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© J-C Antakli
Guérisons miraculeuses
Annaya (Liban)
Nº 860
2025

L’intercession de saint Charbel agit encore

Le 1er décembre 2025, pour sa première visite au Liban, le pape Léon XIV a choisi de se recueillir sur la tombe de saint Charbel, à Annaya. Ce geste manifeste la reconnaissance de l’Église envers le moine maronite canonisé en 1977 et aujourd’hui patron du Liban. En priant sur son tombeau, le pape souligne la fécondité spirituelle d’un saint dont l’intercession n’est pas vaine, au regard des grâces obtenues à travers le monde. Les nombreuses guérisons attribuées à saint Charbel sont appuyées par des témoignages et parfois aussi de solides expertises médicales. La visite pontificale leur confère un poids institutionnel et rappelle l’action continue de Dieu à travers l’intercession des saints.


Les raisons d'y croire

  • La venue de Léon XIV sur la tombe de saint Charbel à Annaya n’était pas un simple passage touristique : il s’y est rendu en pèlerinage. Le pape a prié devant la tombe de saint Charbel et lui a confié la paix pour le Liban et le Proche-Orient. Cette action montre que l’Église catholique reconnaît le pouvoir d’intercession des saints auprès de Dieu et les grâces que ce type de prière suscite. Charbel est reconnu comme un modèle de sainteté et un intercesseur crédible.

  • Le pape a en effet fait référence au pouvoir de la prière par l’intercession du saint : « Saint Charbel n’a jamais cessé d’intercéder pour nous auprès du Père céleste, source de tout bien et de toute grâce. Déjà, pendant sa vie terrestre, beaucoup venaient vers lui pour recevoir du Seigneur réconfort, pardon, conseil. Après sa mort, tout cela s’est multiplié et est devenu comme un fleuve de miséricorde » (salutation du Saint-Père au monastère Saint-Maron, à Annaya).

  • La démesure entre la vie qu’a menée saint Charbel et sa réputation mondiale actuelle est tout à fait étonnante. Issu d’une famille paysanne modeste, il mène une vie de silence, d’adoration eucharistique, de pauvreté et de pénitence, presque entièrement retiré du monde dans un ermitage du monastère Saint-Maron d’Annaya. Le paradoxe de cette vie cachée, sans écrits ni œuvres visibles, mais pourtant d’une immense fécondité spirituelle, a d’ailleurs été souligné par le pape Léon XIV lors de sa visite au Liban.

  • La ferveur de la dévotion portée à ce saint, mort il y a plus d’un siècle, est loin de décroître ; au contraire, elle gagne en enthousiasme. Cela s’explique par la longue série de témoignages de guérisons reconnues comme miracles attribués à saint Charbel Makhlouf.

  • En 2025, 63 miracles ont été enregistrés à Annaya auprès du père Luis Matar, archiviste des miracles de saint Charbel. Pour chacune de ces guérisons, la médecine reconnaît ses limites et les détails peuvent être consultés. Il est probable que ce chiffre soit inférieur à la réalité, car tous les miraculés à travers le monde ne se déplacent pas jusqu’au monastère pour témoigner en déposant leur dossier médical. Certains se contentent sûrement de remercier le saint dans l’intimité de la prière. Deux dossiers de guérison ont déjà été officiellement enregistrés en janvier 2026 au monastère d’Annaya.


En savoir plus

L’avion se pose en douceur sur le tarmac de l’aéroport Hariri de Beyrouth et, dès le passage en douane, il est impossible d’ignorer ce qui se prépare au Liban, dans la ferveur et la joie. Tout un peuple attend le Saint-Père Léon XIV. Les avenues, les carrefours, les trottoirs, les immeubles, les magasins, la moindre échoppe parlent de notre pape... Il est prévu que sa première visite au Liban serait pour honorer et prier, sur son tombeau, le grand saint libanais, mondialement connu.

Quelques jours après la visite du pape, je retrouve avec bonheur mon cher ami le père Luis Matar, archiviste du couvent, encore plein de ces instants inoubliables qu’ils ont vécus en communauté. L’objet de notre entretien est de recueillir les témoignages des derniers miracles de saint Charbel « pour que le monde croie ». Comme d’habitude, il a préparé un dossier que nous allons commenter ensemble.

Il me regarde et me dit avec une certaine fierté : « Te rends-tu compte qu’un ermite inconnu, au XIXe siècle, devient un des symboles les plus importants du Liban, et l’objet d’une telle ferveur populaire à travers le monde que les papes viennent se recueillir sur sa tombe ? » Les paroles prononcées par le Saint-Père à son sujet sont source de méditation : « C’est le choix de Dieu. L’homme le plus caché est devenu le plus célèbre… Il enseigne la prière à ceux qui vivent sans Dieu, il enseigne le silence à ceux qui vivent dans le bruit, il enseigne l’humilité à ceux qui vivent dans le paraître, et la pauvreté à ceux qui recherchent les richesses et les merveilles de Dieu, à ceux qui les demandent par son intercession. »

Voici trois exemples de guérisons enregistrées récemment au monastère :

