Je m'abonne
© CC0/wiki
Les visionnaires
Valladolid (Espagne)
Nº 938
14 mai 1733

Le jour où le Sacré Cœur se révéla à l’Espagne

En 1733, Bernardo de Hoyos, jeune jésuite espagnol de vingt et un ans, découvre à Valladolid la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Après la communion, le jour de l’Ascension, il reçoit une grâce mystique : il contemple le Cœur du Christ brûlant d’amour, entouré d’épines et surmonté de la Croix, et entend cette promesse : « Je régnerai en Espagne, et avec plus de vénération que dans bien d’autres régions. » Cette révélation, transmise par le père Juan de Loyola, est à l’origine d’un profond renouveau spirituel. Comme le Christ le lui annoncera le 4 juin 1733, la dévotion au Sacré-Cœur connaîtra un rayonnement exceptionnel dans l’Église. Béatifié en 2010, Bernardo est l’un des grands témoins de cet amour du Christ qui appelle les âmes à revenir à Dieu.


Les raisons d'y croire

  • L’authenticité du dossier s’appuie sur des sources très proches des faits. La promesse a été transmise par le père Juan de Loyola, directeur spirituel de Bernardo : il le connaissait donc de la manière la plus intime qui soit. Le Tesoro escondido, publié à Valladolid en 1734, est le premier grand traité espagnol consacré au Sacré Cœur. Rédigé dans l’entourage immédiat de Bernardo, il se diffuse du vivant même du jeune jésuite, c’est-à-dire au plus près des événements.

  • Bernardo de Hoyos n’a rien d’un exalté qui cherche à imposer ses visions. Les sources le montrent prudent, obéissant, attentif au discernement de ses supérieurs. Il ne fait pas de ses grâces intérieures un sujet de conversation, et ses compagnons d’études ignorent l’essentiel de sa vie mystique. Cette réserve compte beaucoup : elle donne à son témoignage un poids que n’aurait pas une spiritualité mise en scène.

  • La révélation du 14 mai 1733 se déroule dans un cadre très précis : à Valladolid, dans l’église du collège Saint-Ambroise, le jour de l’Ascension, après la communion. Bernardo reçoit alors cette promesse du Christ : « Je régnerai en Espagne, et avec plus de vénération que dans bien d’autres régions. »

  • Rien, humainement, ne prédisposait ce jeune jésuite à transformer durablement la piété d’un pays. Lorsqu’il reçoit la mission de faire connaître le Sacré Cœur en Espagne, Bernardo est un simple étudiant jésuite, sans charge officielle, sans influence personnelle, et de santé fragile. Il sera ordonné prêtre avec dispense d’âge, puis mourra du typhus à vingt-quatre ans, après moins d’un an de ministère sacerdotal. L’ampleur de ce qui naît autour de lui contraste avec la petitesse de ses moyens.

  • Le message confié à Bernardo est pleinement conforme à la foi de l’Église et s’éloigne des formes de rigorisme spirituel en vogue à son époque. S’il avait voulu se faire un nom par un mysticisme inventé, il aurait sans doute repris les accents les plus sévères alors à la mode. Or, la dévotion au Sacré Cœur va dans un autre sens : elle rappelle que Dieu n’est pas un maître lointain dont il faudrait avoir peur, mais le Sauveur qui livre son Cœur pour les hommes, et dont l’amour nous précède toujours.

  • Le « règne » promis par le Christ ne doit pas être compris comme politique. Il renvoie à la souveraineté de l’amour du Christ : un règne intérieur, spirituel, fait de conversion, de réparation, de prière et de charité concrète.

  • Les fruits apparaissent presque immédiatement. En 1734, le Tesoro escondido devient le premier grand traité espagnol consacré au Sacré Cœur ; en 1735, une première neuvaine publique est organisée à Valladolid. En très peu de temps, cette dévotion encore peu connue s’enracine dans la péninsule ibérique. Le père Juan de Loyola lui-même s’étonne que des hommes instruits et prudents aient été touchés par l’élan d’un religieux si jeune.

  • Le rayonnement ne s’éteint pas avec la mort de Bernardo. La fête du Sacré-Cœur est accordée à l’Espagne par Pie VII en 1815 ; l’Espagne est consacrée au Sacré Cœur au Cerro de los Angeles en 1919 ; le sanctuaire de Valladolid devient sanctuaire national de la Grande-Promesse en 1941, puis basilique mineure en 1964.

  • Avant de reconnaître les faits, l’Église a exercé un discernement long et prudent. Ses vertus héroïques ont été soigneusement étudiées, puis reconnues, au terme d’un examen exigeant de sa vie, de ses écrits et de sa réputation de sainteté.

  • Plusieurs miracles ont été rapportés en lien avec Bernardo de Hoyos. Dans le cadre du procès de béatification, l’Église a enquêté de manière rigoureuse sur l’un d’eux : la guérison de Mercedes Cabezas, attribuée à son intercession. Après examen, ce miracle a été reconnu authentique, et Benoît XVI a autorisé le décret correspondant le 17 janvier 2009.

