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Les moines
Casseneuil (Lot-et-Garonne) et abbaye Sainte-Marie-du-Désert (France)
Nº 947
1878-1903

Le frère Marie-Joseph Cassant : la grâce dans la fragilité

Né en 1878 à Casseneuil (Lot-et-Garonne), Joseph Cassant, malgré de sérieuses faiblesses intellectuelles et une santé fragile, rêve dès l’enfance de devenir prêtre. Guidé par l’abbé Filhol, puis par le père Malet, maître des novices à l’abbaye Sainte-Marie-du-Désert, il entre chez les trappistes et prononce ses vœux en 1900. Ordonné prêtre en 1902, il meurt de la tuberculose l’année suivante, à vingt-cinq ans. Ses contemporains retiennent de lui un sourire permanent, un amour intense de l’Eucharistie, et une volonté tenace de tout accomplir par amour de Dieu, y compris dans la souffrance et les derniers mois d’agonie. Cette spiritualité simple et radicale, associée en 1936 à la guérison miraculeuse d’un enfant, lui vaut d’être béatifié par Jean-Paul II en 2004.


Les raisons d'y croire

  • La vocation de Joseph semble inexplicable : il est intellectuellement limité, physiquement fragile et très émotif. Tout le désigne comme inapte au sacerdoce. Pourtant, quelque chose en lui résiste pendant des années à ces obstacles et, finalement, contre toute attente, il est ordonné prêtre à vingt-quatre ans.

  • Joseph a vécu une transformation intérieure indéniable : les analyses graphologiques de ses lettres montrent que sa foi neutralise objectivement ses tendances dépressives et ses scrupules. De plus, sa joie rayonnante et communicative, demeurée intacte malgré la souffrance et l’approche de la mort, est difficile à expliquer seulement par la psychologie humaine. Quelque chose d’autre agit en lui.

  • Le miracle attribué à son intercession est éloquent : il concerne un enfant de neuf ans, Jean Delibes, atteint d’une méningite mortelle. Après des prières adressées au père Marie-Joseph Cassant, son état s’améliore brutalement et les symptômes disparaissent en très peu de temps. La guérison inexpliquée, soudaine et complète a été retenue par l’Église après un examen médical rigoureux.

  • Le rayonnement après la mort : ce moine fragile et anonyme du Lot-et-Garonne, qui n’a écrit que quelques lettres à ses parents, mort à vingt-cinq ans, est béatifié un siècle plus tard, place Saint-Pierre, devant des milliers de personnes, le même jour que le dernier empereur d’Autriche-Hongrie. L’influence de frère Marie-Joseph grandit après sa mort, à rebours de toute logique humaine.


En savoir plus

« Moi veux être turé », explique frénétiquement à qui veut l’entendre un jeune garçonnet de Casseneuil. Né en 1878, le jour du mercredi de cendres, dans ce petit village rural du Sud-Ouest de la France, Joseph Cassant nourrit dès son plus jeune âge un immense désir du sacerdoce, et cet appel va rester brûlant jusqu’à son ordination en 1902. Et pourtant, la route fut longue et semée d’embûches.

Au pensionnat des Lasalliens (Frères des Écoles chrétiennes) de son village, Joseph se rend rapidement compte de ses faiblesses intellectuelles : malgré un travail acharné, même pendant les récréations, il est dépassé par les exigences scolaires. À quinze ans, il côtoie la classe des huit-dix ans. Avec un tel retard, impossible de songer à devenir prêtre : les études sont longues et difficiles au grand séminaire et une bonne mémoire est indispensable pour apprendre le latin – qualité dont Joseph est dépourvu. Don André Malet, le maître des novices de l’abbaye Sainte-Marie-du-Désert dira de lui plus tard : « Imagination pauvre, mémoire ingrate, intelligence peu pénétrante, il eut à travailler beaucoup pour posséder un peu de science » (Procès informatif de Toulouse, § 108).

Heureusement, en octobre 1893, le curé du village, l’abbé Filhol, conscient de la vocation de l’enfant, prend Joseph sous son aile en l’accueillant au presbytère comme assistant-sacristain dans le cadre d’une préparation spéciale au travail monastique. En effet, le prêtre a une intuition : si Joseph ne peut pas entrer au grand séminaire, il pourrait néanmoins devenir prêtre au sein d’un ordre contemplatif. La vocation y étant davantage centrée sur la prière et la vie communautaire que sur les responsabilités pastorales, les exigences académiques n’y sont pas les mêmes. Encore faut-il que l’enfant y soit admis malgré son hyperémotivité, sa faiblesse physique et son tempérament lymphatique !

Ainsi, rien n’est assuré lorsqu’en novembre 1894, Joseph Cassant rencontre le maître des novices de l’abbaye trappiste de Sainte-Marie-du-Désert (Haute-Garonne), don André Malet. Dès le premier entretien, le jeune garçon de seize ans fond en larmes, mais il est accueilli par le père Malet avec une grande affection : « J’ai eu l’impression d’une âme très douce, très profonde, qui cherchait Dieu. Je lui ai fait un signe de croix au front en lui disant : " Ayez confiance, je vous aiderai à aimer Jésus." » (père André Malet, Procès informatif de Toulouse, § 7, 19). Dès lors, une amitié spirituelle singulière va se déployer entre les deux hommes, jusqu’à la mort du plus jeune.

