Les 120 martyrs de Chine
En 2000, le pape Jean-Paul II canonise 120 martyrs de Chine, morts « en haine de la foi » entre 1648 et 1930. L'Église les célèbre chaque année le 9 juillet. Tous, âgés de 9 à 79 ans, ont préféré donner leur vie plutôt que de renier le Christ, dans des contextes de persécution différents selon les époques. Ils ne sont qu'une partie de la grande foule des chrétiens qui, en Chine, ont témoigné de leur fidélité à l'Évangile jusqu'au martyre. Dans son homélie, Jean-Paul II déclare : « Hommes et femmes de tout âge et de toute condition, prêtres, religieux et laïcs, ont témoigné d'une conviction et d'une joie semblables en scellant leur fidélité indéfectible au Christ et à l'Église à travers le don de la vie. »
Les raisons d'y croire
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En terre de Chine, dans un contexte culturel et politique souvent hostile, des milliers de chrétiens ont choisi de mourir pour le Christ alors qu’ils auraient pu sauver leur vie en reniant leur foi. Parmi les 120 martyrs canonisés par le pape Jean-Paul II en 2000, on trouve une diversité exceptionnelle : des hommes et des femmes âgés de 9 à 79 ans, adultes et enfants, appartenant à tous les états de vie : missionnaires européens et fidèles chinois, évêques, prêtres, religieuses, séminaristes, catéchistes, laïcs et catéchumènes. Le plus jeune de ces martyrs est André Wang, tué à l’âge de neuf ans.
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« Le sang des martyrs est une semence de chrétiens », disait Tertullien au IIe siècle, mettant en lumière la mystérieuse fécondité du martyre, ici vérifiée en Chine. Alors que les persécutions répétées et le nombre considérable de chrétiens martyrisés auraient pu dissuader les conversions et éteindre le catholicisme en Chine, le témoignage des martyrs attire au contraire vers la foi chrétienne un grand nombre de Chinois. Bouleversé par la manière dont le père Moye et le père Dufresse ont vécu la persécution, le soldat anti-chrétien Zhao Rong demande le baptême et devient prêtre, avant de subir lui-même le martyre et de devenir le premier prêtre chinois mort pour sa foi.
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Accusée par le pouvoir chinois de mettre en danger l’identité profonde de la Chine, marquée par le confucianisme, la foi chrétienne a pourtant été accueillie par de nombreux Chinois sans qu’ils y voient de contradiction avec leur identité nationale et culturelle. C’est ainsi que Wu Guosheng, né dans une famille attachée aux religions traditionnelles chinoises et converti par un chrétien de passage dans l’auberge de ses parents, devient un remarquable missionnaire chinois auprès des Chinois, avant même de recevoir le baptême.
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Aux XIXe et XXe siècles, les missionnaires européens sont accusés par le pouvoir chinois d’être des agents au service des puissances occidentales, et de servir des intérêts financiers et politiques bien plus que spirituels. La meilleure réponse à cette accusation est donnée par les missionnaires eux-mêmes : leur abnégation, leur renoncement à tout pour le salut des âmes, et leur service désintéressé auprès des populations chinoises – jusqu’au sacrifice de leur vie – attestent leur amour du Christ et du peuple chinois. Ainsi, lorsque sept sœurs franciscaines occidentales sont persécutées après s’être mises au service d’un dispensaire et d’un orphelinat en Chine, des laïcs chinois, par solidarité envers elles, subissent le martyre à leurs côtés.
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Plusieurs figures des 120 martyrs de Chine montrent à quel point la foi chrétienne peut donner une force qui dépasse les seules ressources humaines. Anna Wang, adolescente chinoise âgée d’à peine quatorze ans, alors que sa belle-mère l’invite à abjurer sa foi et que ses bourreaux la menacent de décapitation, trouve la force de préférer la mort et de déclarer, le visage rayonnant : « La porte du Ciel est ouverte à tous. » De même, Chi Zhuzi, jeune chrétien de dix-huit ans, continue de proclamer sa foi alors qu’il vient d’avoir le bras droit tranché et que ses bourreaux s'apprêtent à l'écorcher vif : « Chaque morceau de ma chair, chaque goutte de mon sang vous répéteront que je suis chrétien. » La foi chrétienne apparaît comme un bien si précieux que ceux qui la possède préfèrent la torture et la mort plutôt que d’y renoncer.
En savoir plus
Nous sommes le 1er octobre de l’Année sainte 2000. En ce dimanche des Missions, à l’occasion de la fête de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, patronne des Missions, le pape Jean-Paul II canonise 120 martyrs de Chine. Ce groupe de chrétiens, parfois appelé « saint Augustin Zhao Rong et ses 119 compagnons », rassemble des fidèles morts « en haine de la foi » entre 1648 et 1930.
Ces saints officiellement canonisés ne sont qu’une goutte d’eau dans la grande nuée de témoins qui ont donné leur vie pour le Christ dans le cadre de l’évangélisation de ce vaste pays. Sur les trois siècles au cours desquels ces martyrs ont été assassinés, plusieurs vagues de persécutions se succèdent :
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Celui qui est appelé le protomartyr de l’Église de Chine, c’est-à-dire le plus ancien martyr connu, le dominicain espagnol François Fernandez de Capillas, est décapité en 1648.
