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Les martyrs
Espagne et Maroc
Nº 929
Vers 1563 – 24 mai 1631

Jean de Prado, franciscain martyr au Maroc

Né vers 1563 à Morgovejo (province de Leon, Espagne) dans une famille noble, Jean de Prado mène de brillantes études à l’université de Salamanque. Mais, à vingt et un ans, il abandonne tout pour Dieu. Il devient franciscain en 1584, puis il est ordonné prêtre. Ses supérieurs le nomment alors prédicateur, mission dans laquelle il excelle. En 1613, il est choisi comme missionnaire au Maroc, où le sultan Mulaj al-Walid persécute les chrétiens. Emprisonné, condamné au travail forcé dans une mine de salpêtre, Jean résiste par la force de sa prière et soutient avec succès les prisonniers chrétiens. Apprenant cela, le sultan le condamne à mort.


Les raisons d'y croire

  • Jean de Prado possède une solide formation intellectuelle, acquise à l’université de Salamanque, et occupe des fonctions importantes chez les Franciscains, jusqu’à devenir ministre provincial en Andalousie. Jean est un homme structuré, cultivé et reconnu pour son jugement. Il n’a rien d’un exalté.

  • Lorsqu’il part pour le Maroc, en 1613, la situation des missionnaires y est dramatique : plusieurs sont morts de la peste et le climat politique devient de plus en plus hostile aux chrétiens. Jean sait parfaitement ce qu’il risque. Il laisse derrière lui une situation honorable et relativement confortable. Humainement, rien ne l’oblige à aller risquer sa vie.

  • À Marrakech, le nouveau sultan lui propose rapidement de quitter le pays. Jean aurait pu accepter sans déshonneur : il avait déjà obéi en venant, et la prudence pouvait sembler justifier son départ. Pourtant, il refuse calmement cette issue. Ce n’est pas qu’il cherche volontairement le danger, il veut rester auprès des chrétiens abandonnés à la peur, à la captivité et aux persécutions. Son courage prend ici une forme simple : rester où il est.

  • Issu d’une famille noble et habitué à l’honneur et aux responsabilités importantes, il accepte pourtant les humiliations, l’emprisonnement et la condamnation aux travaux forcés, sans esprit de révolte. Envoyé dans une mine de salpêtre, il ne cherche ni à négocier ni à préserver sa dignité. En ceci il imite à la perfection le fondateur de son ordre, saint François d’Assise.

  • Dans la mine, Jean se met aussitôt au service des autres détenus. Il prie avec eux, les encourage, les relève lorsque la peur ou l’épuisement les accable, et leur rappelle que leur joie ne dépend pas de leurs chaînes, mais de leur union au Seigneur Jésus-Christ. Son influence sur les autres prisonniers devient si forte et si positive que les gardiens finissent par le dénoncer à leurs supérieurs. Même réduit aux travaux forcés, il demeure prêtre jusqu’au bout.

  • Les récits de sa captivité insistent sur sa douceur constante. Personne ne l’entend maudire ses bourreaux ni répondre à la violence par la haine. Jusqu’au bout, il prie pour ceux qui le persécutent. Cette attitude évoque directement les paroles du Christ sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

  • Lorsqu’on lui offre la vie sauve en échange d’un reniement public, Jean ne dramatise pas, ne plaide pas et ne cherche pas à échapper au supplice. Il choisit de demeurer fidèle au Christ, conscient de l’exemple qu’il doit donner à ceux qui l’entourent et le regardent. Son martyre est le fruit d’un choix libre.

  • Les témoins rapportent qu’il affronte son supplice avec une paix étonnante. Brûlé vif après avoir été torturé, il ne sombre ni dans le désespoir ni dans la haine. Cette sérénité devant une mort atroce a profondément marqué et inspiré les autres prisonniers.

  • Son souvenir se diffuse rapidement en Espagne et chez les franciscains du Maroc, qui conservent précieusement le récit de sa mort. L’Église procède ensuite à un examen officiel de sa vie et de son martyre, avant sa béatification par Benoît XIII en 1728, selon les procédures rigoureuses alors en vigueur.


En savoir plus

Né vers 1563 à Morgovejo, dans la province de Leon, Jean de Prado appartient à une famille noble. Orphelin très jeune, il se distingue par ses qualités intellectuelles et mène de brillantes études à l’université de Salamanque. Mais, à vingt et un ans, il abandonne tout, convaincu que Dieu l’appelle à une autre vie.

Il entre chez les Franciscains en 1584, puis il est ordonné prêtre après un solide parcours de théologie. Rapidement, ses supérieurs remarquent ses dons de prédicateur, sa sûreté doctrinale et son sens pastoral. Il devient maître des novices, puis ministre provincial de la province franciscaine de San Diego, en Andalousie. Tous les témoignages le présentent comme un religieux exemplaire : obéissant, humble, charitable, capable d’assumer des charges importantes sans perdre l’esprit de saint François.

En 1613, les franciscains établis au Maroc sont décimés par la peste. À la demande du Saint-Siège, il faut envoyer de nouveaux missionnaires auprès des chrétiens captifs et des petites communautés restées sur place. Jean de Prado est sollicité. Il accepte avec joie. À cette date, le sultan Abd al-Malik ben Zaidan accepte encore la venue de missionnaires chrétiens.

La situation change bientôt. À la mort du sultan, son frère Mulaj al-Walid lui succède et se montre beaucoup plus hostile envers les chrétiens. Installé à Marrakech, Jean devient rapidement une figure trop visible. Le nouveau pouvoir lui propose d’abord de quitter le Maroc. Il refuse poliment.

Bientôt, le sultan apprend l’accueil que les chrétiens réservent au franciscain, ainsi que l’influence de sa parole auprès des captifs. Jean est arrêté, emprisonné, puis condamné au travail forcé dans une mine de salpêtre. Il ne proteste pas. Il ne répond pas par la violence. Dans la mine, il continue de prier, d’encourager, de bénir et de parler de l’Évangile à ses compagnons d’infortune. Sa présence est assez forte pour inquiéter les gardiens, qui le dénoncent à leurs supérieurs.

Apprenant cela, le sultan le condamne à mort. Le 24 mai 1631, Jean de Prado est brûlé vif, puis son crâne est fracassé. Jusqu’au bout, les témoins rapportent qu’il demeure dans la prière, sans aucune parole de haine envers ses bourreaux.

Son martyre constitue le sommet de sa vie chrétienne. Mais il n’est pas un épisode isolé : il vient couronner une existence entière donnée à Dieu, marquée par l’obéissance, la charité, l’humilité et le service des âmes. Jean de Prado a été béatifié le 24 mai 1728 par le pape Benoît XIII.

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


Aller plus loin

H. Zamora, « Prado, Juan de, OFM », dans Q. Aldea Vaquero, T. Marín Martínez y J. Vives Gatell (dir.), Diccionario de historia eclesiastica de Espana, vol. III, Madrid, Consejo Superior de Investigaciones Cientificas, Instituto Enrique Florez, 1973, p. 2013-2014.


En complément

  • La page dédiée sur le site Internet Santi e Beati .

  • Stéphane Delavelle, Franciscains au Maroc. Huit siècles de rencontres, Marseille, Publications Chemins de dialogue, 2019.

  • B. de San Diego, Vita, Martirio e Miracoli del V. P. Fr. Giovanni de Prado, Roma, 1714.

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