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Les grands témoins de la foi
Pérouse (Italie)
Nº 952
1944 – 1998

Vittorio Trancanelli, la charité au cœur du bloc opératoire

Médecin d’une attention et d’une délicatesse remarquables envers ses patients, époux dévoué, père attentif, homme animé d’une foi profonde : tel est Vittorio Trancanelli, né le 26 avril 1944 à Spello, en Italie. Peu après son mariage avec Rosalia Sabatini, il est frappé par une grave maladie, tandis que le couple connaît la douleur de perdre un enfant avant sa naissance. En 1976, un nouvel épisode de maladie l’éprouve, à peine un mois avant la naissance de leur deuxième enfant. Le couple n’aura pas d’autres enfants biologiques. Mais, avec Rosalia, il adopte sept enfants, et ils fondent ensemble l’association « Aux chênes de Mambré » (Alle querce di Mamre), destinée à accueillir des mères, des enfants et des familles fragilisées.


Les raisons d'y croire

  • Le couple est confronté aux épreuves de la vie : la perte d’un bébé avant sa naissance, les problèmes de santé de Vittorio, une opération chirurgicale qui le laisse diminué toute sa vie… Humainement, lorsque l’on connaît soi-même de grandes souffrances, le repli sur soi paraît presque naturel. Or, dans la vie de Vittorio, la foi laisse passer la grâce divine dans ses œuvres de charité avec une puissance inattendue. Par exemple, face à l’impossibilité d’avoir des enfants naturels, Vittorio et Rosalia accueillent sept enfants en adoption et en placement familial. Certains souffrent de handicaps lourds.

  • Vittorio exerce son travail dans un esprit de don. Devenu spécialiste d’endoscopie digestive et gastroentérologique, il est nommé chirurgien-chef et prend à cœur cette responsabilité en travaillant parfois au-delà de ses forces, s’appuyant toujours sur Dieu. Ce qui le motive n’est pas la recherche de la gloire, mais le souci de ses patients. Sa compétence professionnelle est inséparable de sa charité envers les personnes souffrantes.

  • Vittorio parvient à instaurer avec le patient une relation de confiance qui interpelle ses confrères, parce qu’ilplace au sommet de ses intérêts et de son activité le malade, en qui il s’efforce de reconnaître le Christ souffrant. Cette vision engendre des fruits qui dépassent les attentes médicales ou personnelles, car elle s’enracine dans une charité surnaturelle.

  • La générosité débordante du couple inspire aussi la création de l’association « Aux chênes de Mambré », qui permet à des filles-mères, des enfants ou des familles en difficulté d’habiter une maison commune et d’être soutenus concrètement par la présence de Vittorio, de Rosalia et de nouveaux membres. Le nom de l’association renvoie aux chênes de Mambré, où Abraham accueillait mystérieusement Dieu à travers ses visiteurs.

  • Autour de Vittorio et de Rosalia, d’autres familles s’engagent à leur tour, et des femmes et des enfants en grande difficulté trouvent un toit et un soutien. L’accueil chrétien devient ici une réalité quotidienne, organisée et durable. Ces fruits visibles de la charité chrétienne donnent du poids à la foi qui l’inspire.

  • Vittorio ne se lasse pas de répéter : « Il est vrai que l’accueil n’est pas toujours facile, parfois c’est dur, mais le Seigneur nous dit : " Si moi, le Seigneur et le Maître, j’ai lavé vos pieds, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres..." » La fatigue et les difficultés de l’accueil existent bel et bien, mais sa charité s’enracine dans l’imitation du Christ, qui s’abaisse pour servir.

  • De son vivant, on le surnomme déjà « le saint de la salle d’opération ». Il jouit d’une solide réputation, et nombreux sont ceux qui s’inspirent de son témoignage limpide de foi. L’archevêque émérite de Pérouse, Mgr Giuseppe Chiaretti, aimait le définir comme le « saint laïc de notre temps ». Le 27 février 2017, le pape François le déclare vénérable.


