Sœur Blandine Merten : une existence cachée qui a laissé sa trace
Blandine Merten, enseignante et ursuline allemande, est née en 1883 et est morte avant d’avoir fêté ses trente-cinq ans. La surprise, après sa mort, sera de constater l’impact de sa vie sur tous ceux qu’elle a côtoyés et le souvenir qu’elle leur a laissé. En effet, à bien y regarder, l’absence de grands événements, d’œuvres remarquables ou de miracles, n’empêche pas sa vie de témoigner avec force de la puissance de la foi et de l’amour divin dans une vie ordinaire.
Les raisons d'y croire
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Sœur Blandine Merten est morte le 18 mai 1918, alors que les Allemands commençaient à comprendre qu’ils allaient perdre la guerre, et pendant que les bombes écrasaient la ville de Trèves où elle résidait. Autant dire que les gens avaient des préoccupations autrement plus urgentes que le décès, au terme d’une longue agonie, d’une jeune religieuse. Pourtant, à peine la population fut-elle avertie de la mort de l’ursuline, ce fut un vaste mouvement de foule spontané pour aller lui rendre hommage. On dit à l’époque que jamais des obsèques n’avaient attiré autant de monde à Trèves.
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Une telle ferveur s’explique d’autant moins que la défunte, atteinte de tuberculose pulmonaire, ne quittait plus sa chambre depuis des années et qu’elle avait, finalement, peu eu l’occasion de se faire connaître. Il faut une personnalité singulièrement rayonnante pour marquer à ce point les gens qui l’ont rencontrée, plus encore pour que son souvenir perdure près de cinquante ans après sa mort, conduisant à l’ouverture d’un procès de canonisation en 1954. Il y a dans cette persévérance de la mémoire collective un caractère providentiel.
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Maria Magdalena Merten ressent très jeune le besoin d’enseigner. Devenue institutrice à 19 ans en 1902, elle aime beaucoup son métier mais elle s’aperçoit au fil du temps qu’il lui manque l’essentiel : pouvoir parler de Dieu aux enfants qu’elle instruit et leur transmettre sa foi. Alors que cette jolie jeune fille, professionnellement indépendante, pourrait mener une vie laïque agréable, se marier et avoir des enfants, elle décide, à 25 ans, de postuler chez les Ursulines du Mont Calvaire, un ordre religieux d’éducatrices. Son amour du Christ et des âmes l’incite donc à sacrifier tout ce à quoi ses contemporaines aspirent et qu’elle pourrait avoir dans le monde.
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Quand elle prononce ses vœux perpétuels le 4 novembre 1913, elle demande la permission d’y ajouter un vœu d’oblation afin de s’offrir comme victime expiatoire à Dieu. Elle sera largement exaucée.
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De fait, peu après, on lui diagnostique une tuberculose pulmonaire contre laquelle la médecine de l’époque demeure impuissante et dont l’évolution reste systématiquement mortelle. Cette maladie étant hautement contagieuse, sœur Blandine ne peut plus être en contact avec ses élèves. Il faut rapidement la transférer à l’infirmerie. Elle n’en sortira plus. Il n’y a aucune révolte chez cette jeune femme de trente ans qui va mourir et l’accepte sereinement. C’est grâce à sa profonde dévotion eucharistique qu’elle reste unie à Jésus et parvient à lui offrir ses souffrances.
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Chacun, après sa mort, vantera son équilibre, sa bonté et dira ne lui avoir jamais connu un mouvement d’humeur ou de colère. Il faut une grande espérance en la vie éternelle pour ne pas se révolter et réussir à maîtriser les accès de dépression ou d’agacement que provoquent la maladie.
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Son directeur de conscience, futur évêque de Berlin, dira que la voir et lui parler avaient été l’une des plus grandes joies de son ministère et qu’il la tenait pour un ange.
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Ses anciennes élèves et leurs familles se mettent très vite à l’invoquer. Elle avait en effet déclaré à son lit de mort qu’elle serait beaucoup plus utile au Ciel que sur la terre. On lui attribue bientôt de nombreuses grâces . Celle retenue comme miracle pour sa béatification sera la guérison d’un mélanome (cancer de la peau) très agressif dont le pronostic aurait dû être létal à court terme. Elle est béatifiée le 1er novembre 1987.
