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Stigmates
Nevers et Tulle (France)
Nº 953
1666 – 1708

Les plaies du Christ visibles sur Marcelline Pauper

Marcelline Pauper est née à Saint-Saulge (Nièvre, France) le 11 mars 1666, dans une famille de boulangers. Douce et rêveuse, elle ressent le désir de servir le Seigneur. Les paroles de dom Jean-Baptiste Delaveyne, fondateur de la congrégation des Sœurs de la Charité de Nevers, sont pour elle un déclic. Elle veut se mettre à son école et, en 1688, elle est admise dans la congrégation. Elle se révèle une religieuse exceptionnelle, charitable jour et nuit. Excellente gestionnaire, elle fonde quatre nouveaux couvents entre 1691 à 1705, et est élue supérieure générale en 1694. Grande mystique, elle reçoit les stigmates de la Passion le 26 avril 1702. Marcelline meurt au couvent de Tulle le 25 juin 1708, à quarante-deux ans.


Les raisons d'y croire

  • Le 26 avril 1702, elle reçoit les stigmates de la Passion : des blessures sont visibles à ses mains, à ses pieds et à sa tête, comme celles subies par le Christ à cause des clous et de la couronne d’épines. Cette stigmatisation est très cohérente sur le plan spirituel. Marcelline a mené une vie mystique d’une très grande richesse, n’ayant de cesse d’expier les péchés de son époque par l’offrande à Dieu de ses souffrances morales et physiques. Les stigmates sont l’issue logique de sa quête d’expiation. Ces plaies apparaissent sur son corps en expiation d’un sacrilège commis quelques semaines auparavant et dont elle avait eu vent.

  • Marcelline Pauper n’est en rien une hallucinée. Au contraire, elle se révèle être une gestionnaire exemplaire des communautés dont elle a la charge, tant dans les domaines spirituels que temporels (économique, humain, organisationnel...). Elle est élue supérieure générale en 1694.

  • Elle ne fait elle-même guère mention de ce phénomène extraordinaire et ne cherche pas à attirer l’attention. Son intérêt ne porte pas sur le caractère spectaculaire de ces manifestations, mais sur la vie spirituelle qu’elles accompagnent, ce qui plaide contre toute recherche de mise en scène.

  • En particulier, elle sait que la vie chrétienne est avant tout fondée sur la charité : c’est pour servir concrètement le Christ dans les plus pauvres et les plus souffrants qu’elle demande son admission chez les Sœurs de la Charité de Nevers. Ceux qui l’ont approchée ont souligné son dévouement, sa disponibilité et son attention aux personnes qui lui étaient confiées. La constance de cette charité constitue l’un des signes les plus éloquents de la profondeur de sa vie intérieure, la charité étant la manifestation la plus parfaite de l’union de l’âme à Dieu.

  • Son Autobiographie (rédigée vers 1702-1705, mais publiée seulement en 1871) ne raconte pas sa vie comme une simple succession d’événements extérieurs, mais raconte comment son âme fut saisie et transformée par la grâce. Le fil conducteur de l’ouvrage est la progressive ascension intérieure vers le Christ.

  • Marcelline Pauper a décrit ses épreuves spirituelles. Sans avoir eu accès à la littérature du Carmel espagnol, elle a relaté des expériences ayant des points communs frappants avec celles de sainte Thérèse d’Avila ou d’autres maîtres de la vie intérieure : obscurité de la foi, sentiment de déréliction, impression douloureuse d’être abandonnée de Dieu, tentations de désespoir ou de révolte intérieure.


En savoir plus

Marcelline Pauper vient au monde dans l’actuel département de la Nièvre, à Saint-Saulge, le 11 mars 1666, dans une famille de boulangers – milieu modeste, où l’on travaille dur pour survivre. C’est une enfant timide – comme elle l’écrira longtemps après –, douce et rêveuse. Elle sent rapidement en elle un désir de se vouer au Seigneur.

Une rencontre est décisive : un jour, elle entend le père bénédictin dom Jean-Baptiste Delaveyne (1653 – 1719), fondateur en 1680 de la congrégation des Sœurs de la Charité de Nevers et aujourd’hui serviteur de Dieu, prononcer ces paroles : « N’ayez point d’autres affaires que la charité. N’ayez point d’autres intérêts que ceux des malheureux. »

C’est un déclic, à tout jamais. Marcelline veut servir Jésus dans la personne des nécessiteux. Sans instruction, sans soutien ni argent, elle sait cependant que Dieu va soutenir son projet de vie. De fait, en 1688, elle est admise dans la nouvelle congrégation de dom Delaveyne, qui en est encore à ses balbutiements. Âgée de vingt-deux ans, Marcelline va y donner un souffle puissant, tant son énergie est remarquable et sa foi suffisante pour déplacer les montagnes.

