Face à Henri VIII, Edward Powell préfère mourir que mentir
Né au pays de Galles en 1478, Edward Powell est un prêtre anglais qui refuse de rompre avec le vicaire de Jésus-Christ. Il défend la validité du mariage du roi Henri VIII avec Catherine d’Aragon et affirme que, dans le domaine spirituel, Dieu est le seul guide : aucune autorité humaine ne peut prétendre se substituer à lui ni à son Église. Le refus du pape d’annuler ce mariage conduit Henri VIII à rejeter l’autorité de Rome et à se proclamer chef suprême de l’Église d’Angleterre. C’est le début du schisme anglican. Edward Powell refuse de reconnaître cette rupture. Après une longue et douloureuse incarcération, il est condamné à mort et exécuté le 30 juillet 1540. Le pape Léon XIII le béatifie le 29 décembre 1886.
Les raisons d'y croire
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Edward Powell a suivi ses études supérieures à l’université d’Oxford. En 1495, son nom figure parmi les membres de l’Oriel College. Après avoir reçu ses diplômes en lettres, Powell étudie la théologie. En 1506, il obtient si brillamment le titre de docteur qu’il est surnommé par l’université perdoctus vir, c’est-à-dire « homme très savant ». Comme bien d’autres martyrs de tous les temps à travers le monde, il est donc un exemple type de l’homme cultivé, savant et intelligent, qui refuse de renier ce qu’il sait être la vérité, même au prix de sa vie.
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Le premier ouvrage publié d’Edward Powell est un traité contre les hérésies de Luther, paru officiellement à Londres en 1523. Une lettre de Powell à Wolsey (cf. Foxe, Letters and Papers, III, 2692) nous apprend que l’auteur consacre pour ce faire une année entière à la mise en œuvre de l’ouvrage. Celui-ci est rédigé sous la forme d’un dialogue entre l’auteur et Luther. Par un hommage public rendu à l’auteur, l’université d’Oxford témoigne à tous les érudits de l’époque de la haute considération dans laquelle elle tient l’ouvrage.
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Henri VIII répudie en 1532 Catherine d’Aragon pour prétendre épouser Anne Boleyn, et il veut obtenir, pour ce faire, la dispense papale. Mais le pape Paul II la lui refuse, parce qu’il ne se trouve pas de justes raisons qui puissent faire reconnaître le mariage comme invalide. Lors du vote adopté par la Convocation de Cantorbéry, ouverte le 5 novembre 1529, seuls dix-neuf théologiens ont le courage de se prononcer en faveur du mariage de Catherine. Parmi eux figure le nom de Powell. Lorsque le conflit entre Henri et l’Église s’intensifie, Powell, réputé par ailleurs excellent prédicateur, semble consacrer de plus en plus d’énergie à prêcher contre les erreurs qui se répandent de jour en jour.
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Les sermons les plus célèbres d’Edward Powell sont ceux qu’il prononce en réponse à Latimer, à Bristol, en 1533. Ce dernier se moque ouvertement de la doctrine catholique lorsqu’il prend la parole en public. Le maire de la ville autorise alors des laïcs à prêcher et fait arrêter plusieurs prêtres, qu’il fait enchaîner dans la prison de Newgate, à Bristol. Devant la persécution, d’autres s’enfuient et perdent leur poste. Latimer calomnie Powell et ses compagnons auprès des fonctionnaires royaux. Edward Powell, héroïquement, ne se dérobe pas. Il fait face, bien que la lutte pour faire triompher la vérité se joue à armes inégales.
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Lorsque l’affaire du divorce doit être entendue devant les légats pontificaux, le conseil de la reine comprend les théologiens et les canonistes les plus éminents du royaume. Outre l’évêque de Rochester, John Fisher , et d’autres prélats, quatre docteurs en théologie sont choisis pour les assister. Edward Powell est l’un d’entre eux. Outre son plaidoyer devant la cour, dans lequel il déclare que tout ce qu’il a dit est motivé par l’amour de Dieu et de la vérité, il rédige un traité sur le sujet, qu’il remet aux légats. Science, rigueur et véracité sont donc les trois traits qui caractérisent l’honnêteté intellectuelle d’Edward.
