Janvier Marie Sarnelli sert le Christ dans les bas-fonds de Naples
Né au début du XVIIIe siècle dans l’aristocratie napolitaine, Gennaro Maria (Janvier Marie) Sarnelli se voit interdire par son père d’entrer dans la Compagnie de Jésus, comme il en éprouvait l’intention à l’adolescence. Adulte, toujours poursuivi par l’appel divin, il abandonne sa carrière d’avocat pour devenir prêtre et seconder son ami Alphonse de Liguori dans la fondation de la congrégation du Très Saint Rédempteur. Il devient l’un des premiers Rédemptoristes. La découverte des bas-fonds de Naples va l’inciter à orienter sa vie missionnaire vers un apostolat décrié et dangereux.
Les raisons d'y croire
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La riche famille de Janvier Marie, quoique pieuse, nourrit pour lui des ambitions mondaines et souhaite le voir faire carrière. Aussi, lorsqu’à quatorze ans il exprime à son père son désir d’entrer dans la Compagnie de Jésus, celui-ci s’y oppose fermement. L’adolescent ne se révolte pas. Sans trahir sa vocation, son obéissance manifeste un discernement déjà mûr : fidèle au quatrième commandement (« Honore ton père et ta mère »), il attend avec patience que la Providence ouvre le chemin de l’appel qu’il sait avoir reçu.
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Gennaro va alors poursuivre des études en droit civil et en droit canonique. Il devient avocat en 1722, mais ni ses études ni le début de sa carrière professionnelle ne l’écartent de ce qui compte véritablement à ses yeux : le souci des autres et l’exercice de la charité chrétienne. Il passe l’essentiel de ses loisirs dans les hôpitaux de Naples à visiter les malades, de préférence les incurables, ou à secourir les pauvres et les vieillards. Il assiste aussi les condamnés à mort dans les prisons.
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Dieu écrivant droit avec des lignes torses, le choix imposé par son père se révèle providentiel puisque c’est au Barreau qu’il fait la connaissance d’un autre jeune avocat, issu comme lui de l’aristocratie et qui se consacre lui aussi aux bonnes œuvres. Il s’appelle Alphonse de Liguori et rêve de fonder une congrégation religieuse de missionnaires pour lancer une nouvelle évangélisation des quartiers pauvres de Naples, des campagnes environnantes et de la côte amalfitaine.
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Gennaro, maintenant qu’il est majeur et peut disposer de son avenir, entre au séminaire afin de se préparer au sacerdoce. Il accepte de renoncer à sa carrière et à une vie confortable afin de répondre à l’appel divin entendu depuis l’enfance.
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Sarnelli est ordonné prêtre le 8 juin 1732. Sa formation d’avocat s’avère providentielle puisqu’elle l’a initié à l’éloquence, ce qui lui sert pour la mission, la prédication et la catéchèse. Il constate donc que la volonté de Dieu s’accomplit toujours, serait-ce par des voies détournées.
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Son immersion dans les milieux napolitains les plus défavorisés lui révèle à quel point ces gens ont besoin qu’on leur parle de Dieu. Il cherche le Christ parmi les plus pauvres et les plus défavorisés et se met à son service en les servant. Il s’inscrit donc dans l’immense courant de charité qui anime l’Église depuis ses origines et qui ne se détourne d’aucune misère.
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En particulier, il prend conscience de deux plaies de la société napolitaine qu’il n’avait pas encore appréhendées. D’abord la prostitution, véritable industrie : les milliers de jeunes femmes contraintes à vendre leur corps sont livrées à des réseaux de souteneurs auxquels elles ne peuvent échapper. Ensuite l’exploitation impitoyable – pour de lourds travaux sous-payés – des très jeunes garçons à peine sortis de l’enfance, les facchinelli, « petits portefaix », qui sont astreints à des cadences infernales. Don Gennaro possède le sens de la justice sociale et, au nom de l’Évangile, il n’a pas peur de dénoncer ces situations et de venir en aide aux victimes.