Dès les premières semaines de vie communautaire, elle se révèle une religieuse exceptionnelle, humble, obéissante, organisée à tous les niveaux, et d’une charité remarquable.

Vite repérée pour ses talents de gestionnaire et d’encadrement des jeunes religieuses, elle est sollicitée par le fondateur, qui lui demande dès 1691 de fonder une nouvelle communauté : le couvent de Decize, dont elle est élue supérieure générale trois ans plus tard. Marcelline n’est pas issue d’un milieu social favorisé : elle manque de culture, y compris dans le domaine religieux. Néanmoins, sans que l’on puisse l’expliquer rationnellement, elle n’a jamais pâti de cette infortune, y compris dans l’encadrement spirituel de ses religieuses, comme si l’Esprit Saint lui communiquait ce dont elle avait besoin pour remplir ses devoirs.

Sa vie mystique est en effet d’une grande richesse, mais souvent entrecoupée de périodes douloureuses et de nuits spirituelles, qu’elle considère elle-même, comme d’autres grands mystiques, comme un temps de purification.

En 1696, elle fonde le couvent de Murat, puis en 1700 celui de Bourg-Saint-Andéol, et enfin la maison de Tulle en 1705. À chaque fois, elle réussit de façon magistrale à transmettre à ses religieuses le goût de la charité envers les plus pauvres, dans le cadre d’une vie contemplative équilibrée et féconde.

Elle a dit : « Quant aux secours que je puis rendre aux pauvres, je ne m’y épargne pas. Je quitte volontiers la prière, la messe, et je remets même la sainte communion, pour les servir. » Son amour des pauvres est « christologique », c’est-à-dire fondé sur la personne de Jésus, qu’elle sert sans jamais s’interrompre, en servant les pauvres, dans tous les domaines, matériels comme spirituels.

Menant de front son activité de missionnaire (pendant dix-huit ans), de supérieure et d’autrice spirituelle, sa santé décline progressivement. Elle rend son âme à Dieu au couvent de Tulle le 25 juin 1708, dans sa quarante-troisièmeannée.

Comme elle, sainte Bernadette Soubirous (1844 – 1879) sera religieuse de la congrégation des Sœurs de la Charité de Nevers. La voyante de Lourdes a nécessairement découvert l’exemple d’une charité unique par le souvenir de Marcelline Pauper.

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


Au delà

« Le bien ne fait pas de bruit », disait saint François de Sales : cette formule est parfaitement adaptée à la vie évangélique de Marcelline Pauper. Humble, obéissante, souriante malgré les obstacles et les tentations, elle consacre son existence entière à la prière et à la charité. Du reste, celle-ci est à ses yeux la louange la plus élevée qui puisse se concevoir.


Aller plus loin

André Ravier, L’Expérience mystique de Marcelline Pauper, religieuse de la congrégation des Sœurs de la Charité et de l’Instruction chrétienne de Nevers : étude critique de ses écrits, Couvent Saint-Gildard, 1982.


En complément

  • Marcelline Pauper, Vie de Marcelline Pauper de la congrégation des Sœurs de la Charité de Nevers, écrite par elle-même (à la demande de son directeur de conscience, le père de Laveyne, avec 48 lettres d’elle à Jean-Baptiste de Laveyne et au père Galipaut, de l’Oratoire, publiées par Dominique Bouix et le père Marcel Bouix), Nevers, Paris, Fayard, 1871. Peut être consulté en ligne .

  • Antoine Imbert-Gourbeyre, La Stigmatisation, réédition, Grenoble, Jérôme Millon, 1996, p. 367.

  • Jean-Baptiste Poulbrière, Une page ignorée dans l’histoire de Tulle : Marcelline Pauper, Tulle, Crauffon, 1876.

  • Sur le site du sanctuaire de Nevers, une page sur l’histoire de la congrégation .

  • Voir également A. Ravier, Pauper, dans Dictionnaire de spiritualité, Paris, Beauchesne, vol. XII, I, 1984, p. 611-613.

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