  • En reconnaissant, après enquête, le sérieux de son témoignage, l’Église atteste que l’exemple de Bernardo, ainsi que les révélations liées au Sacré Cœur, peuvent être proposés aux fidèles


En savoir plus

Au printemps 1733, Bernardo de Hoyos est étudiant en théologie au collège Saint-Ambroise de Valladolid. Il a vingt et un ans. La dévotion au Sacré Cœur, déjà répandue en France depuis les révélations reçues par sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial, reste encore peu connue en Espagne. C’est par un chemin très simple qu’elle entre dans la vie de Bernardo : à la fin du mois d’avril, le père Agustin de Cardaveraz lui demande de traduire un passage latin du De cultu sacratissimi Cordis Jesu, ouvrage du jésuite Joseph de Gallifet consacré au culte du Cœur de Jésus. Bernardo prend le livre à la bibliothèque du collège le 3 mai. Sa lecture le bouleverse.

Après celle-ci, il se rend devant le saint sacrement. Là, dans le silence de l’oraison, il s’offre au Cœur de Jésus pour coopérer à la diffusion de cette dévotion. Le lendemain, le 4 mai, Bernardo comprend intérieurement qu’il reçoit une mission. Le Christ ne lui fait pas connaître les richesses de son Cœur pour lui seul, mais pour que d’autres puissent les goûter à travers lui.

Dix jours plus tard, le 14 mai 1733, jour de l’Ascension, la communauté célèbre la messe solennelle dans l’église du collège. Les étudiants jésuites se tiennent dans le presbytère, de part et d’autre du maître-autel. Après la communion, Bernardo fait une expérience mystique. Il contemple le Cœur de Jésus entouré d’épines, surmonté de la Croix, ouvert et brûlant d’amour. Le Cœur montré à Bernardo est celui du Crucifié ressuscité, le Cœur blessé d’où jaillit l’amour du Sauveur pour les hommes.

Bernardo prie alors la Très Sainte Trinité pour que la fête du Sacré-Cœur soit établie en Espagne, où, selon ses propres mots, il semble qu’on n’en ait « pas même le souvenir ». C’est dans cette prière que se situe cette parole du Christ : « Je régnerai en Espagne, et avec plus de vénération qu’ailleurs. » Dans une autre formulation, plus complète, le sens est : « Je régnerai en Espagne, et avec plus de vénération que dans bien d’autres régions. » La nuance importe, mais le cœur du message reste le même : le Cœur de Jésus sera honoré d’une manière particulière en Espagne.

Le contenu de cette promesse ne se comprend qu’à la lumière de la véritable dévotion au Sacré Cœur. Il ne s’agit pas d’un règne extérieur, imposé par la puissance. Le règne du Cœur de Jésus désigne d’abord l’accueil de son amour : une vie chrétienne plus confiante, plus eucharistique, plus réparatrice, plus attentive aux offenses faites à Dieu et aux blessures des hommes. Dans cette spiritualité, la réparation consiste à répondre à l’indifférence par l’amour, à unir la prière, la communion, l’offrande de soi et la charité concrète.

Le 4 juin 1733, le Christ lui annonça que la fête de son Cœur deviendrait un jour « la fête la plus célébrée dans l'Église après celle du Corpus Christi ». Et le 12 juin, Bernardo se consacre personnellement au Sacré Cœur, selon une formule inspirée de saint Claude La Colombière, le grand compagnon spirituel de sainte Marguerite-Marie. Bernardo s’offre lui-même au Cœur du Christ avant de travailler à le faire connaître.

Autour de lui se forme un petit réseau de jésuites convaincus, parmi lesquels le père Juan de Loyola et le père Cardaveraz. Le premier sermon public sur le Sacré Cœur est donné à Bilbao dès le 11 juin 1733. Puis vient la rédaction du Tesoro escondido, publié à Valladolid en 1734. Cet ouvrage est le premier grand traité espagnol consacré au Sacré Cœur : il est destiné à faire connaître son culte, sa doctrine spirituelle, la consécration, la réparation et l’amour eucharistique. Il naît dans l’entourage immédiat de Bernardo, avec l’aide du père Loyola.

Bernardo meurt deux ans plus tard, le 29 novembre 1735, à vingt-quatre ans. Son ministère sacerdotal a été très bref, mais la mission reçue à Valladolid lui survit. Le sanctuaire de la Grande-Promesse gardera la mémoire du lieu où l’événement s’est déroulé, et la dévotion au Sacré Cœur s’enracinera profondément dans la vie spirituelle espagnole.

Antoine de Montalivet a étudié la philosophie et la théologie au séminaire diocésain de Fréjus-Toulon.


Aller plus loin

Henri Béchard, The Visions of Bernard Francis de Hoyos, S.J., Apostle of the Sacred Heart in Spain : A Biography, New York, Vantage Press, 1959. Peut être consulté en ligne .


En complément

Précédent
Voir tout
Suivant