À Salamanque, la montagne où attendait la Vierge
Au XVe siècle, le parisien Simon Roland rêve qu’il trouve une statue de la Vierge au lieu-dit le « rocher de France », sans plus de précisions. Après des recherches vaines, il se rend à Saint-Jacques-de-Compostelle et, à son retour, s’arrête à Salamanque. Là, une « voix » lui désigne une montagne proche : Pena de Francia (« le rocher de France »). Il s’y précipite et s’installe à son sommet. Au cours de la troisième nuit passée là, Marie lui apparaît et l’informe que la statue qu’il recherche est bien ici, enfouie dans la terre. Le 14 mai 1434, il découvre enfin une statue de la Vierge noire. Il consacrera le reste de ses jours à faire connaître son histoire. Un sanctuaire a été édifié près du lieu de la découverte de la statue. Composé d’une église, d’un couvent et de trois chapelles adjacentes, il accueille chaque année des milliers de pèlerins.
Les raisons d'y croire
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Le livre Historia y milagros de Nuestra Senora de la Pena de Francia compile en 1614 les traditions antérieures conservées par les religieux dominicains au sujet des visions de Simon Raymond (qui adoptera par la suite le nom de Simon Vela), de la découverte de la statue, des premiers miracles et des débuts du pèlerinage.
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La description que Simon donne de la statue est en tous points identique à celle qu’il va découvrir sur la montagne : même physionomie, même taille, même degré d’usure. De plus, la statue qu’il décrit est romane. Or la sculpture romane, à partir du dernier quart du XIIe siècle, est éclipsée par le style gothique : la plupart des représentations artistiques de Marie dont Simon a connaissance à Paris sont de facture gothique.
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L’œuvre découverte sur la montagne était en assez mauvais état et nécessita une restauration : on imagine mal pourquoi Simon, qui adorait la Vierge Marie, aurait imaginé de lui-même une statue en bois vieille de trois siècles, abîmée, sans éclat particulier ni qualité esthétique remarquable, enfouie dans la terre depuis des années…
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Aurait-il dérobé la statue puis « organisé » sa découverte ? Tout laisse à penser le contraire : honnête, pieux, courageux, obéissant au clergé, Simon a tout du témoin fiable. Il consacrera les quatre dernières années de sa vie à témoigner de l’apparition de la Vierge Marie et de sa découverte extraordinaire, sans jamais accepter argent ou avantages.
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Il fait la découverte de la statue après des mois de recherches inutiles et dangereuses. S’il s’agissait d’une supercherie, il n’aurait sûrement pas attendu si longtemps. Rappelons aussi qu’à cette époque la dangerosité des pèlerinages est une réalité : banditisme, loups, conflits privés entre seigneurs, maladies, carences alimentaires...
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D’ailleurs la statue n’a pas pu être ensevelie juste avant sa découverte : son mauvais état témoigne d’unedurée importante de séjour dans le sol. D’ailleurs, on ne voit pas ce qui aurait motivé quelqu’un à transporter une statue ancienne au sommet d’une montagne balayée par les vents et dont le sommet s’élève à 1 727 mètres.
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Avant l’apparition – lors de la troisième nuit de son séjour sur la montagne –, Simon n’avait jamais connu la moindre expérience visionnaire et n’avait entendu aucune voix. Sain d’esprit, sa dévotion mariale se traduisait simplement par une prière personnelle et liturgique régulière. Jamais il ne serait resté trois nuits sur la montagne, seul, isolé, dans un contexte naturel hostile, s’il n’avait eu le secours d’une « voix » inexplicable.
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Le sanctuaire a vu les fruits spirituels se multiplier au fil du temps. Bien que les autorités n’aient pas consigné intégralement tous les récits de guérison, comme à Lourdes par exemple, de nombreux fidèles ont témoigné, depuis le XVe siècle, qui d’une guérison, qui d’une conversion définitive, qui d’une vision, qui d’une vocation sacerdotale ou religieuse.
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Juana Hernandez, habitante de la région, morte de la peste en 1424, avait prophétisé sur son lit de mort la découverte à venir d’une image de la Vierge Marie dans la région. La mémoire de cette femme, inhumée aux côtés de Simon, continue d’être célébrée tous les ans.
