L’eucharistie pour seule nourriture : Alexandrina da Costa
La bienheureuse Alexandrina Maria da Costa (1904 – 1955) est une laïque portugaise devenue paralysée après s’être jetée d’une fenêtre pour échapper à une agression et préserver sa chasteté. Clouée au lit pendant trente ans, elle a vécu une profonde union au Christ dans sa Passion, au point que son existence a été marquée par plusieurs phénomènes extraordinaires, notamment des extases le vendredi et un jeûne de plusieurs années, durant lequel elle n’a plus reçu que l’eucharistie. Son cas a fait l’objet d’enquêtes, d’observations médicales et d’un long discernement ecclésial. Béatifiée par Jean-Paul II en 2004, elle demeure une grande figure de la mystique catholique du XXe siècle, tout entière centrée sur le Christ, la réparation et l’Eucharistie.
Les raisons d'y croire
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En 1918, pour échapper à une agression sexuelle et conserver sa chasteté, Alexandrina se jette d’une fenêtre. La chute provoque des lésions graves ; son état se dégrade ensuite, jusqu’à son alitement définitif en 1925. C’est dans cette existence de femme paralysée, clouée au lit pendant trente ans, que se manifestent des phénomènes extraordinaires qui marqueront toute la vie d’Alexandrina, sous le regard de nombreux proches, prêtres, médecins et visiteurs.
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Du 3 octobre 1938 au 24 mars 1942, Alexandrina revit chaque vendredi la Passion du Christ, pendant environ trois heures. Ces événements sont consignés par écrit de manière précise et se répètent semaine après semaine pendant plusieurs années.
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Pendant ces extases, Alexandrina sort de sa paralysie, se lève et accomplit les gestes du chemin de croix, en mimant la flagellation, les chutes et le portement de la Croix. Puis, au terme de ces trois heures, elle retombe dans son immobilité habituelle.
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Plusieurs témoins, y compris des médecins, relèvent aussi durant ces vendredis plusieurs faits physiques inhabituels. Par exemple, lorsqu’elle mime le port de la Croix, certains constatent qu’il devient impossible de la soulever, malgré son extrême faiblesse et son très faible poids.
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À partir du 27 mars 1942 commence une autre phase, encore plus étonnante : Alexandrina ne prend plus ni nourriture ni boisson pendant les treize dernières années de sa vie, et ne reçoit plus que l’eucharistie.
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En 1943, Alexandrina est conduite à Foz do Douro pour être observée à l’hôpital pendant quarante jours et quarante nuits, sous surveillance continue, de jour comme de nuit. Pendant toute cette période, les médecins constatent qu’il n’y a aucune ingestion d’aliment ou de liquide, et aucune excrétion. Ils précisent qu’ils ne trouvent pas d’explication naturelle à ce qu’ils observent.
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Dans le procès de béatification, l’Église ne met pas sur le même plan les phénomènes extraordinaires et la sainteté de la personne. Elle examine d’abord l’héroïcité des vertus, c’est-à-dire la manière dont Alexandrina a vécu, souffert, prié et offert sa vie dans une fidélité durable à la doctrine chrétienne. Pour la béatification, il faut ensuite un miracle obtenu après sa mort par son intercession. C’est dans ce cadre qu’est étudiée puis retenue la guérison soudaine de Maria Madalena Fonseca en 1995, après expertise médicale, examen canonique et validation romaine.
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Finalement, toute la vie d’Alexandrina s’organise autour des mêmes réalités : la Passion du Christ, l’offrande de ses souffrances pour les pécheurs, la réparation et l’Eucharistie. Les phénomènes extraordinaires qui marquent son existence restent secondaires par rapport à cette vie intérieure, entièrement centrée sur le Christ et sur l’Eucharistie.
En savoir plus
Alexandrina Maria da Costa naît le 30 mars 1904 à Balasar, dans le nord du Portugal, au sein d’une famille modeste. Elle grandit dans un univers rural, simple, très marqué par la foi chrétienne. C’est une enfant vive, énergique, joyeuse, qui participe aux travaux de la maison et des champs. Rien ne la distingue encore extérieurement des autres jeunes filles de son village, sinon une foi profonde et une grande spontanéité de caractère.