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Cinq autres dominicains espagnols, dont un évêque, meurent au milieu du XVIIIe siècle.
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Vingt-six autres martyrs meurent au cours du XIXe siècle.
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Quatre-vingt-six martyrs sont victimes de la terrible persécution des Boxers entre 1899 et 1901, dont plusieurs membres de la famille franciscaine, parmi lesquels trois évêques, ainsi que quatre jésuites.
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Les deux martyrs les plus récents sont un évêque et un prêtre, tous deux salésiens italiens, tués en 1930.
Les différentes vagues de persécutions des chrétiens en Chine correspondent à des contextes historiques précis, qu’il n’est pas possible de détailler ici. Il est toutefois utile de rappeler que la présence chrétienne en Chine remonte au Ve siècle. Après une période d’éclipse, elle reprend au Moyen Âge et, dès le XIIIe siècle, Pékin a son premier archevêque, Jean de Monte-Corvino. Les missions catholiques à proprement parler débutent en Chine au XIVe siècle avec les Franciscains, puis s’accentuent au XVIe siècle avec les Jésuites.
Au début du XVIIe siècle, le jésuite Matteo Ricci réussit une œuvre remarquable d’inculturation missionnaire, permettant d’inscrire avec souplesse la prédication de l’Évangile dans la mentalité chinoise. Mais la « querelle des rites chinois » vient freiner cet élan. Rome décide en effet de limiter cette politique d’adaptation évangélique, en interdisant notamment aux Chinois de participer à certaines prières confucianistes. Cette décision suscite la colère des autorités chinoises. Les missionnaires, qui jusque-là obtenaient des conversions, sont progressivement soupçonnés de nourrir des intentions cachées et de prendre part à une secte dangereuse.
Une première vague de persécutions commence le 15 janvier 1648, avec le frère François Fernandez de Capillas. Pendant qu’il récite avec d’autres les mystères douloureux du Rosaire, ce dominicain espagnol est arrêté dans la province du Fujian. Après avoir été emprisonné et torturé, il est décapité.
Au XVIIIe et au XIXe siècle, la persécution se poursuit, tout en prenant des formes diverses selon les époques et les régions. Certains chrétiens chinois, convertis par la prédication ou par l’exemple de missionnaires, deviennent eux-mêmes des apôtres auprès de leur peuple. Plusieurs d’entre eux seront arrêtés, torturés, puis exécutés pour avoir refusé de renier le Christ. Leur fidélité montre que le christianisme n’est pas resté une foi étrangère imposée de l’extérieur, mais qu’il a été reçu, aimé et transmis par des Chinois eux-mêmes.
Au XIXe siècle, des missionnaires européens s’installent en Chine de façon plus durable, dans un contexte politique devenu très complexe. L’ingérence commerciale et militaire croissante des puissances occidentales nuit profondément à l’œuvre évangélisatrice : une partie de la population locale en vient à associer les chrétiens à la politique impérialiste occidentale. Le christianisme est alors perçu comme un cheval de Troie occidental, destiné à détruire de l’intérieur l’identité chinoise confucéenne.
C’est sur ce terreau que se développe, à la fin du XIXe siècle, le mouvement des Boxers, une société secrète à la fois xénophobe et christianophobe, dont l’objectif est de détruire toute influence étrangère. Au début du XXe siècle, la révolte des Boxers ouvre une nouvelle période de persécutions contre l’Église catholique. Des missionnaires venus d’Occident, mais aussi de nombreux fidèles chinois, sont arrêtés et mis à mort. Dans plusieurs cas, les chrétiens chinois refusent de se séparer des missionnaires auprès desquels ils ont reçu la foi, et acceptent de mourir avec eux.
Au total, parmi les 120 martyrs canonisés, on compte 6 évêques, 23 prêtres, 15 religieuses, 8 séminaristes et 62 laïcs, dont 4 catéchistes et 2 catéchumènes. Trente-trois sont des missionnaires originaires d’Europe occidentale, et quatre-vingt-sept sont Chinois. Dans son homélie, à l’occasion de leur canonisation, Jean-Paul II déclare : « Aujourd’hui, par cette proclamation solennelle de leur sainteté, l’Église entend uniquement reconnaître que ces martyrs sont un exemple de courage et de cohérence pour nous tous et qu’ils font honneur au noble peuple chinois. »
Thomas Belleil, auteur de livres de spiritualité, diplômé en sciences religieuses à l’École Pratique des Hautes Études et en théologie au Collège des Bernardins.
Au delà
Au début du XVIIe siècle, la Chine ne comptait probablement que quelques milliers, peut-être quelques dizaines de milliers de chrétiens. Aujourd’hui, la plupart des chercheurs estiment leur nombre à environ 60 millions, catholiques et protestants confondus. D’autres considèrent toutefois que cette estimation reste sans doute très inférieure à la réalité.
Aller plus loin
Sous la direction de M. Allemand-Lavigerie, Les Martyrs en Chine, 2013, Hachette BNF (édition originale : 1873).
En complément
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Gerolamo Fazzini, Le Livre rouge des martyrs chinois, 2007, Salvator.
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L’article du Vatican sur Agostino Zhao Rong et 119 compagnons, martyrs en Chine .
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L’article d’Aleteia : « Les 120 martyrs de Chine, témoins universels d’une Église héroïque ».