Je m'abonne
© CC0/wikimédia
Stigmates
Mercatello sul Metauro (Marches, Italie) et Citta di Castello (Ombrie, Italie)
Nº 963
1660 – 1727

Les 22 000 pages de Véronique Giuliani pour dire Dieu

Née le 27 décembre 1660 à Mercatello sul Metauro, Orsola Giuliani entre au couvent des capucines de Citta di Castello, près de Pérouse (Ombrie, Italie) à dix-sept ans, où elle restera jusqu’à sa mort. Elle y reçoit le nom de Veronica, en l’honneur de celle qui essuya le visage du Christ. Elle est sujette à de nombreuses expériences mystiques. En particulier, le vendredi saint 1697, elle reçoit les stigmates. Ses blessures aux mains et aux pieds resteront visibles pendant trois ans. Religieuse modèle, elle devient maîtresse des novices (1688), puis abbesse de son couvent (1716). Morte le 9 juillet 1727, elle est béatifiée en 1804, puis le pape Grégoire XVI l’inscrit au catalogue des saints en 1839.


Les raisons d'y croire

  • À l’instar de tous les stigmatisés authentiques du monde chrétien, les blessures de Veronica évoluent de manière mystérieuse, a contrario des plaies naturelles : elles ne s’infectent ni ne suppurent, et elles saignent abondamment à des dates précises du calendrier liturgique. Dans le cas de Véronique, il s’agit de chaque vendredi et pendant les jours précédant Pâques. Au bout de trois ans de visibilité, elles disparaissent soudainement sous l’effet de la prière de la sainte, sans aucune intervention humaine et sans laisser de cicatrices.

  • À partir d’avril 1697, l’évêque de Citta di Castello ouvre immédiatement une enquête. Puis le Saint-Office prend le dossier en main. Véronique est soumise pendant près de trois ans à des examens, des interrogatoires et des restrictions. Son état psychologique, sa conduite et ses stigmates font l’objet d’examens minutieux. À l’issue de cette longue enquête, le Saint-Office reconnaît sa santé d’esprit, sa bonne foi et l’absence de toute fraude démontrable.

  • Sur le plan psychologique, Veronica Giuliani est très équilibrée. Parfaitement intégrée à la vie communautaire, elle correspond par écrit avec l’élite de son époque. Elle reste religieuse dans le même couvent pendant un demi-siècle ; appréciée par les autres religieuses, elle montre l’exemple d’une vie contemplative riche et féconde, en accomplissant aussi les tâches temporelles les plus modestes. Elle remplit successivement deux missions décisives dans son monastère : maîtresse des novices et abbesse.

  • La discrétion dont elle fait preuve à l’égard de ses visions et de ses extases et la place secondaire qu’elle leur accorde constituent des indices sérieux de leur authenticité.

  • Composé de 22 000 pages, son journal spirituel (rédigé sur demande de son confesseur) témoigne des plus hautes aspirations mystiques et spirituelles. L’écriture y est entièrement spontanée, régulière et, chose incroyable, sans corrections ni ratures. Ne cherchant pas à faire du style, mais seulement à rendre compte de sa vie intérieure de façon factuelle, elle a fait le choix d’écrire un texte brut, sans ponctuation ni chapitrage.

  • Aucune erreur doctrinale n’y a été observée, bien que Veronica n’eût pas reçu une éducation poussée en matière religieuse. Sa connaissance ne procède pas de l’étude et de l’érudition, mais d’une intelligence de la foi, façonnée par sa profonde union à Dieu.

  • Après sa mort, le 9 juillet 1727, des miracles de guérison se produisent sur sa tombe. Elles alimenteront la procédure de béatification, puis de canonisation.


En savoir plus

Née le 27 décembre 1660 à Mercatello sul Metauro (Marches, Italie), sainte Veronica Giuliani, qui a reçu à sa naissance le prénom d’Ursula, est la dernière d’une famille croyante, admirablement soudée, comptant sept filles ; trois d’entre elles deviendront religieuses. Leur mère disparaît en 1664 et la famille déménage alors à Piacenza (Plaisance). L’enfant est entourée de la tendresse de son père et de ses sœurs. L’ambiance est joyeuse et pieuse à la fois.

À l’adolescence, Ursula sent grandir en elle le désir de se consacrer entièrement à Dieu. Elle a pour modèle en particulier saint François d’Assise et sainte Claire, qu’elle entend suivre avec le secours de la grâce. À dix-sept ans, elle frappe à la porte du couvent des clarisses capucines de Citta di Castello, non loin de Pérouse (Ombrie, Italie), où elle restera jusqu’à sa mort.

