Diego Oddi, le visage paisible du Christ
En entrant chez les Frères capucins de saint François d’Assise, Giuseppe Oddi prend le nom de Diego – « Didace » en français. Frère quêteur d’un petit couvent dans les collines romaines près de Subiaco, il partage son temps entre la prière, le service humble de sa communauté et le témoignage auprès de ceux qu’il rencontre. Quand il ne parle pas à Dieu, il parle de celui-ci aux hommes, avec la simplicité de ceux qui vivent d’abord ce qu’ils annoncent. Sa paix, sa joie et sa compassion pour les malheureux ont marqué ses contemporains, qui voyaient en lui un vrai fils de saint François.
Les raisons d'y croire
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À vingt ans, alors qu’il travaille aux champs, Giuseppe entend un appel mystérieux. Ses visites à l’église, auprès de Jésus Eucharistie, éclairent cet attrait intérieur et le font mûrir. Quelques mois plus tard, il se rend à Bellegra, au couvent des Frères mineurs capucins – religieux issus de la réforme, en 1525, de l’ordre fondé au XIIIe siècle par saint François d’Assise.
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La vie simple et laborieuse des frères l’attire parce qu’elle témoigne d’une réalité plus profonde. La présence de Dieu se trouve au centre de toutes les heures du jour comme de la nuit : la prière des frères, autant que leur travail, exprime leur adoration, leur contrition, leurs louanges et leurs demandes présentées à Dieu. Le chant des Psaumes, parole de Dieu confiée aux hommes, manifeste sa sollicitude envers ses enfants bien-aimés.
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Au printemps 1864, une nouvelle visite au couvent de Bellegra lui fait comprendre que Dieu l’y attend. Il s’entretient avec le frère Marien de Roccacasale, frère tourier du couvent, alors âgé de quatre-vingt-douze ans. Celui-ci lui explique que l’attrait qu’il porte dans son cœur est une invitation divine à renoncer à toutes choses pour ne plus considérer que Jésus-Christ : lui seul est important ; le reste est secondaire.
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Giuseppe décide alors de se consacrer à Dieu pour toujours, en demandant à être reçu comme religieux. La Règle pour les ermitages, approuvée par le pape Honorius III en 1226, stipule : « La règle de vie des Frères mineurs est la suivante : observer le saint Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ, en vivant dans l’obéissance, sans biens propres et en chasteté » (ch. 1). Giuseppe accepte ces sacrifices : Jésus-Christ ne s’est-il pas, le premier, sacrifié sur la Croix pour lui ?
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Mais ses parents s’opposent à son pieux projet. Giuseppe repousse donc son entrée en religion, attendant que la grâce divine les convainque du bien-fondé de sa décision. Dans cette épreuve, il montre à la fois une respectueuse soumission filiale, puisque le travail d’un garçon à la ferme sert au bien de toute la famille, et une grande espérance en Dieu, avec son corollaire : la persévérance dans son dessein. Dieu, qui permet ce retard, saura y mettre un terme et lui donnera un jour de répondre à son appel.
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De fait, il est reçu définitivement dans l’ordre franciscain en 1889. Nommé quêteur du couvent, c’est-à-dire chargé de demander l’aumône, il parle à tous ceux qu’il rencontre de l’amour divin qui a poussé Jésus-Christ à mourir sur la Croix pour sauver les hommes du démon et du mal. Tous s’étonnent : sait-il seulement lire ou écrire ? C’est qu’il puise dans la prière incessante une connaissance par connaturalité – c’est-à-dire vécue –, des choses de Dieu.
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À l’image de saint François d’Assise, le frère Diego attire au Christ par la paix joyeuse qui transparaît dans ses paroles, au point qu’on le qualifie d’« ange de paix ». Il réconforte les indigents et les éprouvés qu’il croise, et leur laisse entrevoir le bonheur du Ciel après les souffrances de la vie ici-bas. L’homme qui tient son regard fixé vers Dieu et n’envisage les événements de chaque jour qu’en tant qu’ils servent à marcher vers lui ne peut que devenir paisible et joyeux : l’agacement, la nervosité, la morosité et les récriminations sont autant de signes que l’on demeure encore attaché aux plaisirs matériels et sensibles.
