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Les mystiques
Kerala (Inde du Sud)
Nº 976
1910 – 1946

Sainte Alphonsine prend la Croix pour chemin et le Christ pour époux

La très ancienne et très noble famille Muttahupadathu se targue d’être chrétienne depuis les temps apostoliques et le passage de l’apôtre Thomas au Kerala, en Inde du Sud. Pourtant, lorsqu’à la fin des années 1920, Anna fait part aux siens de son désir d’entrer chez les Clarisses, elle rencontre d’abord un refus. Très désireuse de se consacrer entièrement au Christ, elle y parvient tout de même et mène dès lors une vie cachée, marquée par une santé extrêmement fragile, de nombreuses souffrances physiques et une profonde vie de prière. Elle offre ces épreuves pour l'Église et les pécheurs. Elle meurt le 28 juillet 1946, à l'âge de trente-cinq ans. Elle est canonisée par Benoît XVI en 2008, devenant la première sainte canonisée de l'Église syro-malabare.


Les raisons d'y croire

  • Dès son plus jeune âge, elle développe un profond amour de la prière et de la contemplation. Son oncle lui fait lire Histoire d’une âme, de Thérèse de Lisieux , qui l’enracine dans son aspiration à la vie religieuse cloîtrée. Elle aimerait rejoindre les filles de sainte Claire, parce qu’elles sont dépouillées de tout et vivent uniquement de la charité des fidèles. Un tel choix de vie, à un âge si jeune et alors que des perspectives plus riantes s’ouvrent à elle, montre combien la vocation d’Anna est ardente.

  • La grande piété familiale et la légitime fierté d’appartenir aux plus anciens lignages chrétiens de l’Inde devraient faciliter les choses. Il n’en est rien : le refus est immédiat. Elle devrait facilement trouver un riche parti qui tirerait ses proches de leurs difficultés financières. Fille obéissante, Anna ne cherche pas à se rebeller, mais implore le Ciel dans la prière de lui indiquer un moyen de sauver son vœu de virginité.

  • Apprenant que l’on va la fiancer sous peu, sans l’avoir évidemment consultée, Anna décide de marcher sur des braises étalées dans la cour de la maison. Ses proches, effarés par sa détermination et honteux d’avoir voulu la détourner du cloître, l’autorisent finalement à postuler chez les clarisses de Bharananganam. Elle entre au couvent le 12 août 1935 et prononce ses vœux l’année suivante, le jour de la Saint-Alphonse-de-Liguori. Elle prend alors le nom d’Alphonsine de l’Immaculée Conception.

  • Très jeune, elle s’est sentie appelée à une vocation d’âme consolatrice et expiatrice, désireuse de partager de son mieux les souffrances de Jésus. Elle est exaucée : sœur Alphonsine est bientôt en si mauvaise santé qu’elle ne peut plus enseigner. Elle accepte en effet de prendre sur elle les souffrances des autres. Au cours de ses dix années de vie religieuse, elle accumule les maux les plus graves et les plus invraisemblables.

  • Plusieurs fois aux portes de la mort, elle est guérie miraculeusement par une neuvaine à sainte Thérèse de Lisieux, puis, une autre fois, par une apparition du père Chavara, un prêtre mort en odeur de sainteté.

  • Jamais, même au cœur de ses pires souffrances, elle ne se plaint. Elle affirme qu’une journée sans souffrir est une journée perdue. Ce n’est pas du masochisme, c’est qu’elle choisit de s’unir à tout instant à la Croix.

  • Comme pour d’autres mystiques, l’incompréhension et le doute sont le lot de sœur Alphonsine. Elle en souffre plus encore que de ses nombreuses et lancinantes misères physiques. Alphonsine se fixe alors une ligne de conduite : traiter ses persécuteurs avec plus d’amour encore que les autres et ne jamais se plaindre.

  • Elle meurt le 28 juillet 1946. Rapidement, de nombreuses personnes viennent se recueillir sur son tombeau. Des miracles sont attribués à son intercession, notamment la guérison d’un enfant en 1999, reconnue comme miraculeuse.


En savoir plus

Des signes étranges ont marqué la venue au monde d’Anna Muttahupadathu, le 19 août 1910, à Kudamaloor. Enceinte de sept mois et demi, Maria, sa mère, s’assoupit pour une sieste sans se rendre compte qu’un serpent est venu se nouer autour de son ventre. À son réveil, la panique de la jeune femme est telle qu’elle accouche prématurément. Elle ne se remettra pas de cette naissance difficile et meurt trois mois plus tard. Ainsi, la fillette naît sous le signe du malheur et de ce qui ressemblera souvent à un acharnementdiabolique à son égard. La petite orpheline est confiée à sa tante et marraine, tandis qu’un grand-oncle prêtre devient son tuteur. Auprès d’eux, elle reçoit une parfaite éducation chrétienne.

Une fois religieuse, elle souffre encore d’une expérience mystique assez rare, mais bien identifiée. Après avoir surpris un cambrioleur dans le cloître, elle est plongée pendant plus d’un an dans un état de sidération proche de l’abêtissement. Celui-ci s’accompagne d’une nuit de l’âme dont elle tarde à sortir, alors qu’elle est plus que jamais exposée aux accusations méchantes et mensongères de son entourage.

En 1944, alors que son directeur spirituel a reconnu la réalité de ses états mystiques, elle ressent les premiers symptômes du cancer digestif qui va l’emporter le 22 juillet 1946. Des nausées répétées, de plus en plus violentes, l’empêchent de communier, ce qui constitue sa pire torture. Les médecins ne parviennent plus à distinguer ce qui relève de la maladie de ce qui appartient à l’état mystique qui l’associe, chaque vendredi, aux souffrances du Crucifié. C’est à la sortie de l’un de ces états qu’elle meurt, entourée, enfin, de la vénération générale.

Sa tombe attire des pèlerins de toutes confessions, rappelant la charité qu’elle manifestait envers les hindouistes, qu’elle portait dans sa prière. Elle est canonisée le 12 octobre 2008, devenant la première sainte officielle de l’Inde chrétienne.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin

Jean-Louis de la Vaissière, « Inde : les chrétiens entre dynamisme social et pression hindouiste », L’Œuvre d’Orient, 30 septembre 2022. Cet article offre une vue d’ensemble claire du christianisme indien contemporain. Il présente son enracinement apostolique en saint Thomas, les Églises syro-malabare et syro-malankare du Kerala, leur engagement éducatif et social, ainsi que les tensions liées au système des castes, aux lois anti-conversion et au nationalisme hindou.


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