Sous la direction bienveillante du père Malet, Joseph connaît une grande transformation intérieure. Si ses fragilités sont persistantes (lacunes intellectuelles qui lui valent des brimades de certains moines ; grande sensibilité mise à rude épreuve par les affres de la vie trappiste ; maladies fréquentes), elles sont le lieu de sa sanctification, car le jeune moine met tout son cœur à accomplir avec amour et joie chaque geste du quotidien. Il prend constamment des résolutions pour combattre ses faiblesses et affirmer son désir radical de Dieu : « Seigneur, faites que je meure, plutôt que de vous contrarier, plutôt que de commettre un seul péché véniel » (L’Attente dans le silence, p. 114). À la dernière page de son carnet de noviciat, il exprime « brûler d’amour devant le saint sacrement exposé ».

Le 24 mai 1900 – jour de l’Ascension –, il prononce sa profession solennelle et prend le nom de frère Marie-Joseph. Puis, le 12 octobre 1902, à vingt-quatre ans, son désir le plus cher est enfin exaucé : il est ordonné prêtre par l’abbé d’Igny et évêque auxiliaire de Reims, don Augustin Marre, qui dira de lui qu’il était « une figure angélique ».

Mais Marie-Joseph est très malade : dès le lendemain, il est renvoyé chez lui à Casseneuil pour se reposer jusqu’à mi-décembre, et où, affligé de la séparation d’avec le père Malet, il supplie l’abbé de le reprendre à l’abbaye. Début 1903, la situation est désespérée : « Couché, il étouffe ; des escarres profondes rendent douloureuse la position assise ; l’enflure des jambes et la faiblesse ne lui permettent pas de rester debout. » Pourtant, dans une de ses dernières lettres à sa famille, il écrit paisiblement : « Pour arriver à bien employer tous nos moments, il faut tout faire par amour, en union avec le Cœur de Jésus, et repousser les préoccupations inutiles. » Le 17 juin, Marie-Joseph Cassant rejoint le Père à l’âge de vingt-cinq ans.

Pourtant, son histoire ne s’arrête pas là. Son amitié avec le père Malet, sa persévérance, son abnégation et son désir constant de Dieu en font un modèle de vie trappiste qui rayonne après sa mort. À la suite de prières confiées à son intercession, en 1936, un miracle est associé à son procès en béatification : la guérison d’un enfant de neuf ans atteint d’une méningite cérébro-spinale foudroyante. Le 4 octobre 2004, le petit frère du désert est béatifié par Jean-Paul II.

Loin d’autres figures de sainteté héroïques du XXe siècle, ce moine chétif, simple et émotif est pourtant donné à l’Église universelle comme un exemple de vie à la suite du Christ. Ses lettres révèlent que l’intensité du sentiment religieux et une remarquable activité volontaire neutralisent en lui les forces dépressives et les scrupules. Sa spiritualité – enracinée dans l’Eucharistie, la méditation de la Passion, le Sacré-Cœur et la Vierge Marie – rappelle celle d’une contemporaine, sainte Thérèse de Lisieux, de cinq ans son aînée, avec qui il partage cette même « petite voie » d’enfance spirituelle devant Dieu.

Alexandre Pontier, père de famille, enseignant en école d’ingénieur et responsable des archives historiques de l’abbaye Sainte-Marie-du-Désert entre 2023 et 2025.


Au delà

Depuis 2020, les moines trappistes ont quitté l’abbaye Sainte-Marie-du-Désert, faute de vocations suffisantes. Une association, le Village de François, a repris les lieux, où sont toujours vénérées les reliques du bienheureux. Ce lieu de vie partagé accueille des personnes fragiles de tous horizons : personnes âgées, sortants de rue ou d’addictions, personnes handicapées ou atteintes de troubles psychiatriques, jeunes bénévoles et familles de volontaires. Ces nouveaux habitants découvrent la vie de ce petit moine qui, comme eux, était un « raté » aux yeux du monde, et, pour certains, il devient un ami du Ciel, une source de réconfort. La devise du Village de François, inspirée de la doctrine sociale de l’Église, prend ici une saveur particulière, là où la vie du père Cassant en fut le terreau : « La fragilité est une chance. »


Aller plus loin

Pour mieux connaître le père Cassant, les visiteurs peuvent se rendre dans la crypte où repose son corps, à l’abbaye Sainte-Marie-du-Désert (à 35 minutes de Toulouse). Une visite complète de l’abbaye est proposée chaque semaine, le samedi à 15 h, gratuitement, par les habitants du Village de François.


En complément

  • Don Marie-Étienne Chenevière, L’attente dans le Silence : le père Marie-Joseph Cassant, Desclée de Brouwer, 1981.

  • L’émission de Radio Présence : « À la découverte de Marie-Joseph Cassant ».

  • Frère Jean-Christophe, Demeurer dans le cœur de Jésus : bienheureux Marie-Joseph Cassant, Traditions monastiques, 2008.

  • Pour la continuité de cette vie dans la fragilité à l’abbaye, le site Internet du Village de François .

  • Pour remercier, faire un don pour la cause de canonisation de frère Marie-Joseph Cassant ou communiquer les faveurs reçues, s’adresser à la sœur vice-postulatrice : Abbaye Sainte Marie-du-Rivet 33 124 Auros (France). L’adresse mail : v.postulatrice.bx.cassant@gmail.com .

  • La guérison reconnue comme miracle pour sa béatification est racontée dans l’article de la rubrique « Un saint, un miracle » : « Marie-Joseph Cassant obtient la guérison d’un enfant condamné ».

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