Elle s’appelle Rosa Rita Charbel Al-Hachem, et elle est née à Halat en 2017, d’un père pharmacien et d’une mère pédiatre, Cynthia Chahadé. Mariés en 2014, ces derniers n’ont pas pu avoir d’enfants tout de suite, malgré leur désir. Cependant, au cinquième mois de sa première grossesse, on découvre trois malformations sur le fœtus : un rein hypertrophié, un autre tout petit, et un cou volumineux. Le couple, profondément chrétien, s’en remet à Dieu et, dans sa prière, la maman bouleversée interpelle le Seigneur. Une voix forte résonne intérieurement en elle, qui lui dit : « Moi, je l’ai créée saine. » Puis, dans son rêve, elle se voit visiter l’intérieur de son utérus, et elle acquiert alors la certitude que l’enfant qu’elle porte est bien « sain ». Dès son réveil, elle fait partager cette certitude à son mari. Peu après, à la suite d’une très forte grippe et de douleurs abdominales intenses, elle est transportée en urgence à l’hôpital Notre-Dame-du-Bon-Secours, à Jbeil. Grâce à l’échographie, le docteur Barakat découvre que l’embryon baigne dans très peu de liquide amniotique, ce qui met en danger sa croissance. Il avise sa consœur qu’à ce stade-là de grossesse, un accouchement prématuré mettrait en cause sa survie. En tant que pédiatre, elle décide de s’orienter vers l’hôpital américain de Beyrouth en confiant sa décision à saint Charbel, et avale un coton imbibé d’huile sainte. Son hospitalisation dure dix jours, au cours de laquelle, le 16 janvier 2017, elle a une très forte hémorragie, qu’on arrive à juguler. Ce n’est que le 18 mars 2017 que l’accouchement a lieu. Une petite fille de 734 grammes vient au monde, sans aucune anomalie, avec seulement une petite tache rouge au niveau du pied, comme un signe indélébile appelé à grandir avec l’enfant… Chaque jour, Cynthia enduit le pied de sa fille avec l’huile miraculeuse, jusqu’à ce que la tache disparaisse, comme un signal donné par le Seigneur que l’enfant est bien sauvé et que sa vie n’est plus en danger. Les parents sont venus déposer son rapport médical auprès du père Luis Matar le 4 août 2024, après s’être recueillis sur le tombeau de saint Charbel.

Le deuxième miraculé s’appelle monsieur Aboud Malak Chamoun, de la région de Mahbouba (Liban). Père de cinq enfants, il est né en 1936 dans le nord de la Syrie, à Kamechliyé. De rite orthodoxe syriaque, il a émigré en Suède, où il est devenu sacristain. Son épouse témoigne : « Mon mari, sans raison, s’est mis à se plaindre de douleurs dorsales insupportables que rien ne calmait. Trois jours plus tard, le 10 novembre 2019, aux urgences de l’hôpital, on détecte une énorme lithiase : le diagnostic de coliques néphrétiques est confirmé. On arrive à le calmer avec des opiacés en prévoyant une intervention chirurgicale d’urgence pour le lendemain. Nous rentrons chez nous, et je pense à utiliser la pharmacie " céleste " que nous avons sous la main. Je lui administre oralement de l’huile sainte avec un morceau de la relique et de l’encens, puis je masse longuement avec l’onguent l’endroit et le trajet de la douleur. Il s’endort. Le lendemain, il se réveille et me confie qu’il n’a pas pris le traitement antidouleur qui lui avait été prescrit par le médecin. Cependant, nous allons à l’hôpital pour le scanner, l’IRM et les examens sanguins prévus. À la stupeur de tout le corps médical, le calcul a totalement disparu, de façon inexplicable scientifiquement. Je ne dis rien au chirurgien, qui s’étonne, car le manque de foi en Suède ne lui aurait pas permis, je crois, de comprendre la confiance et l’abandon aux volontés du Seigneur que nous pratiquons, nous, Libanais. Nous rentrons à la maison, convaincus que saint Charbel m’a exaucé, car il ne déçoit jamais, lui qui intercède auprès du Seigneur pour tous ceux qui souffrent. Cinq ans après, le 18 août 2024, nous venons au Liban pour témoigner auprès du père Luis Matar de cet événement miraculeux et remercier celui que nous avions évoqué avec ferveur et qui nous a entendus. »

Le troisième miraculé est né à Beyrouth en 1970 ; il est de rite syriaque orthodoxe, a émigré en Suède et souhaite garder l’anonymat. Le 19 juin 2023, il est hospitalisé pour une biopsie d’une plaque œdémateuse enflammée au niveau de la jambe. Le mélanome est dépisté ; avec sa femme, il commence une neuvaine à saint Charbel, qu’ils récitent matin et soir. Ils appliquent l’huile sainte qui a touché les reliques du saint et prient longuement. L’intervention prévue est effectuée. Elle révèle lors de l’excision une atteinte beaucoup plus profonde, car le mélanome mesure 1,1 cm, nécessitant une deuxième intervention chirurgicale. Le 20 septembre 2022, un check-up complet montre une atteinte des glandes sudoripares et des ganglions. Cependant, malgré le pronostic aggravant, sa femme et lui continuent à prier avec ferveur. Le 19 octobre, devant la photo du saint, il vit une curieuse expérience : il se voit lui-même entrer et sortir de l’image du saint, se superposant au cliché, et ce pendant une demi-heure. Ce phénomène, qu’il soit oculaire ou imaginaire, l’interpelle, d’autant que les bilans préopératoires se montrent inexplicablement rassurants pour le chirurgien. Tout est normal, les examens biologiques, le scanner, et l’IRM. Il attendra le 25 août 2024 pour venir à Annaya enregistrer sa guérison totale avec son dossier médical et rendre grâce sur le tombeau de saint Charbel.