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Edward Powell déclare à St. Augustine’s Green, le jour de la Saint-Marc, le 25 avril 1533, qu’un prince ne doit pas rompre son contrat de mariage lorsque l’Église ne veut ou ne peut lui accorder de dispense. Évoquant « la chaire de pestilence » ( Ps 1,1 ), il affirme « que deux sortes de personnes y prennent place. Les premiers sont ceux qui corrompent et contaminent le peuple par des péchés manifestes et un mauvais exemple de vie. Comme celui qui répudie sa première femme et en prend une autre sans le consentement ni la dispense de l’Église. Et cela vaut tout particulièrement pour un chef ou un gouverneur, tel qu’un roi, ce qui incite les autres, qui entendent et voient cela, à l’imiter et à agir de même, tout comme le roi David, par son adultère, siégeait lui aussi sur le trône de la pestilence » (Foxe, Letters and Papers, VI, 572).
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« De plus, le dimanche suivant, il commenta, à partir du texte Virga directionis ( Ps 44, 7 ), le sacrement de l’ordre. Il y souligna que les rois et les princes sont soumis aux prêtres et aux prélats, en insistant avec véhémence sur ce point » (ibid.). On voit qu’Edward Powell réitère son propos précédent : c’est donc en toute conscience qu’il parle. Dans cette question matrimoniale, qui relève comme telle du seul domaine spirituel, le pouvoir de l’Église est supérieur à celui du souverain temporel.
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La force morale de Powell éclate au grand jour, car il est assez avisé pour se douter des conséquences funestes que sa prise de position peut avoir pour lui. De fait, le chancelier Cromwell le convoque à Londres. On ne sait comment se déroule l’entrevue, mais il est certain que Cromwell fait tout pour impressionner Edward Powell et obtenir de lui qu’il se range à ses côtés.
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Le 8 janvier 1534, un prêtre intrigant et dévoué au pouvoir civil, Richard Arche, demande à Cromwell qu’Edward Powell, qui était l’un des procureurs du diocèse de Salisbury, soit démis de ses fonctions. Il propose d’être lui-même nommé à sa place. Ainsi, explique-t-il, serait garantie la soumission du diocèse au roi, « alors que les autres, comme vous le savez, s’opposaient ouvertement au roi ». Ce genre d’intervention malhonnête est courant à l’époque. On voit que Powell continue de souffrir pour son courage et son orthodoxie. Edward est probablement incarcéré très peu de temps après, à Bristol.
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Parce que le roi Henri passe outre le refus du Saint-Siège, il est excommunié. En réponse, le 3 novembre 1534, Henri VIII impose l’Acte de suprématie, qui oblige toute personne majeure à prêter serment au roi comme « chef unique et suprême de l’Église d’Angleterre ». C’est, de fait, la naissance de l’Église anglicane, qui nie l’autorité spirituelle du pape sur la chrétienté. Le Parlement adopte le Treasons Act, qui punit de mort tout manquement au serment exigé. Edward Powell sera condamné à mort pour avoir refusé de prêter ce serment : il veut demeurer à Jésus-Christ, et donc à l’Église que le Christ a fondée et qu’il gouverne invisiblement.
En savoir plus
Edward Powell est originaire de la principauté du pays de Galles. Après des études à Oxford, il est nommé, en 1501, recteur – c’est-à-dire curé – de Bleadon, dans le diocèse de Wells. C’est apparemment à peu près à cette même époque qu’il accepte une prébende à la cathédrale de Salisbury, ainsi que le vicariat de Sainte-Marie-Redcliffe, à Bristol. Deux ans plus tard, il reçoit un bénéfice similaire à Lincoln.
Quand paraît le traité d’Edward Powell, les érudits anglais de l’époque s’en montrent très fiers : l’orthodoxie est alors en vogue, et le roi Henri lui-même entend s’en montrer le champion. Outre l’hommage rendu à l’auteur, les professeurs de l’université d’Oxford écrivent à Audley, évêque de Salisbury, pour le féliciter de la science dont témoigne l’un de ses prébendiers : « Dès le moment où ces questions ont commencé à faire l’objet de débats parmi les érudits, Powell s’est toujours montré si assidu, si dévoué à son travail et si diligent, et, enfin, il a combattu ces hérésies avec tant d’érudition, que grâce à ses efforts extraordinaires et à ses études des plus assidues, nous pouvons raisonnablement espérer que notre université en tirera un honneur non négligeable. »
Par la suite, ils écrivent aussi au roi Henri : « Il semble justifié de considérer l’ouvrage du docteur Powell comme un joyau majeur et brillant. En vérité, il y a consacré tant d’efforts, a entrepris tant de voyages et a fait preuve d’une telle vigilance dans cette entreprise, que ne pas lui attribuer des éloges extraordinaires reviendrait manifestement à lui faire du tort, voire à le traiter avec inhumanité... »
Mais, pour pouvoir répudier librement la reine, Henri VIII fait publier, en 1534, l’Acte de suprématie, par lequel il se déclare chef suprême de l’Église anglicane. L’Église d’Angleterre est donc déclarée indépendante de Rome. L’autorité spirituelle du pape sur la couronne anglaise est rejetée. Elle ne peut désormais aucunement prévaloir, en matière spirituelle, sur la volonté du monarque.
