delà

La vie entière du père Moreau a valeur de témoignage. Ses paroles, ses actions, sa manière d’être, sa charité avant tout, attestent de la présence surnaturelle du Christ à ses côtés.


Aller plus loin

Henri-Paul Bergeron, Basile Moreau : fondateur des congrégations Sainte-Croix. Frères, pères, sœurs, Saint-Laurent, Fides, 1995.


En complément

  • Abbé Basile Moreau, Sermons – Sermons à des Séminaristes ; à des Religieuses et Les grandes vérités, Montréal, Oratoire Saint-Joseph, 1923.

  • André Legault, Le Père Moreau 1799-1873, fondateur des religieux et religieuses de Sainte-Croix, Montréal, Fides, 1947.

  • G aëtan Bernoville , Basile Moreau et la congrégation de Sainte-Croix, Paris, Grasset, 1952.

  • Albert-F. Cousineau, Principes de vie sacerdotale et religieuse à l’école du vénéré père Basile Moreau, Montréal, Fides, 1952.

  • La biographie mise en ligne sur le site du Vatican.

  • Le site officiel du sanctuaire qui lui est dédié.

  • L’ homélie du cardinal José Saraiva Martins à l’occasion de la béatification de Basile Antoine Marie Moreau, Le Mans, le 15 septembre 2007.

Précédent
Voir tout
Suivant