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© Giovanni Battista Moroni, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Les mystiques
Assise (Ombrie, Italie)
Nº 986
1194-1253

Sainte Claire d’Assise : pauvre de tout, comblée de Dieu

Sainte Claire d'Assise, née Chiara Offreduccio di Favarone dans une famille de la noblesse italienne, est une sainte, une mystique et la fondatrice de l'ordre des Pauvres Dames, ou Clarisses. Promise à un mariage prestigieux, elle abandonne sa famille et son rang social le soir de la fête des Rameaux de 1212. Elle a entendu un sermon de saint François d'Assise et choisit, comme lui, d'embrasser une vie de pauvreté absolue, de pénitence et de prière. Favorisée de grâces surnaturelles, elle organise au monastère de Saint-Damien une communauté féminine cloîtrée exceptionnelle, fondée sur l'amour de « Dame Pauvreté ». Elle rend l'âme à Dieu le 11 août 1253.


Les raisons d'y croire

  • En septembre 1240, des Sarrasins à la solde de l'empereur germanique Frédéric II attaquent le monastère de Saint-Damien et pénètrent dans le cloître. Bien que malade et alitée, Claire se fait porter hors de sa chambre et prie devant le Saint-Sacrement, prosternée. « Alors les Sarrasins se retirèrent de telle manière qu'ils ne causèrent aucun dommage ni aucun mal », épargnant le monastère. Cet assaut apparaît à plusieurs reprises dans les Actes du procès, dans les dépositions des religieuses qui avaient vécu avec elle (cf. la déposition de sœur Filippa de Leonardo di Gislerio).

  • Un autre prodige inexplicable fut consigné et étudié lors de son procès de canonisation : une multiplication des vivres. Un jour, la communauté ne dispose plus que d'un seul pain. Claire demande à une religieuse d'en donner une moitié aux frères mineurs, de garder l'autre pour le déjeuner. Elle demande de faire avec ce demi-pain cinquante tranches pour les sœurs, qui étaient déjà à table. La sœur proteste que c'est impossible. « Va et fais comme je te l'ai dit », insiste Claire. « Et ainsi le Seigneur multiplia ce pain de telle manière que j'en fis cinquante tranches bonnes et grandes », raconte sœur Cecilia di Gualtiero Cacciaguerra.

  • Claire a été gratifiée d'une vision mystique exceptionnelle lors d'une messe de Noël. Très affaiblie et clouée au lit, la nuit de Noël, la sainte gémit de ne pouvoir assister à la messe avec ses sœurs à la basilique Saint-François. Mais il lui est donné de voir la célébration de la messe et d’entendre distinctement les chants de la liturgie, alors qu'elle se trouve bien loin de l'église... Elle sera proclamée sainte patronne de la télévision en 1958 par le pape Pie XII en raison de cette vision mystique.

  • La pérennité et le rayonnement international des Clarisses montrent que l'intuition de Claire n'a pas disparu avec elle. Depuis près de huit siècles, des femmes de cultures et d'époques très différentes choisissent de consacrer toute leur existence au Christ, dans la pauvreté, la chasteté et la prière. Cette continuité est remarquable : l'Évangile, siècle après siècle, ne cesse de susciter des existences entièrement données à Dieu.

  • La Règle de Claire témoigne de la puissance transformatrice du christianisme. Ce texte adosse une vie contemplative exigeante à une pauvreté radicale, tout en accordant une place remarquable à la liberté de chaque moniale. Que cette vision, née de l'Évangile au XIIIe siècle, conserve sa pertinence jusqu'à aujourd'hui constitue un indice de la fécondité singulière de l'anthropologie chrétienne.

  • La vie entière de sainte Claire d'Assise, faite d'engagements spirituels, de renoncements aux biens et aux honneurs de ce monde, témoigne de façon magnifique de sa fidélité à la puissance de l'Esprit. Claire montre et démontre aux hommes d'aujourd'hui encore la beauté d'une existence tendue vers le Royaume.


En savoir plus

À Assise, Chiara Offreduccio di Favarone naît dans une riche et puissante lignée aristocratique d'Ombrie. Sa famille s'exile un temps à Pérouse, où la fillette reçoit une éducation pieuse grâce à sa mère, Ortolana. Devenue adolescente, Claire est sollicitée par de nombreux prétendants de son milieu social. Pieuse et voulant offrir sa vie à Dieu, elle refuse tous les projets de mariages arrangés par sa famille.

En 1210, elle entend pour la première fois François d'Assise prêcher en public. Subjuguée par son idéal de pauvreté, elle est bouleversée. Avec l'aide de proches, elle le rencontre secrètement. Une amitié spirituelle unique est née.

La nuit du dimanche des Rameaux de 1212, Claire s'enfuit de chez elle par la « porte des morts » du palais familial et rejoint François à la chapelle de la Portioncule. Là, François lui coupe les cheveux et lui remet une bure grossière. Bientôt recherchée par sa famille, elle se réfugie d'abord chez des Bénédictines avant de s'installer définitivement à l'église de Saint-Damien.

Dieu lui ouvre le chemin de la vie contemplative en attirant à elle des jeunes femmes de la noblesse, à commencer par sa sœur Agnès. Elle est bientôt nommée abbesse de la communauté, bien malgré elle. Dès 1216, elle obtient du pape Innocent III le « Privilège de Pauvreté », à savoir le droit canonique extraordinaire de ne posséder aucun bien personnel ou communautaire.

À partir de 1224, la santé de Claire décline fortement. Elle passera les 29 dernières années de sa vie en grande partie alitée, ce qui n'altère en rien son autorité spirituelle. En 1226, elle est très affectée par la mort de saint François d'Assise.

De 1247 à 1253, Claire impose, dans l'humilité et l'obéissance, le principe de pauvreté absolue. À cette époque, la papauté ordonne aux ordres religieux de posséder des biens en quantité suffisante pour assurer leur sécurité financière. Claire, elle, revendique une pauvreté totale. Elle prend la plume et rédige sa propre règle entre 1247 et 1252.

Atteinte au plus haut point par la maladie, elle reçoit au couvent la visite du pape Innocent IV, qui signe et approuve officiellement sa démarche de pauvreté radicale le 9 août 1253. Claire s'éteint apaisée deux jours plus tard.

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


Au delà

À une époque où la société civile cherche à toujours plus s’enrichir, elle revendique pour ses religieuses une pauvreté radicale fondée sur l’Évangile et une liberté intérieure sans pareille.


Aller plus loin

Sainte Claire d'Assise, Documents, réunis et commentes par Damien Vorreux, 2e edition, Paris, Le Cerf, 2004.


En complément

  • Zeffirino Lazzeri (éd.), « Il processo di canonizzazione di Santa Chiara d’Assisi », Archivum Franciscanum Historicum, t. XIII, 1920, p. 403-507.

  • Marco Bartoli, Claire d'Assise, Paris, Le Cerf, 2003.

  • Maria Pia Alberzoni, Claire d'Assise, le pouvoir au feminin, Editions Franciscaines, 2014.

  • Regis J. Armstrong (éd. et trad.), The Lady : Clare of Assisi : Early Documents, 3e éd. rév., New York, New City Press, 2006.

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