En savoir plus
Maria Magdalena Merten, née à Düpperweiler le 10 juillet 1883, est la neuvième enfant d’un couple d’agriculteurs qui en ont eut onze. Très pieux, ils lui inculquent le sens de ses devoirs de chrétienne, l’habitude de les accomplir à la perfection en toute chose, un grand amour de la messe et de l’Eucharistie.
Devenue une excellente enseignante, très appréciée et promise à une belle carrière, Maria Magdalena l’abandonne afin d’entrer en 1908 chez les Ursulines pour y transmettre, en sus des savoirs ordinaires, les vertus religieuses et son amour du Christ.
Comme il arrive souvent avec les vocations religieuses plus tardives qui ont connu le monde, l’adaptation est difficile. Celle qui vient de prendre en religion le nom de sœur Blandine connaît de grands tourments. Habituée à gérer sa vie, et à recevoir des compliments pour l’excellence de son travail, elle se sent rabaissée, obligée d’obéir. Son amour-propre souffre et se rebiffe. Cependant, Blandine tient bon et parvient à ne pas répercuter sur son entourage, religieuses ou élèves, ses peines. Il faut une charité étonnante, une grande capacité à s’oublier soi-même et une constante union à Dieu pour parvenir à une telle maîtrise.
Au moment de sa prise d’habit, en demandant la permission de prononcer un vœu d’oblation, elle sait que le Christ, en quête de consolateurs, exauce toujours ou presque ces demandes. Elle n’est donc pas surprise lorsqu’elle tombe malade et doit renoncer à ses activités d’institutrice. Elle laisse à ses élèves le souvenir d’une personne remarquable, d’une grande patience, lumineuse, parfois sévère mais toujours juste et douée d’un grand sens de l’humour.
Même en ses derniers mois, sœur Blandine ne sera jamais « une sainte triste ». Au jour de sa profession, elle a demandé à Jésus la grâce « de l’aimer comme personne ne l’a jamais aimé ». C’est dans cet esprit qu’elle offre les traitements douloureux qu’impliquent sa maladie, son isolement et son inutilité apparente. Elle puise sa consolation dans la proximité de sa chambre de malade avec la chapelle et le Saint Sacrement. Elle dit en souriant : « Jésus et moi sommes si proches ! », boutade qui cache peut-être des grâces mystiques sur lesquelles elle veut rester discrète.
Elle s’éteint le 18 mai 1918, alors que l’artillerie alliée pilonne Trèves, ce qui n’empêchera pas des foules bouleversées d’accourir à l’annonce de sa mort.
Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.
Au delà
La Bienheureuse Blandine Merten fait partie de ces saints dont on peut dire qu’ils n’ont rien fait d’extraordinaire, ce qui les rend heureusement imitables, ainsi que l’a souligné Jean-Paul II lors de sa béatification en 1987. Mais sa vie, chaque jour et dans ses moindres actions, fut un acte d’amour vécu en pleine communion avec le Christ. « Ses tâches et ses devoirs de chaque jour, elle les a accomplis de manière extraordinaire. Après sa mort, sa vie et son action sont apparues dans une lumière telle qu’aujourd’hui l’Église peut la proposer solennellement comme bienheureuse à l’imitation des hommes. »
Aller plus loin
La page Wikipédia en allemand est complète et documentée : Blandine Merten .
En complément
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Gabriel Busch, Schwester Blandina Merten,unsere Lehrerin, 1982. En allemand
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Sur le site des Ursulines du Mont Calvaire , une courte biographie est proposée.
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Une vidéo en ligne en allemand compile des témoignages à son sujet et montre la chapelle Blandine, située au cimetière Saint-Paulin de Trèves.
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Le mur d’exvotos dédiés à Sœur Blandine près de la chapelle Blandine-Merten au cimetière Saint-Paulin à Trèves.
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Hermenegildis Visarius, Bienheureuse Blandine Merten, Ursuline du Calvarienberg, d’après des souvenirs personnels, des lettres et des témoignages privés, 17e édition, Siegburg 2006.