La jeune sœur Ursula reçoit alors le nom de Véronique, ce qui est pour elle un événement capital : à la suite de sainte Véronique, présente sur le chemin de Croix et qui essuya le visage du Christ, elle désire à son tour soulager Jésus de ses douleurs en les prenant sur elle. Débute pour elle une existence faite d’ascèse et de pénitences rudes. Parallèlement, elle est sujette à des expériences mystiques extraordinaires, toutes liées à la Passion du Christ.

Elle connaît en 1694 le mariage mystique au cours d’une longue extase. Deux ans plus tard, c’est la transverbération (blessure du cœur), au cours de laquelle Jésus touche son cœur avec une flèche. Le vendredi saint 5 avril 1697, elle reçoit les stigmates du Christ, aux mains, aux pieds et au côté, puis apparaissent des blessures au front et à la tête (couronnement d’épines). Elle écrira dans son journal : « Des plaies de Jésus sortirent des traits de feu, quatre prirent l’aspect de clous, et le cinquième prit la forme d’une pointe de lance scintillante. Je ressentis une terrible douleur, mais en même temps je compris que je venais d’être complètement transformée en Dieu. »

Des visions accompagnent son union toujours plus grande à Jésus. Les blessures aux mains et aux pieds resteront visibles trois ans durant.

S’appuyant sur les paroles de saint Paul (« Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l’accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l’Église », Col 1,24 ), Veronica expie les péchés en offrant sa vie, ses souffrances et ses joies, en réparation pour les fautes et les manques d’amour des hommes. Elle accorde une extrême importance à la prière pour le pape, l’Église et les âmes du purgatoire.

Sur ordre de son confesseur, la future sainte relate à partir de 1693 ses expériences mystiques dans son journal spirituel, le Tesoro Nascoto (le « Trésor caché »). Celui-ci couvre au total 22 000 pages manuscrites. Il ne sera publié qu’au XIXe siècle. Elle laisse également à la postérité de très beaux poèmes spirituels.

Outre la richesse et la fécondité de sa mystique, Veronica se révèle une religieuse modèle : humble, obéissante, vivant de l’esprit de pauvreté à l’image de saint François, elle dirige à merveille les jeunes sœurs de son couvent, en leur transmettant l’esprit franciscain. Elle est nommée maîtresse des novices en 1688. De surcroît, elle fait preuve de qualités administratives et gestionnaires remarquables. C’est ainsi qu’elle devient abbesse de sa communauté en 1716. Elle le restera jusqu’à son décès. Elle a mené, avec l’aide de Dieu, une œuvre d’édification pour un monastère florissant dans le projet de servir le Christ, à l’image de sainte Véronique.

Veronica s’éteint le 9 juillet 1727 après une longue agonie de trente-trois jours. « J’ai trouvé l’amour, l’amour s’est laissé voir ! », dit-elle peu avant son dernier souffle.

Le 17 juin 1804, l’Église, par la voie du pape Pie VII, la proclame bienheureuse, puis le pape Grégoire XVI l’inscrit au catalogue des saints le 26 mai 1839.

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


Au delà

Même en faisant abstraction des grâces extraordinaires reçues par Veronica Giuliani, on reste fasciné par l’unité de son être en Jésus-Christ à chaque moment de sa vie : qu’elle soit mystique, maîtresse des novices, visionnaire, humble sœur priant dans la chapelle du couvent, stigmatisée ou abbesse gérant l’intendance de la communauté et accomplissant les devoirs économiques et juridiques qui y sont liés.


Aller plus loin

Marie de Villermont, Sainte Véronique Giuliani, abbesse des capucines, La Caverne du pèlerin, 2021.


En complément

  • Benoît XVI, « Audience générale : sainte Véronique Giuliani », mercredi 15 décembre 2010, Dicastère pour la communication, Libreria Editrice Vaticana.

  • Giovanni Cittadini, Vita di Santa Veronica Giuliani e del suo tempo, édition privée, Citta di Castello, 1992.

  • Romano Piccinelli, La teologia della Croce nell’esperienza mistica di santa Veronica Giuliani, Edizioni Porziuncola, Assise 1989.

  • Gianni Tadolini, Lucia Barbagallo, Michela Collina, Préface de Gianangelo Palo, Veronica : introduzione ad un’analisi realistica della personalita di Veronica Giuliani, la santa di Citta di Castello, Éditions EVA, Venafro (IS) 2008.

  • Luciano Cirilli Fioravanti di Guffaia, Da un illustre casato due grandi Famiglie, Ancône, Arte, 2009.

  • À ce sujet, un article de Codex Dei : « Sainte Véronique Giuliani (1660 – 1727) : elle reçoit les stigmates de la Passion ».

Précédent
Voir tout