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Comme toujours dans ce genre de cas, les exploiteurs, que ce soit des prostituées ou des enfants, prennent très mal l’intrusion du religieux dans leurs affaires et leurs trafics. Ils usent de menaces, de violences et de tentatives de meurtre pour l’obliger à renoncer à ses œuvres de secours. Sarnelli n’y renonce pas, se disant prêt à mourir s’il peut en échange sauver une seule âme. Il met donc le service de Dieu et le salut du prochain plus hauts que sa propre vie.
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En quelques années, il déploie une œuvre de secours énorme, parvenant à trouver les fonds nécessaires pour secourir financièrement les filles, les doter, leur trouver des places dans des maisons amies. Il montre ainsi combien, avec l’aide de Dieu, la charité chrétienne sait être imaginative et efficace.
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Il meurt d’épuisement le 30 juin 1744. Il a quarante et un ans. Tous ceux qui l’assistent à son lit de mort constatent, en dépit de la chaleur qui devrait accélérer la putréfaction, que son corps répand un délicieux parfum qui persistera jusqu’à l’inhumation.
En savoir plus
Le XVIIIe siècle, en Italie et particulièrement à Naples, produit un grand nombre de figures de sainteté, parfois douées – tel Joseph de Cupertino, qui s’envolait dans ses extases – de surprenants charismes qui contrastent miraculeusement avec l’expansion de la philosophie des Lumières et de l’agnosticisme dans la société. Si sa vie n’est pas marquée de phénomènes surprenants, Gennaro Maria Sarnelli est cependant un bel exemple d’intelligence et de charité chrétienne.
Quatrième des huit enfants du baron Angelo Sarnelli di Ciorani et de son épouse Caterina, Janvier Marie naît à Naples le 12 septembre 1702. Son ami rencontré à l’université, Alphonse de Liguori, parvient en 1733 à créer sa congrégation du Très Saint Rédempteur, dont les religieux seront plus connus sous le nom de Rédemptoristes. Gennaro en devient l’un des membres fondateurs. Pendant trois ans, Gennaro parcourt la côte amalfitaine et la Campanie en compagnie d’Alphonse, prêchant des missions jusqu’à l’épuisement.
De retour à Naples, nommé à la paroisse Santa Anna, l’une des plus pauvres de la ville, il poursuit son projet de secours aux filles et aux enfants exploités. En effet, de sa vocation jésuite manquée, il conserve l’attention à un apostolat cher à la Compagnie de Jésus, mis en œuvre dès Ignace de Loyola et spécialement illustré par Jean-François Régis : l’assistance aux prostituées désireuses d’échapper à leur sort. Ce choix est ingrat et souvent dangereux. Il va s’y donner passionnément, comme à tout ce qu’il fait. On peut lui prêter ce genre de parole : « Seigneur, le zèle de ta maison me dévore. »
Entre ses œuvres de charité, ses missions et ses catéchèses, il trouve encore le moyen d’écrire un nombre impressionnant de textes de morale ou de dévotion mariale qui seront publiés en plusieurs volumes au XIXe siècle, rappelant que le rédemptoriste ne s’accordait aucun relâchement dans le travail. Il se voit ainsi décerner par Alphonse de Liguori le titre mérité d’« excellent serviteur de Dieu », sous-titre de la biographie que son saint fondateur lui consacre peu après sa mort prématurée.
Bien que sa cause de canonisation ait été rapidement introduite, il faudra attendre mai 1996 pour que Gennaro Maria soit béatifié.
Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.
Aller plus loin
Gennaro Maria Sarnelli, Œuvres complètes, 1848. En italien.
En complément
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Francisco Chiovaro, Janvier-Marie Sarnelli : l’apôtre des prostituées de Naples, Montréal / Paris, Médiaspaul, 1997,
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Francesco Chiovaro, A Life of Blessed Gennaro Maria Sarnelli, Redemptorist (1702 – 1744), Liguori Publications, 2003.
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J. Robert Fenili, C.Ss.R., Blessed Gennaro Maria Sarnelli : His Life and Letters, Liguori Publications, 2015.