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© Shutterstock/Joan Sutter
Les saints
Florence (Toscane)
Nº 861
1200 - 1310

Quitter la richesse pour la Vierge : Alexis Falconieri

Oncle paternel d’une autre sainte, Julienne Falconieri, qui fondera la congrégation religieuse des Mantellates, Alexis Falconieri est l’un des sept fondateurs de l’ordre des Servites de Marie, en 1233. Ascèse et pauvreté personnelles et communautaires, travail manuel, prière en commun et esprit de contemplation en constituent les traits essentiels, couronnés par une forte dévotion envers la Mère de Dieu, notamment à travers ses douleurs, c’est-à-dire ses souffrances au cours de sa vie. Les Frères servites sont aussi appréciés, du temps des fondateurs, pour leur charité envers tous ceux qui viennent leur demander conseils et soutien, tant spirituel que surnaturel.


Les raisons d'y croire

  • Très jeune, Alexis s’affilie à la Compagnie florentine des Serviteurs de Sainte Marie (les Laudesi), association laïque pieuse qui encourage à vivre et agir pour l’amour et la gloire de la Vierge Marie. C’est là qu’il côtoie les autres futurs fondateurs des Servites de Marie.

  • Alexis est issu de la famille des Falconieri, riches marchands florentins et acteurs de premier plan de la République florentine. Appartenant au parti guelfe, soutien du Souverain Pontife, ils sont engagés dans un contexte de luttes fratricides avec les gibelins, partisans de l’empereur Frédéric II. Lui-même marchand et réussissant bien en affaires, Alexis décide pourtant de se retirer avec six compagnons dans la pénitence, la contemplation et le service de Notre Dame, rompant ainsi avec une situation matérielle et sociale solidement établie.

  • L’aumônier des Laudesi, Iacopo da Poggibonsi, qui est aussi leur conseiller spirituel, leur donne l’habit – un manteau et une tunique de laine grise et grossière – et un nom : Frères de la pénitence. Ils embrassent une existence recluse, solitaire et austère, afin de vaquer à la contemplation des choses divines. La petite communauté partage son temps entre la prière, le travail et la mendicité dans les rues.

  • Quand ils s’installeront au Monte Senario, non loin de Fiesole, leurs cellules ne sont que de simples espaces aménagés dans des grottes séparées les unes des autres. Ils se retrouvent pour chanter l’office divin dans une petite église dédiée à la Vierge, qu’ils construisent sur les ruines d’un ancien château. Ce renoncement volontaire aux biens matériels frappe l’esprit des contemporains. À Florence, tous connaissent Alexis et ses compagnons en raison de leur statut social et de leur profession, qui les mettaient en relation avec beaucoup de monde. Or, les sept jeunes gens se sont eux-mêmes réduits à la pauvreté. Comment agir ainsi si l’on est sain d’esprit, à moins de voir dans ce dépouillement un moyen d’acquérir d’autres biens, de plus grande valeur : ceux de Dieu ?

  • Dès le temps des fondateurs, nombreux sont les jeunes Florentins qui demandent à rejoindre la nouvelle congrégation religieuse. Ils sont attirés par leur spiritualité virile, où la pénitence et la vie commune répondent concrètement aux désordres et aux violences de leur époque.

  • Pour autant, leur vie cachée ne les conduit pas à refuser les demandes de conseils spirituels ni l’appui de la prière. Les personnes troublées ou angoissées qui viennent les consulter trouvent auprès des frères une aide morale et un réconfort, ceux-ci les guidant vers Notre Dame.

  • Ces demandes insistantes et nombreuses les conduisent à dédier expressément leur congrégation à la Vierge Marie. Ils décident de marquer, par le nom de leur famille religieuse, le dévouement qu’ils veulent mettre en œuvre à son égard, comme la protection qu’ils lui demandent : l’ordre des Servites (c’est-à-dire servants ou serviteurs) de Marie.

  • Leur souhait a été confirmé par la Vierge elle-même. Le jour de l’Assomption 1233, Notre Dame se manifeste aux sept compagnons. De nouveau, le Vendredi saint 1240, la Vierge leur apparaît : elle est vêtue de deuil, et une multitude d’anges l’entourent. C’est à la suite de cette visite céleste que les frères décident de prendre l’habit noir, en hommage aux douleurs de la Vierge Marie.

  • Cet habit devient aussi le signe de l’humilité constante de frère Alexis. Malgré son grand âge et son statut de fondateur, il continue de prendre part aux travaux manuels et de mendier lorsque vient son tour, refusant tout privilège, « laissant ainsi un exemple aux frères désireux de servir fidèlement Notre Dame » (Legenda de origine, no 27).

  • La mort du frère Alexis est ainsi rapportée par le frère Lapo, neveu du frère Sosthène (un des sept fondateurs) : « Juste avant de mourir, Alexis poussa une exclamation et, d’une voix forte, il dit aux frères présents qu’il voyait venir à lui des anges ressemblant à des oiseaux d’une blancheur et d’une beauté impossibles à décrire. Au milieu des oiseaux et des anges se tenait le Christ, sous les traits d’un enfant très beau, avec sur la tête une couronne d’or ornée d’une croix » (Legenda de origine, no 28). Cette anecdote illustre l’esprit de contemplation et la pureté de cœur de frère Alexis.


