Ignace Maloyan, martyr du Christ au temps du génocide arménien
Jeune archevêque de la communauté arménienne de Mardin, en Turquie, Mgr Ignace Maloyan est un pasteur pieux et érudit, soucieux du bien-être matériel non seulement de ses ouailles, mais aussi de tous les habitants de la ville, musulmans compris. Il est hautement estimé des autorités ottomanes, qui l’ont même gratifié de l’une des décorations les plus prestigieuses de l’Empire. Mais, en avril 1915, lorsque débute l’épouvantable génocide des Arméniens, il est lui aussi en danger à cause de sa foi. Le 11 juin, il est tué après avoir été torturé.
Les raisons d'y croire
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Nous sommes parfaitement documentés sur les atrocités commises contre les chrétiens arméniens par l’État ottoman à partir d’avril 1915. Le récit du martyre de l’archevêque de Mardin est donc un document quasi contemporain qui ne saurait être mis en doute.
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L’étonnant est qu’il ressemble de manière frappante aux passions des martyrs de l’Antiquité. Même si l’on peut alléguer que Mgr Maloyan les avait lues, s’en souvenir devant le tribunal et les citer ainsi de mémoire demande un tel héroïsme qu’il faut supposer qu’à toutes les époques, et dans les mêmes circonstances, l’Esprit Saint souffle des réponses similaires aux chrétiens qui ont besoin d’être soutenus.
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Très estimé des autorités locales, qui chercheraient volontiers un moyen de le sauver, Mgr Maloyan pourrait se mettre à l’abri et s’épargner une mort atroce. Mais, tout son peuple ne pouvant en faire autant, il décide de rester avec lui.
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Il sait très bien qu’il risque la mort, puisqu’il rédige son testament. Le prélat décide lucidement d’assumer son rôle de chef spirituel et de modèle. Vrai chrétien, il estime son amour du Christ plus précieux que sa propre vie. Il faut une grande abnégation, une grande charité et un grand sens du sacerdoce pour choisir de se sacrifier ainsi. Seul le Christ peut donner cette force que rien ne va ébranler.
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Ignace Maloyan se fait le soutien et le défenseur des chrétiens, sachant qu’il attire pourtant ainsi sur lui la fureur des autorités locales, qui font de son apostasie une priorité. Inquiété à compter de la mi-avril 1915, il est arrêté le 3 juin avec une trentaine de ses fidèles.
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Sommé d’apostasier, frappé si brutalement qu’il pense devoir mourir sous les coups, Maloyan n’en refuse pas moins de renier le Christ. Il se borne à répéter : « Seigneur, aie pitié de moi, Seigneur, donne-moi la force ! » À la stupeur générale, il tient bon, empli d’un héroïsme qui laisse les bourreaux ahuris lorsqu’ils le voient se relever et marcher jusqu’au lieu du supplice alors qu’ils viennent de lui arracher les ongles des pieds et que la douleur est insoutenable.
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L’exemple de l’archevêque transporte ses compagnons, qui répètent : « Tuez-nous. Nous vous montrerons comment un chrétien meurt pour sa foi. » Les magistrats musulmans sont forcés de reconnaître qu’ils sont dépassés par ce qu’ils voient. Ainsi voit-on se renouveler le don de la vertu de force chez les chrétiens.
En savoir plus
Né à Mardin, en Turquie, le 19 avril 1869, Choukrallah Maloyan manifeste dès l’enfance une attirance pour le sacerdoce. À quatorze ans, son curé l’envoie alors étudier dans le monastère libanais de Bzommar. Il en sortira en 1896, devenu prêtre à l’occasion de la fête du Sacré-Cœur, qui restera toujours au centre de sa spiritualité et de son enseignement. Il prend alors le nom d’Ignace, en souvenir du grand évêque martyr d’Antioche à la fin du Ier siècle, qui demeurera son exemple. Ses supérieurs l’envoient l’année suivante parfaire ses études en langues anciennes et modernes à Alexandrie, puis au Caire. En 1904, Mgr Sabbaghian, admirant la piété et la modestie de ce jeune prêtre exemplaire, le prend comme secrétaire particulier, puis incite à le donner pour adjoint au vieil archevêque de Mardin, auquel il succède en 1911. Devenu archevêque, Mgr Maloyan veille à transmettre à ses ouailles sa dévotion à Notre Dame et au Sacré Cœur, qui modèle sa vie sacerdotale. Il est aussi pleinement au service de sa communauté et de toute la population dans leurs besoins matériels, ce qui lui vaut d’être décoré par les autorités pour son activité caritative.
En 1915, il est très vite évident que les accusations portées contre les Arméniens sont fabriquées dans le but de les perdre. Ainsi accuse-t-on ceux de Mardin de cacher des armes à l’archevêché en vue d’une insurrection.
L’excellente opinion que l’on a de lui ne lui épargnera ni l’arrestation ni le martyre, mais elle explique pourquoi le préfet, dans un accès de colère joué, lui évite, en lui tirant une balle dans la nuque, les tortures qui l’attendaient encore. Alors qu’il vient d’être atteint par ce tir mortel, Mgr Maloyan a encore la possibilité de dire : « Seigneur, entre tes mains, je remets mon esprit ! ». Le déroulé du procès de Mgr Maloyan rappelle de façon étonnante celui du Christ. Ainsi est-il parfaitement prêtre associé à la Passion de son Maître. Il aura soutenu jusqu’au bout le courage de ses compagnons, leur donnant une dernière absolution. Il avait quarante-six ans.
Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.
Au delà
Honorant à travers lui les centaines de milliers de victimes innocentes du génocide arménien, l’Église l’a canonisé le 19 octobre 2025, le donnant en exemple à tous les chrétiens persécutés.
Aller plus loin
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Une biographie de saint Ignace Maloyan est disponible sur le site du Vatican.
En complément
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L’article du journal L’Orient Le Jour : « Le pape approuve la canonisation de l’évêque arménien catholique Ignace Maloyan ».
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Raymond Kévorkia, Le Génocide des Arméniens, Paris, Odile Jacob, 2006.
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Taner Akçam, A Shameful Act : The Armenian Genocide and the Question of Turkish Responsibility, New York, Metropolitan Books, 2006.
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Les articles de l’Encyclopédie mariale sur l’Arménie .
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L’article 1 000 raisons de croire : « La Providence à l’œuvre dans la conversion de l’Arménie ».