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©iStock/Getty Images Plus/rafalulicki
Guérisons miraculeuses
Lourdes
Nº 902
1952-1953

La triple guérison de Marie Bigot à Lourdes

Marie Bigot, jeune Bretonne, est brutalement frappée à l’aube de ses trente ans, au début des années 1950, par une infection du cerveau qui la rend progressivement sourde, aveugle et hémiplégique. Une lourde opération est tentée, sans succès. En 1953, lors du pèlerinage du Rosaire à Lourdes, elle ressent soudain une violente crampe dans tout le côté droit du corps, puis parvient à bouger à nouveau la jambe, puis le bras. Elle reste cependant sourde et aveugle. L’année suivante, revenue à Lourdes pour faire constater sa guérison partielle et remercier la Vierge, elle retrouve l’ouïe et enfin la vue, de manière tout aussi soudaine.


Les raisons d'y croire

  • De constitution assez fragile, Marie Bigot est souvent malade dans ses jeunes années et se trouve donc régulièrement suivie médicalement. Sa vue commence à baisser en 1951. On dispose de tous les examens confirmant la dégradation de son état : survenue progressive de la cécité, évolution de la surdité et de l’hémiplégie du côté droit. On conserve également le compte-rendu du docteur Ferey, daté du 23 mai 1951, après l’opération chirurgicale du cerveau, dont la conclusion est : « arachnoïdite de la fosse postérieure avec adhérences » (ce qui signifie une grave atteinte du cerveau). L’examen des yeux est lui aussi peu réjouissant : un dixième à droite et deux dixièmes à gauche, malgré un fond d’œil normal.

  • Marie Bigot souffre bien d’un mal, mais les médecins ne savent visiblement pas comment la soigner, et l’on ne compte plus les spécialistes qui l’auscultent : docteur Ferey, docteur Guilherm, docteur Sevegrand… Aucun ne prescrit de traitement, tant son cas paraît désespéré, hormis de la pénicilline, administrée lors de l’infection au cerveau mais sans aucune amélioration, et donc rapidement arrêtée.

  • Un premier pèlerinage à Lourdes, en 1952, n’apporte aucune amélioration, mais Marie Bigot en revient apaisée. L’année suivante, elle y retourne, poussée par le désir de s’y ressourcer, d’y prendre des forces. Elle ne demande même pas la guérison. C’est pourtant là que le Seigneur choisit de la libérer de ses maux, au cours de la procession du Saint-Sacrement. Elle sent une crampe très douloureuse, « depuis le pied droit jusqu’à la tête », et se remet à marcher devant l’infirmière qui l’accompagne. « Les troubles sensitivo-moteurs du membre inférieur droit et l’attitude en varus équin » de son pied disparaissent, puis ceux de son bras.

  • Tout cela est aussitôt constaté, le 10 octobre, par le docteur Leuret, médecin du Bureau médical, qui certifie en même temps la persistance de la surdité et de la cécité, avec un « énorme œdème » bilatéral au fond de l’œil.

  • En 1954, Marie Bigot retourne en pèlerinage pour la troisième année consécutive. Cette fois, il s’agit de faire constater que la disparition de son hémiplégie est durable et de remercier la Sainte Vierge. Les médecins du Bureau des constatations médicales de Lourdes confirment cette guérison.

  • Cependant, deux jours plus tard, lors de la bénédiction des malades, elle a soudain l’impression « qu’on lui retire des bouchons des oreilles », et elle entend la foule entonner le « Salut, ô Reine » – chant de la procession qui s’ébranle –, ainsi que les cinq coups des cloches qui sonnent l’heure… Elle est alors revue par un médecin, qui constate la disparition de la surdité. Si elle demeure encore aveugle, « une normalisation du fond de l’œil des deux côtés est observée ».

  • Le lendemain, elle quitte Lourdes ravie, encore partiellement guérie. C’est alors qu’elle retrouve soudainement la vue, dans le train, où elle est accompagnée d’une amie infirmière, Jacqueline Renault. Les deux amies tombent en pleurs dans les bras l’une de l’autre.

  • Les témoins de toutes ces grâces sont nombreux, mais il faut noter la présence d’un ancien combattant, Guy du Rosel, devenu brancardier bénévole au pèlerinage du Rosaire de 1954 uniquement par devoir (il en avait fait la promesse pendant la guerre). Chargé d’emmener Marie Bigot sur son brancard, il voit de ses yeux cette femme commencer à entendre. Lui qui était sceptique et se sentait contraint de venir à Lourdes à cause de sa promesse se met à croire qu’il n’était pas là par hasard.

  • Un mois après la guérison, le docteur Sevegrand constate que l’audition et la vue sont redevenues normales : dix dixièmes à chaque œil, et une audition presque intacte. La guérison se maintenant dans le temps, et après examen du dossier par le professeur Thiébault, chef du service de neurologie à la faculté de Strasbourg, le Comité médical international de Lourdes (CMIL) la reconnaît comme « médicalement inexplicable » le 13 mars 1956. Elle est ensuite déclarée miraculeuse par un jugement canonique du cardinal Roques, évêque de Rennes, le 15 août 1956.