Son adolescence est brutalement bouleversée en 1918. Pour échapper à une agression et préserver sa chasteté, elle se jette d’une fenêtre. Les conséquences de cette chute sont graves. Pendant plusieurs années, son état de santé se dégrade progressivement, jusqu’à l’alitement définitif en 1925. Elle n’a alors que vingt et un ans.
Dans les premières années de maladie, Alexandrina demande à Dieu la guérison. Elle espère retrouver une vie normale et nourrit même le désir de devenir missionnaire. Mais sa prière change peu à peu. Au lieu d’attendre d’être délivrée de l’épreuve, elle entre dans une logique d’offrande. Sa souffrance devient pour elle un lieu d’union au Christ, en particulier au Christ dans sa Passion, et une manière de prier pour les autres, spécialement pour les pécheurs.
Cette transformation intérieure marque toute sa vie. Alexandrina ne se présente pas comme une fondatrice, ni comme une intellectuelle, ni comme une personne appelée à une action visible dans l’Église. Sa mission se déploie depuis son lit, dans une existence cachée. C’est là que mûrit une vie spirituelle de plus en plus intense, centrée sur Jésus, sur la réparation et sur l’Eucharistie.
À partir des années 1930, son entourage commence à remarquer des événements surnaturels. Entre 1938 et 1942, elle vit les extases de la Passion chaque vendredi. Puis, à partir de mars 1942, commence une période de jeûne total, durant laquelle elle ne reçoit plus que l’eucharistie. Ces faits attirent visiteurs, prêtres, médecins et personnes en recherche, et conduisent aussi à des enquêtes et à des vérifications.
Le cas d’Alexandrina ne suscite pourtant pas immédiatement un enthousiasme unanime. Cette période d’examen fait partie de son histoire. Elle est accompagnée dans sa vie spirituelle par plusieurs prêtres, notamment le père Mariano Pinho, puis le père Umberto Pasquale. Grâce à eux, une partie de ses paroles, de ses expériences et de ses écrits est conservée. Alexandrina dicte beaucoup depuis son lit. Elle reçoit aussi de nombreuses personnes, console, exhorte, prie, offre ses souffrances.
Sa dévotion eucharistique occupe une place tout à fait centrale. L’Eucharistie n’est pas pour elle un thème parmi d’autres, mais le cœur de son existence. De même, sa relation au Christ crucifié structure sa manière de comprendre la souffrance, non comme une fatalité absurde, mais comme une offrande unie à celle de Jésus pour le salut du monde. C’est aussi dans ce cadre qu’elle est liée spirituellement aux appels à la réparation et à la consécration au Cœur immaculé de Marie.
Alexandrina meurt le 13 octobre 1955, à Balasar, après trente années de paralysie. Sa mort ne met pas fin à son rayonnement. Sa réputation de sainteté demeure vive, et sa cause avance peu à peu dans l’Église. Ses écrits sont examinés, sa vie étudiée, ses vertus reconnues. Pour sa béatification, l’Église retient ensuite un miracle obtenu après sa mort par son intercession : la guérison de Maria Madalena Fonseca.
Le 25 avril 2004, Jean-Paul II béatifie Alexandrina Maria da Costa à Rome. Elle apparaît aujourd’hui comme l’une des grandes figures spirituelles du Portugal au XXe siècle : une femme cachée, pauvre, immobilisée, mais dont toute la vie a été façonnée par l’amour du Christ, l’offrande de soi et la centralité de l’Eucharistie.
Antoine de Montalivet a étudié la philosophie et la théologie au séminaire diocésain de Fréjus-Toulon.
Aller plus loin
Sur le site Internet Notre Histoire avec Marie, l’article « Alexandrina da Costa, témoin du pouvoir de l’Eucharistie » présente Alexandrina sous l’angle de l’Eucharistie, de la réparation et de sa mission spirituelle.
En complément
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Gabriele Amorth, Derrière un sourire. La bienheureuse Alexandrina Maria da Costa, Éditions Bénédictines, 2019. Petit livre de 160 pages qui propose une biographie spirituelle d’Alexandrina en insistant sur son itinéraire intérieur plus que sur le seul caractère extraordinaire des phénomènes mystiques.
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Le film Blessed Alexandrina Maria da Costa (en anglais), Mary’s Dowry Productions, 2010 (disponible sur YouTube ).
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L’article du site Codex Dei : « L’inédie de la bienheureuse Alexandrina Maria da Costa ».