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La pérennité du pèlerinage plaide vraiment en faveur de l’authenticité des faits. Depuis 592 ans, des milliers de fidèles se rendent au sanctuaire Notre-Dame-du-Rocher, qui, pourtant, fut bâti sur un endroit escarpé, complètement désert l’hiver tant les conditions naturelles y sont mauvaises.
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La statue de Notre Dame du Rocher de France a été publiquement couronnée le 4 juin 1952 par l’évêque de Salamanque, Mgr Francisco Barbaro Viejo. Notre Dame du Rocher de France est en outre reconnue comme patronne de la province de Salamanque et de la communauté de Castille-et-Léon, ainsi que comme protectrice du Portugal. Une telle reconnaissance liturgique et populaire montre que le sanctuaire ne relève pas d’une légende locale éphémère, mais d’un culte ancien, stable et reconnu officiellement par l’Église.
En savoir plus
Au XVe siècle, un Parisien très pieux, Simon Roland, fait un rêve étrange, au cours duquel il trouve une statue de la Vierge Marie datant de l’époque romane, dans un endroit appelé le « rocher de France », mais sans plus de précisions. Il se met aussitôt en quête de la trouver, et il parcourt la France en long et en large pendant des mois. Mais en vain : l’objet reste introuvable.
Quelque peu déçu, Simon fait le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle et, à son retour, s’arrête un moment à Salamanque. Là, il entend une « voix » mystérieuse prononcer ces mots : Pena de Francia (« le rocher de France »). On l’informe qu’il s’agit d’une montagne proche, où peu de gens se rendent, tant le site est escarpé. Il y grimpe et s’installe à son sommet.
Il s’étonne de la rudesse naturelle de l’endroit et se demande bien ce que sa « voix » a voulu lui dire. Mais, au cours de la troisième nuit, tandis qu’il n’arrive pas à trouver le sommeil, Marie lui apparaît et l’informe que la statue qu’il recherche depuis si longtemps est ici, enfouie dans la terre depuis des années. Le lendemain, le 14 mai 1434, Simon la découvre enfin. Il s’agit d’une œuvre figurant une Vierge noire, probablement réalisée à la fin du XIe siècle ou, peut-être, au début du XIIe.
Aucun document historique fiable ne mentionne une quelconque supercherie ou un état psychologique déficient qui aurait amené Simon à inventer de toutes pièces ses pérégrinations, ses « voix », l’apparition, ses nuits au sommet d’une montagne, et la découverte de la statue.
Il consacrera le reste de ses jours à faire connaître son histoire. Les autorités ecclésiastiques de Salamanque sont informées de sa découverte, et des prêtres sont envoyés sur les lieux. Mgr Sancho Lopez de Castilla († 1446), évêque du diocèse, s’intéresse aux fruits spirituels qui, bientôt, sont nombreux et variés : conversions, guérisons, vocations sacerdotales, etc.
Un sanctuaire a été édifié près du lieu de la découverte de la statue. Il est constitué d’une église, d’un couvent et de trois chapelles : la chapelle « blanche », édifiée à l’emplacement où Simon trouva la statue romane, la chapelle Saint-André et la chapelle du « Santo Cristo ». Au fil des années, face au nombre grandissant des pèlerins, on a érigé une hôtellerie, puis une antenne de télécommunications. On y accueille chaque année des milliers de pèlerins, en particulier au printemps et en été, car la saison hivernale complique les conditions d’accès au site.
Simon meurt le 11 mars 1438. Selon ses vœux, il est inhumé à l’emplacement actuel de l’autel de la Vierge. Ses restes seront ultérieurement déplacés à Sequeros, non loin de là.
L’Église, après enquête, a validé canoniquement cette découverte miraculeuse en acceptant la construction d’un sanctuaire et l’ouverture d’un pèlerinage, puis en couronnant la statue en 1952.
Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.
Aller plus loin
Le livre Historia y milagros de Nuestra Senora de la Pena de Francia (1614) peut être consulté en ligne (en espagnol).
En complément
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Maurice Legendre, Notre Dame de France en Espagne, Revista LAR, 1945.
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José Luis Espinel Marcos, Pena de Francia : Historia, peregrinos, paisajes, Salamanque, Éditions San Esteban, 2002.
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Angel Perez Casado et Alfredo Encinas Martin, Pena de Francia : historia, arte, entorno, Salamanque, Éditions San Esteban, 2003.
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Fernando Soria Heredia, Fernando, El Santuario de Nuestra Senora de la Pena de Francia, Salamanque, Éditions San Esteban, 1988.