En savoir plus

Dès sa jeunesse, Marie Bigot est souvent malade et ne peut pas toujours aller à l’école. À vingt-huit ans, en 1951, elle est frappée par une infection accompagnée de fortes fièvres, entre 39 oC et 40 oC, et de douleurs à la tête. Un traitement antibiotique à base de pénicilline est prescrit pendant dix jours, sans amélioration notable. Le 13 avril, devant l’aggravation de son état, marquée par cette fièvre persistante, des difficultés à avaler et un état semi-comateux, ses médecins l’envoient à l’hôpital de Pontchaillou, à Rennes, dans le service ORL. Dès le lendemain, elle est transférée en neurochirurgie, auprès du docteur Ferey, pour établir un diagnostic et tenter un traitement.

L’examen des nerfs crâniens révèle une baisse de l’acuité visuelle, une paresthésie de l’hémiface droite avec diminution de la sensibilité cornéenne, des vertiges avec tendance à la chute, toujours du côté droit, ainsi qu’une hypoacousie du même côté. Devant ce tableau, une intervention neurochirurgicale est pratiquée le 29 avril. Elle conduit au diagnostic d’« arachnoïdite de la fosse postérieure avec adhérences » et confirme une baisse importante de la vue. Marie quitte l’hôpital le 23 mai 1951 sans amélioration notable. Son état s’aggrave même, puisqu’elle doit désormais être aidée pour marcher, en raison d’une faiblesse musculaire du côté droit.

Avant de partir à Lourdes en octobre 1952, à l’invitation d’une amie infirmière, Marie Bigot est dans un état désespéré et n’attend aucun miracle. Le 4 août 1952, après un épisode extrêmement pénible de « douleur déchirante dans la tête », le docteur Sevegrand constate qu’elle est devenue totalement sourde et aveugle, avec des « spasmes généralisés » et une détresse respiratoire. « J’étais comme morte vivante. Mon état de santé était tellement désespéré que les médecins ne me prescrivaient plus aucun traitement », témoigne-t-elle.

Elle se rend pourtant au pèlerinage pour apprendre à vivre avec sa maladie et chercher du réconfort, épuisée physiquement et angoissée par l’obscurité dans laquelle elle évolue. Le voyage est difficile et étouffant, mais elle en revient apaisée. Entre 1952 et 1953, son état continue de se dégrader : elle a de plus en plus de mal à avaler, doit se nourrir de liquides, et ne peut plus communiquer qu’au moyen de mots tracés lettre par lettre dans la paume de sa main gauche. Elle obtient une carte d’invalidité d’aveugle et apprend progressivement le braille.

Durant cette période, elle est suivie de loin par le docteur Dieuleveut, qui ne lui prescrit qu’un traitement tonique général. Elle reste hémiplégique, impotente, et ses difficultés pour manger et communiquer s’aggravent. C’est dans cet état qu’elle arrive à Lourdes en octobre 1953, où elle vit une première guérison.

En octobre 1954 a lieu le second épisode : une double guérison de la surdité et de la cécité, presque simultanées. Marie Bigot est d’abord bouleversée devant ce qu’elle constate, puis profondément reconnaissante. « C’est inexplicable. Je n’ai qu’à remercier. Et à donner. Car, quand on a reçu, on doit donner. » Dès lors, elle consacre son temps au service des personnes âgées, cherchant à leur redonner sourire et espérance, accomplissant ainsi ce que le pape Jean-Paul II lui dira en 1983, lorsqu’il lui remet la médaille d’argent des miraculés à Lourdes : rester toute sa vie « porteuse d’espérance ».

Le sanctuaire de Lourdes annonce la mort de Marie Bigot dans la nuit du 16 au 17 avril 2016, à la maison de retraite de La Sagesse, à Pleurtuit (Ille-et-Vilaine), où elle vivait depuis 1978. La cinquante-neuvième miraculée de Lourdes avait quatre-vingt-treize ans.

Élisabeth de Sansal, diplômée de bioéthique à l’université pontificale Regina Apostolorum, à Rome.


Au delà

Une guérison en trois temps n’est pas un événement banal. À chaque étape, Marie Bigot accueille ce qui lui est donné avec reconnaissance, sans attendre d’autres phénomènes surnaturels, alors même qu’elle pourrait légitimement les désirer, au regard de ses souffrances. Ce miracle évoque une forme de progression qui rappelle le mystère du baptême : un don gratuit de Dieu, qui restaure peu à peu toute la personne. Les sacrements prolongent l’action de Jésus-Christ sur la terre ; ils rendent présents ses mérites et communiquent sa grâce.

Le Seigneur semble ici conduire Marie Bigot pas à pas. Elle souhaite guérir, mais elle ne formule pas de demande explicite, par pudeur, humilité ou peut-être par lassitude. C’est Dieu qui prend l’initiative et manifeste librement sa puissance sur le mal et la maladie. Comme dans un chemin spirituel, la guérison se déploie selon un ordre précis : d’abord le corps est relevé (guérison de la paralysie), puis les oreilles s’ouvrent (« ephpheta »), et enfin les yeux retrouvent la lumière. Ainsi, Jésus se manifeste comme vivant et agissant aujourd’hui encore, continuant de guérir et de relever. « Le miracle n’est pas ce qu’on prouve mais ce qui prouve. »


Aller plus loin

Docteur Patrick Theillier, Lourdes, terre de guérisons, Artège, réédition 2026.


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