La prétendue annulation du mariage est ensuite prononcée par Thomas Cranmer, nouvel archevêque de Cantorbéry. Celui-ci se montrera par la suite l’un des principaux artisans de la Réforme anglicane, en donnant notamment à l’Église d’Angleterre un caractère fortement calviniste. Alors que le conflit entre Henri et l’Église s’intensifie, Powell, réputé par ailleurs excellent prédicateur, semble consacrer de plus en plus d’énergie à prêcher contre les erreurs qui se répandent de jour en jour.
En 1536, afin de s’allier aux princes luthériens allemands, le roi fait paraître les « Dix articles », d’orientation assez protestante. La résistance aux erreurs doctrinales répandues par des prédicateurs qui n’ont reçu aucune mission de l’autorité ecclésiastique légitime pour prêcher devient héroïque. Ces hommes calomnient les recteurs et les vicaires demeurés orthodoxes dans leur doctrine. Par cupidité, ils briguent leurs postes et intriguent auprès des autorités civiles et des pasteurs complices des errements d’Henri pour s’en emparer.
On possède l’interrogatoire réalisé auprès d’un des domestiques d’Edward Powell, probablement au début de l’année 1534. Il témoigne de la volonté de poursuivre Powell jusqu’au bout. La conséquence ne se fait pas attendre : c’est la prison, puis le pilori.
Depuis sa geôle de Dorchester, le 12 avril, Edward écrit à son protecteur Sir Thomas Arnold : « En toute déférence, je vous expose mon cas. Avec la plus grande humilité, et au nom de la Passion du Christ, je supplie Votre Seigneurie, [en tant que] votre serviteur quotidien, que, dans votre infinie bonté et charité, il vous plaise d’avoir pitié de moi et de me faire grâce... Et maintenant, mon gardien, qui était l’un de mes douze hommes, dit qu’il souhaiterait que Votre Seigneurie m’ait retiré votre bienveillance charitable. Sur ce, il ne s’est pas contenté de m’enchaîner, mais il m’a désormais retiré mon propre lit, et m’a attaché de telle sorte que je ne peux m’allonger sur les planches, mais que je suis suspendu par le collier, et que je repose au pilori avec des fers aux jambes… Et maintenant, faute d’argent, je risque de devenir infirme de tous mes membres... »
Il ressort du contexte de cette lettre qu’Edward Powell est emprisonné depuis plusieurs mois lorsqu’il écrit à Sir Thomas Arnold. Le 10 juin 1534, il est incarcéré à la Tour de Londres. Les procès-verbaux de jugement sont perdus. Mais le compte rendu de la session parlementaire, qui a lieu du 3 novembre au 19 décembre, rend assez compte de la raison principale pour laquelle il est condamné : il s’agit clairement de son refus de prêter le serment de suprématie et de la part qu’il a prise dans la défense du mariage d’Henri. Le Parlement ordonne la confiscation de ses biens et son emprisonnement, par la même loi que celle qui condamne le bienheureux John Fisher et d’autres prêtres fidèles à Jésus-Christ.
Edward Powell est détenu jusqu’en 1540. Il est exécuté le 30 juillet de la même année avec deux compagnons martyrs, prêtres eux aussi.
Il fait partie du groupe des cinquante-quatre martyrs anglais, gallois et écossais dont le pape Grégoire XIII, pape de 1572 à 1585, autorise le culte public. Trois siècles plus tard, Léon XIII, par béatification équipollente, les déclare bienheureux le 29 décembre 1886.
Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.
Aller plus loin
Lives of the English Martyrs declared blessed by Pope Leo XIII in 1886 and 1895, written by Fathers of the Oratory, of the secular Clergy and of the Society of Jesus, completed and edited by dom Bede Camm, O.S.B., volume I : Martyrs under Henry VIII, London, Longmans, Green and Co., 1914, 691 pages. Ce que l’on connaît de la vie du bienheureux Edward Powell est rapporté aux pages 484-496. Peut être consulté en ligne .
En complément
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John Foxe, The Acts and Monuments of John Foxe, London, R. B. Seeley and W. Burnside, 1838, vol. VII. Disponible en ligne .
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John Foxe, Letters and Papers, Londres, British Library.
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« Les martyrs anglais bénédictins au XVIe siècle », dans la Revue bénédictine, 1895, vol. 12, p. 489-498.