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L’homme qui cherche à connaître Dieu et à lui ressembler en obéissant à ses commandements lui devient peu à peu semblable. Or Dieu est l’Être parfait : rien ne lui fait défaut ; c’est pourquoi il est pleinement heureux. L’homme attiré par les plaisirs du monde est divisé contre lui-même. Mais dès qu’il commence à prier, et qu’il met sa vie en accord avec sa prière, il devient plus unifié, parce que Dieu est simple, c’est-à-dire non composé d’éléments contradictoires, comme l’est l’homme. Ce processus de renoncement à la vanité des choses pour cheminer vers Dieu, unique nécessaire, engendre la sérénité et la joie de l’âme. Le frère Diego en est le témoin vivant pour tous ses contemporains : « Ecco un vero figlio di san Francesco » – « C’est un vrai fils de saint François d’Assise » –, a dit de lui le pape saint Pie X.
En savoir plus
Giuseppe Oddi naît à Vallinfreda, bourg situé à l’est de Rome, au-delà de Tivoli, le 6 juin 1839. Sa famille est pauvre, mais pieuse.
Il entre en 1871 au couvent de Bellegra, où il est d’abord accueilli comme oblat. C’est une retraite contemplative. Le village se trouve non loin de Subiaco, sur une colline, au milieu de la forêt qui s’étend jusqu’aux vallées. En 1889, il peut prononcer les vœux solennels, qui l’engagent pour toujours. Il est alors nommé quêteur du couvent, c’est-à-dire chargé de demander l’aumône. Les capucins font en effet vœu de pauvreté absolue, de sorte que rien n’appartient à la communauté. Pendant quarante ans, il parcourt les routes de Bellegra à Subiaco pour solliciter la charité des fidèles. Il passe ses nuits en prière dans les églises des villages qu’il traverse. Son union permanente avec Dieu transparaît dans la sagesse et la foi de ses discours : on ne peut bien parler que de celui que l’on fréquente assidûment.
Son recueillement et sa piété lorsqu’il sert la messe ne laissent personne indifférent et témoignent à tous de la réalité du sacrement de la sainte Eucharistie. La messe est en effet le renouvellement du sacrifice de la Croix, qui sauve les hommes de l’emprise du démon et leur rend la liberté pour marcher vers Dieu. C’est aussi Jésus-Christ qui se rend personnellement présent, comme un homme l’est à un autre qu’il rencontre, et qui s’offre dans la communion sacramentelle. Jésus-Christ est présent au tabernacle des églises : voilà pourquoi le frère Diego y passe tant de temps.
Il meurt le 3 juin 1919.
Il est béatifié en même temps que le frère Mariano da Roccacasale, le 3 octobre 1999 à Rome, par le pape Jean-Paul II. Sa fête est fixée au 3 juin, jour anniversaire de sa mort.
Aller plus loin
Une brève biographie est présentée par le livret de la cérémonie du jour de la béatification, fondée sur les résultats de l’enquête romaine sur la vie de Diego Oddi : Cappella papale presieduta dal Santo Padre Giovanni Paolo II, per la beatificazione dei Servi di Dio Ferdinando Maria Baccilieri, Edward Joannes Maria Poppe, Arcangelo Tadini, Mariano di Roccacasale, Diego Oddi e Nicola da Gesturi : Piazza San Pietro, 3 ottobre 1999, 27e domenica del tempo Per Annum, Citta del Vaticano, Tipografia Vaticana, 1999.
En complément
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L’Osservatore Romano, 1999, numéro 40, p. 1-3 et numéro 41, p. 2.
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Jean-Paul II, « Homélie pour la béatification de Ferdinando Maria Baccilieri, Edward Joannes Maria Poppe, Arcangelo Tadini, Mariano da Roccacasale, Diego Oddi et Nicola da Gesturi », Vatican, 3 octobre 1999.
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La biographie du site Internet Santi e Beati , en italien.