En savoir plus

Les moines camaldules, vallombrosains et clunisiens, déjà présents en Toscane à l’époque d’Alexis Falconieri (Vallombreuse se trouve non loin de Florence) témoignent de la valeur, aux yeux de Dieu, d’une vie détachée des attraits matériels par le vœu de pauvreté. Les chanoines de Saint-Augustin et les Frères carmes en offrent d’autres exemples. Aux XIIe et XIIIe siècles, des courants hétérodoxes (les vaudois de Lyon, dont l’influence géographique s’étend ensuite, les cathares dans le Midi de la France et les patarins à Milan) prêchent eux aussi la pauvreté et la pénitence, en réaction à la richesse des hommes de pouvoir. Certains de ces groupes reviennent cependant au catholicisme, comme les « Pauvres catholiques » de Durand de Huesca en Espagne ou les « Humiliés » de Lombardie.

Les Franciscains et les Dominicains vont plus loin encore dans le détachement : ils montrent que la vie mendiante est possible. Quelle est alors cette nouvelle forme de vie religieuse ? C’est la volonté de vivre en ne comptant, comme récompense des efforts de l’apostolat et de la vie de prière offerte pour la cité, que sur les aumônes des habitants de cette même cité. À Florence, des laïcs qui n’ont pas embrassé l’état religieux se regroupent également pour pratiquer ensemble des formes de pénitence.

Les guerres fratricides entre guelfes et gibelins ensanglantent le pays, et tous ressentent la nécessité de prier et de réparer tant de fautes par des expiations personnelles et communautaires, afin que Dieu, touché, apaise les cœurs. Le choix des sept fondateurs des Servites n’est donc pas original pour leur temps, moins matérialiste et utilitariste que le nôtre. C’est leur dévotion aux douleurs de la Vierge Marie qui l’est.

En 1233, Bonfiglio, chef du groupe laïc et prieur de la future communauté, Bonagiunta, futur prieur entre 1256 et 1257, Manetto, architecte des premières fondations en France, Amadio, âme du groupe, Sosthène (Sostegno) et Uguccione, tous deux amis, et enfin Alexis (Alessio), abandonnent leurs activités commerciales, distribuent leurs biens aux pauvres et quittent leurs foyers familiaux. Ceux qui sont mariés obtiennent pour cela la permission de leur épouse. Le 8 septembre 1233, ils s’installent à Caffagio, lieu situé à la sortie des remparts de la ville par la porte di Balla (aujourd’hui le couvent della Santissima Annunziata, église des Servites dans la ville actuelle).

En 1245, l’évêque de Florence, Ardingo Foraboschi, concède aux sept ermites un terrain au sommet du mont Senario, à huit cents mètres d’altitude et à environ dix-huit kilomètres de Florence. L’afflux des vocations est tel que les sept religieux obtiennent rapidement l’autorisation d’ouvrir d’autres couvents, y compris hors de la Toscane. La règle de saint Augustin, déjà concédée à l’ordre par l’évêque de Florence, ainsi que les constitutions propres, l’autorisation d’accueillir de nouveaux religieux et de maintenir les sujets déjà reçus, sont approuvées par le légat du pape Innocent IV, Ranieri Capocci, en 1249. Son successeur dans la légation, le cardinal Pietro, accorde à son tour d’autres libertés à l’ordre. Enfin, le 23 mars 1256, le pape Alexandre IV confirme ces deux premières approbations indirectes.

Lorsque, face aux dérives de certains mouvements de pénitents qui rejettent l’autorité civile et religieuse légitime, le concile de Lyon décrète en 1247 la suppression des ordres mendiants, les Servites se trouvent menacés. Mais Filippo Benizi, né l’année même de la fondation (1233) et admis dans l’ordre à l’âge de vingt et un ans, devient prieur général en 1267 et regagne la reconnaissance papale. Celle-ci est accordée de manière définitive par le pape Benoît XI le 11 février 1304. Le frère Alexis est alors le seul survivant des sept fondateurs. Il meurt le 17 février 1310, à près de cent dix ans. Leurs dépouilles reposent ensemble dans un même tombeau, au Monte Senario, considéré aujourd’hui par tous comme le berceau de l’ordre.

Vénéré avec ses compagnons depuis le XIVe siècle, le culte de frère Alexis est consacré par le pape Clément XI le 1er décembre 1717, qui le proclame bienheureux. Le 15 janvier 1888, le pape Léon XIII canonise ensemble les sept fondateurs des Serviteurs de Marie.

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.


Aller plus loin

Legenda de origine Ordinis fratrum Servorum Virginis Mariae, édité par Agostino M. Morini, O.S.M., dans Monumenta Ordinis Servorum Sanctae Mariae (MOS), I, Bruxelles, 1897, p. 60-106.

La fondation de l’ordre des Servites de Marie est rapportée par la Legenda de origine, titre qui signifie « Histoire qui doit être lue, concernant l’origine de l’ordre [des Frères servites de Marie] ». L’ouvrage date du début du XIVe siècle, probablement de 1317. Le chapitre 5 de la Legenda de origine a pour sujet la vie de saint Alexis Falconieri (ici no 26-28).

Une présentation et une traduction française de la Legenda de origine, accompagnées d’un apparat critique, sont disponibles en ligne .


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