Le lendemain, j’avais rendez-vous avec Sa Béatitude le patriarche Béchara Raï, qui avait accompagné le Saint-Père tout au long de sa visite au Liban. Avant de quitter le père Luis Matar, faute de temps, je le prie de m’envoyer les rapports médicaux des derniers miracles de saint Charbel. Il me rétorque alors avec le sourire : « Cher ami, vous n’attendrez pas dix ans comme ce fut pour l’enquête à Lourdes sur la guérison miraculeuse de Bernadette Moriau, afin que les 300 médecins puissent avoir tout leur temps pour se prononcer… Décidément la foi en Occident a du mal à se réveiller ! »

Geneviève et Jean Claude Antakli, écrivains et biologistes.


Au delà

À Villiers-sur-Marne, près de Paris, des moines catholiques de l’ordre libanais maronite se sont installés. Six moines et prêtres ont fait vœu de pauvreté, de charité, d’obéissance et d’humilité. Ce premier monastère maronite de France est un lieu de vénération de saint Charbel, un exemple qui montre que la fécondité spirituelle du saint est effectivement durable et dépasse les frontières.


Aller plus loin

La salutation du Saint-Père au monastère Saint-Maron, lundi 1er décembre 2025 :

« Chers frères et sœurs ! Je remercie le supérieur général pour ses paroles et pour l’accueil dans ce beau monastère d’Annaya. La nature qui entoure cette maison de prière nous attire par sa beauté austère.

Je rends grâce à Dieu, qui m’a permis de venir en pèlerinage sur la tombe de saint Charbel. Mes prédécesseurs – je pense spécialement à saint Paul VI, qui l’a béatifié et canonisé – l’auraient beaucoup souhaité.

Chers amis, quel enseignement saint Charbel nous donne-t-il aujourd’hui ? Quel est l’héritage de cet homme qui n’a rien écrit, qui a vécu caché et silencieux, mais dont la renommée s’est répandue dans le monde entier ? Je voudrais le résumer ainsi : le Saint-Esprit l’a façonné, afin qu’il enseigne la prière à ceux qui vivent sans Dieu, qu’il enseigne le silence à ceux qui vivent dans le bruit, qu’il enseigne la modestie à ceux qui vivent dans le paraître, et qu’il enseigne la pauvreté à ceux qui recherchent les richesses. Ce sont là des comportements à contre-courant, mais c’est précisément pour cela qu’ils nous attirent, comme l’eau fraîche et pure attire ceux qui marchent dans un désert.

En particulier, saint Charbel nous rappelle, à nous évêques et ministres ordonnés, les exigences évangéliques de notre vocation. Sa cohérence, radicale et humble, est un message pour tous les chrétiens.

Et puis, il y a un autre aspect décisif : saint Charbel n’a jamais cessé d’intercéder pour nous auprès du Père céleste, source de tout bien et de toute grâce. Déjà, pendant sa vie terrestre, beaucoup venaient vers lui pour recevoir du Seigneur réconfort, pardon, conseil. Après sa mort, tout cela s’est multiplié et est devenu comme un fleuve de miséricorde. C’est aussi pour cette raison que, chaque 22 du mois, des milliers de pèlerins viennent ici de différents pays pour passer une journée de prière et de repos de l’âme et du corps.

Frères et sœurs, nous voulons aujourd’hui confier à l’intercession de saint Charbel les besoins de l’Église, du Liban et du monde. Pour l’Église, nous demandons la communion, l’unité : en partant des familles, petites églises domestiques, puis dans les communautés paroissiales et diocésaines, jusqu’à l’Église universelle. Communion, unité. Et pour le monde, nous demandons la paix. Nous l’implorons tout particulièrement pour le Liban et pour tout le Levant. Mais nous savons bien – et les saints nous le rappellent – qu’il n’y a pas de paix sans conversion des cœurs. Que saint Charbel nous aide donc à nous tourner vers Dieu et à demander le don de la conversion pour chacun de nous.

Chers amis, pour symboliser la lumière que Dieu a allumée ici par l’intermédiaire de saint Charbel, j’ai apporté en cadeau une lampe. En offrant cette lampe, je confie à la protection de saint Charbel le Liban et son peuple, afin qu’ils marchent toujours dans la lumière du Christ. Rendons grâce à Dieu pour le don de saint Charbel ! Merci à vous qui en gardez la mémoire. Marchez dans la lumière du Seigneur ! »


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