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Une vague de charité unique au monde
Messine (Italie)
Nº 935
1851 – 1927

Annibale, appelé par le Maître à la moisson

Né en 1851 en Italie, descendant des rois de France, Annibale Maria di Francia appartient à la plus haute noblesse. Mais une double rencontre, dans la prière avec le Christ quand il a dix-sept ans, et dix ans plus tard avec un mendiant, va bouleverser sa vie. Il abandonne tout rêve de carrière mondaine et, devenu prêtre en 1878, se voue à l’évangélisation du quartier le plus misérable de Messine. Il fonde aussi deux congrégations consacrées à la prière pour les vocations et au service des plus pauvres. Il meurt le 1er juin 1927.


Les raisons d'y croire

  • Issue d’une grande famille de l’aristocratie, Annibale Maria bénéficie d’une excellente éducation. Les grands dons intellectuels du jeune homme, un précoce talent de poète, semblent le destiner à une belle carrière dans le monde. Pourtant, il va y renoncer sans regret et définitivement à dix-sept ans alors qu’il prie devant la statue miraculeuse de l’Enfant Jésus appelée le Bambillo. Il entend alors nettement résonner à ses oreilles en latin la parole de l’évangile : « Demandez au Maître de la moisson qu’Il envoie des ouvriers pour la moisson » ( Mt 9,38 ). Il reçoit en même temps une compréhension soudaine et profonde de ce verset : il comprend que la pénurie de prêtres constitue l'un des plus grands maux qui puissent frapper l'Église.

  • Bien entendu, le jeune homme commence par s’appliquer à lui-même cet appel et abandonne tout pour entrer au séminaire. Il est ordonné prêtre le 16 mars 1878.

  • L’on peut s’attendre à ce qu’il fasse carrière dans les hautes sphères de l’Église mais il choisit un tout autre champ d’apostolat. C’est parce que l’appel reçu jadis continue de le poursuivre. Ce ne serait pas le cas s’il l’avait imaginé. L’abbé di Francia obtient la permission d’aller vivre dans le quartier misérable de Casa Avignone, une sorte de bidonville où s’entassent les plus défavorisés de Messine sans secours d’aucune sorte ni même une chapelle ou un prêtre. Don di Francia se consacre à ses pauvres, alliant à des œuvres de secours une véritable évangélisation. Il fonde des orphelinats pour recueillir les enfants sans famille ou abandonnés.

  • Il ose alors ce que personne n’a jamais fait : installer en 1886 un oratoire avec la Présence réelle au sein de ce quartier gangrené par le vice, estimant que seul Jésus peut transformer les cœurs. Cette foi en l’Eucharistie est rare mais efficace. La vie de la population et du quartier s’en trouve métamorphosée.

  • Il est chargé de l’accompagnement spirituel des séminaristes du diocèse auxquels il tente de transmettre son amour du Christ. Il constate que la pratique religieuse reprend là où la population rencontre des prêtres véritablement habités par Jésus et capables de le faire aimer.

  • Il reçoit alors du Ciel l’inspiration de fonder une congrégation entièrement dédiée à la prière pour les vocations. En 1887, il réunit des jeunes filles qui deviendront les Filles du divin zèle du Cœur de Jésus. Hélas, la jeune congrégation connaît de lourdes difficultés sur le plan de la discipline, au point qu’en 1895, l’archevêque envisage de cesser l’expérience. Annibale Maria s’en remet alors à Notre-Dame qu’il a instituée supérieure générale, lui abandonnant le soin de sauver ou pas sa fondation. Une pareille humilité, un pareil abandon sont rares. Telle une réponse à ses prières, il apprend la présence dans le diocèse de Lecce de Mélanie Calvat, sœur Marie de la Croix, la voyante de la Salette .

  • La vie religieuse de Mélanie Calvat avait connu de nombreuses difficultés et plusieurs changements de communauté. Il faut de l’audace, connaissant le passif de la religieuse, pour faire appel à elle. Il y a dans cette prise de risque la main de Dieu puisque ce choix va les tirer tous deux d’une impasse. Les treize mois que sœur Marie passa à la tête de la congrégation, période demeurée dans les mémoires comme « l'année de toutes les bénédictions », marquèrent un tournant décisif. Ce succès permet la fondation, en 1897, d’une branche masculine, les Rogationnistes du Cœur de Jésus qui prient perpétuellement pour les vocations. Marie a donc vraiment pris les choses en main.


En savoir plus

Annibale Maria, né le 5 juillet 1851 à Messine a le malheur de perdre son père, Francesco di Francia, marquis de Santa Caterina d’Ilio, alors qu’il n’a que quinze mois, deuil qui le marquera profondément et l’incitera à une infinie compassion envers les orphelins.

Ordonné prêtre en 1878, il est profondément marqué par la misère matérielle et spirituelle des quartiers les plus pauvres de sa ville. Il ne se contente pas de leur apporter une aide matérielle, convaincu que la charité doit s'accompagner d'une évangélisation authentique.

Cependant, en dépit du bien qu’il opère, Annibale Maria demeure insatisfait. Comme il le dit : « Qu’est-ce en comparaison des millions d’âmes qui se perdent ? » Ce souci du salut est immense chez lui et permanent. Il sait que le vrai secours ne peut venir que du Christ eucharistique et du sacerdoce. Il sait que le monde et la catholicité meurent de n’avoir pas assez de prêtres « amoureux du Christ ». Tout en poursuivant ses œuvres de charité et son assistance spirituelle aux séminaristes, il fonde deux congrégation, féminine et masculine, entièrement dédiée à la prière pour les vocations.

La grande intuition d’Annibale Maria est d’associer les laïcs à ces demandes en créant la pieuse union de la Rogation évangélique dont s’inspirera Paul VI pour lancer la Journée mondiale des vocations et en 1908 la revue Dieu et le prochain diffusée à 800 000 exemplaires, dont l’imprimerie donnera du travail à tout le quartier d’Avignone.

La même année, le 28 décembre, un terrible tremblement de terre ravage Messine et les Pouilles, faisant près de cent mille morts. Cette catastrophe naturelle multiplie son travail auprès des orphelins et des malheureux, mais elle n’abat l’abbé di Francia. Grâce à sa rencontre avec Luigi Orione , autre figure de sainteté originaire de Turin, la situation permet de créer pour la première fois un courant de solidarité entre le Nord et le Sud de l’Italie. Soutenu par le pape Pie X, Annibale Maria a la joie d’assister à l’épanouissement, qu’il ne s’attribuera jamais, de sa congrégation bientôt répandue dans le monde entier.

Il s’éteint le 1er juin 1927 à Messine. Jusqu’à la fin, il dira que le pire châtiment que Dieu puisse envoyer est de n’avoir plus de vocations. Il a été canonisé le 16 mai 2004.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin

Le dossier disponible sur le site du Dicastère pour la cause des saints.


En complément

  • Joseph Blouin, Saint Annibal Marie de France, Téqui, 2014.

  • Saint Annibal Marie de France, Scritti, Edizione Rogati, 2007.

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