Dimanche 2 août 2026
Un fil invisible et marial qui a traversé toute l’Espagne dans l’attente de Léon XIV
2 août – Italie : Fête de Notre Dame de la Portioncule (Notre Dame des Anges) France, Tarbes : Notre Dame du Médous - Saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868)
Seize monastères contemplatifs ont préparé des milliers de chapelets pour le voyage apostolique de Léon XIV en Espagne, qui s’est déroulé du 6 au 12 juin 2026 Un fil invisible, fait de corde brute, de perles en bois et de mains usées par le travail, a traversé toute l’Espagne pendant les semaines précédant la visite pontificale. Il partait des cloîtres des monastères disséminés entre la Castille, la Navarre, la Catalogne et l’Andalousie et jusqu’aux centaines de milliers de pèlerins se préparant pour le voyage apostolique. C’est le fil des « decenari »” ou dizainiers, ces petits chapelets de poche réalisés dans le silence des cloîtres, devenus l’un des symboles les plus inattendus de la visite papale. On a vu là la réapparition discrète d’un monde que l’Espagne contemporaine avait presque cessé de voir.
« Notre pays compte plus de sept cents monastères. Nous sommes l’une des plus grandes réalités monastiques au monde », explique Alejandra Salinas, de la Fundación Contemplar « et pourtant, de nombreux Espagnols ne savent plus comment entrer en relation avec eux. On a même perdu le simple geste de franchir la porte d’un monastère. »
L’idée des chapelets est née simplement : créer un petit objet accessible pour accompagner la visite de Léon XIV. La Fundación Contemplar a alors commencé à téléphoner aux monastères pour demander s’il était possible d’en réaliser quelques milliers. La réponse a surpris tout le monde. « Les communautés l’ont vécu comme un appel ».
Les religieuses se sont mises immédiatement au travail. Les messages affluaient sans discontinuer : « Nous en avons fait mille ! Nous pouvons en faire deux mille » ; « s’il en faut cinq mille de plus, peu importe, nous ne dormirons pas ». À l’intérieur des monastères, de petites chaînes de travail se sont organisées.
Pour de nombreuses communautés, ce travail n’est pas secondaire. Les monastères espagnols vivent en effet presque exclusivement de ce qu’ils produisent. Ils doivent faire face à des dépenses, des cotisations sociales, le chauffage, l’entretien. « Ils ne reçoivent pas d’aides systématiques », explique Salinas. « C’est pourquoi le travail artisanal est fondamental : il leur permet de vivre sans trahir leur vocation. » Autour d’eux s’était mobilisé un réseau de bénévoles, surtout des jeunes, qui aidaient à préparer et à emballer les chapelets. C’est peut-être là l’aspect le plus surprenant de cette histoire. À l’ère de l’hyper connexion numérique, des jeunes qui ont grandi dans le langage des réseaux sociaux ont passé des heures à mettre en place des étiquettes, à trier des cordons, à préparer des colis destinés aux pèlerins. Ils recherchaient quelque chose que le monastère continue de préserver : le silence, le travail manuel, la concentration, une communauté. « Il y a une soif immense de recueillement », observe Salinas. « Nous le constatons sans cesse. Les jeunes arrivent enthousiastes. Ils remercient. Ils sentent qu’il y a ici quelque chose d’authentique ».