En savoir plus

Médecin à l’hôpital Silvestrini de Pérouse, en Italie, Vittorio Trancanelli est marié à Rosalia Sabatini. La douleur et la souffrance marquent très tôt sa vie : il tombe gravement malade pendant la première grossesse de son épouse et, dans la précipitation de l’hospitalisation et des soins, ils perdent l’enfant qu’elle portait. La maladie réapparaît, plus virulente encore, cinq ans plus tard, au huitième mois de la deuxième grossesse de Rosalia. Opéré en urgence d’une colite ulcéreuse qui avait déjà évolué en péritonite, il sort du bloc opératoire avec une iléostomie qui le laissera diminué toute sa vie. Neuf jours plus tard naît le petit Diego, leur seul enfant biologique. Le rêve d’aller en mission, qu’ils avaient longtemps caressé pendant leurs fiançailles, doit alors être définitivement abandonné. Vittorio et sa femme réorganisent leur vie à la lumière de l’imprévu qui les a visités. Lui, en particulier, découvre un vaste champ de mission dans l’hôpital où il travaille déjà et où il devient un excellent chirurgien.

Peut-être grâce à sa propre maladie, Vittorio acquiert une sensibilité extraordinaire à toute forme de souffrance. Sa façon de vivre la charité très simplement étonne ses collègues de travail. Un jour, en salle d’opération, alors que ses confrères discutent de leurs lieux de vacances idylliques, Vittorio annonce avec un naturel inattendu qu’il va pour sa part rencontrer un enfant en vue d’une adoption. Devant leur gêne, il s’empresse de les faire sourire en ajoutant qu’ils ne doivent surtout pas s’inquiéter, car c’est leur façon, avec sa femme, de se faire plaisir.

Avec sa femme, il ouvre sa maison à l’accueil : sept enfants arrivent en adoption ou en placement familial. Puis, du réseau de solidarité créé autour d’eux par d’autres familles amies, naît l’association « Aux chênes de Mambré ». Cinq familles s’investissent dans l’accueil de femmes et d’enfants en difficulté. Comme Abraham, elles savent qu’elles accueillent Dieu lui-même dans la personne de celui qui frappe à leur porte. L’association trouve en Vittorio son âme, sa source d’inspiration et son modèle. Aujourd’hui encore, sa veuve et les autres familles continuent d’accueillir du Pakistan, de l’Inde ou du Brésil toute mère qui a besoin d’un soutien et d’un hébergement plus ou moins prolongé.

En plus d’être profondément amoureux de sa femme et dévoué à ses enfants, Vittorio cultive deux passions : les Étrusques et le judaïsme. C’est précisément son amour pour Jésus de Nazareth qui fait naître en lui la soif de connaître la langue et les Écritures hébraïques, leurs traditions et leurs fêtes. Il devient ainsi un collaborateur assidu du centre œcuménique San Martino de Pérouse, où on l’appelle affectueusement « notre rabbin ».

En 1998, Vittorio tombe à nouveau malade et tous, lui le premier, comprennent qu’il n’y a plus rien à faire. Il meurt paisiblement le 24 juin. Peu avant de s’éteindre, il réunit près de lui sa femme et ses nombreux enfants, leur laissant une réflexion qui prend valeur de testament : « C’est pour cette raison que cela valait la peine de vivre : pas pour devenir quelqu’un, faire carrière et gagner de l’argent ; même si j’étais devenu je ne sais qui, si j’avais eu de l’argent à la banque, si j’avais acheté tant de maisons, qu’aurais-je emporté avec moi maintenant ? Qu’apportais-je devant Dieu ? Maintenant, j’apporte l’amour que nous avons donné à ces personnes. »

Le jour des funérailles, présidées par l’évêque et suivies par une foule nombreuse et émue, son cercueil est recouvert d’un rouleau de la Bible, de la croix et du talit, le manteau de prière des Juifs. En 2013, ses restes, exhumés du cimetière de Cenerente, sont transférés dans l’église paroissiale du lieu. Le 27 février 2017, le pape François le déclare vénérable et les amis de Vittorio entament une démarche de postulation pour le faire reconnaître bienheureux.

Élisabeth de Sansal, diplômée de bioéthique à l’université pontificale Regina Apostolorum, à Rome.


Aller plus loin

Le site Internet officiel pour la postulation de la cause de béatification de Vittorio Trancanelli.


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