Je m'abonne
© Shutterstock/Renata Sedmakova
Les mystiques
Prato, en Toscane, près de Florence (Italie)
Nº 850
1522 – 1590

Les faveurs mystiques de sœur Catherine de Ricci

Quand sœur Catherine de Ricci meurt, le 2 février 1590, une comète, visible chaque nuit depuis le début de sa dernière maladie, disparaît. Ses consœurs lui portent le crucifix qui lui avait parlé à plusieurs reprises ; elle le serre contre elle avant de rendre son âme à Dieu. Religieuse dominicaine humble et fidèle à sa règle, Catherine fut l’une des grandes mystiques de son temps. Sa vie est jalonnée de grâces spirituelles singulières, d’extases fréquentes et de manifestations extraordinaires, toujours étroitement unies à la méditation de la Passion du Christ. Loin de la détourner de ses devoirs, ces faveurs nourrissent une charité exigeante et une obéissance sans faille.


Les raisons d'y croire

  • Alexandrine, selon son nom de baptême, est disposée à la prière dès le plus jeune âge. Sa nourrice atteste que, jeune enfant, elle se retirait dans des parties isolées de la maison pour se recueillir. Elle racontera elle-même plus tard comment les anges lui rendaient alors visite pour lui enseigner comment prier, particulièrement par la récitation du rosaire.

  • Comme son père, Pier Francesco de Ricci, se rend un jour avec elle au monastère Saint-Vincent de Prato, Alexandrine s’affectionne tant à la vie qu’y mènent les religieuses que,lorsqu’arrive le jour de partir, elle contraint son père devant témoins à s’engager à la laisser y entrer plus tard. Enfant de son premier mariage, Pier Francesco de Ricci aurait préféré la marier. Mais il observe sa promesse et Alexandrine échange son prénom pour celui de Catherine, en recevant l’habit des religieuses dominicaines, le lundi de la Pentecôte 1535. Elle a tout juste quatorze ans, âge légal alors pour contracter mariage. Cette anecdote laisse déjà entrevoir sa force de caractère remarquable.

  • Comme l’habit vient de lui être imposé, elle est ravie en extase : elle voit son époux Jésus et sa sainte Mère dans un champ fleuri, qui la comblent de faveurs spirituelles.

  • C’est à la suite de sa profession religieuse – par laquelle elle s’engage à suivre le Christ dans la « religion de saint Dominique », c’est-à-dire en suivant sa règle de vie –, que ces extases s’élèvent en intensité. Conséquence singulière de ces grâces, elle demeure comme absente aux sensations extérieures. Parce que, par humilité, elle dissimule ces faveurs divines aux autres religieuses, y compris au début à son confesseur, tous tiennent ces comportements pour une infirmité naturelle.

  • Catherine se montre fidèle observante des coutumes de l’ordre, et ses compagnes la tiennent en grande estime. Elle pratique non seulement les pénitences prévues, mais d’autres encore. Le 6 mai 1542, Dieu lui demande de s’abstenir de viande et d’œufs, ce qu’elle observe jusqu’à la dernière année de sa vie, peu avant sa mort.

  • De fait, Dieu l’éprouve : asthme, calculs, hydropisie et fièvres violentes l’obligent à s’aliter durant deux années entières. Une nuit, certains bienheureux de l’ordre dominicain lui apparaissent et l’exhortent à ne rien cacher de sa vie intérieure à ses confesseurs et à ses supérieurs. Le lendemain, elle est guérie lorsqu’elle reçoit la sainte communion. Tous les témoins présents la voient alors rejeter trente-deux cailloux de couleur noire, de la taille d’une fève.

  • Puis elle contracte la variole. Le premier décembre 1540, elle voit les bienheureux déjà évoqués tracer sur elle un signe de croix, qui lui rend la pleine santé. Ces mêmes bienheureux se manifestent de nouveau le jour de Noël de la même année, formant la cour de la Madone, qui tient le divin Enfant dans ses bras. Après un court échange entre Catherine et la Sainte Vierge, cette dernière lui remet l’Enfant Jésus, que la religieuse serre contre son cœur.

  • La nuit de Noël de l’année suivante, en 1541, alors qu’elle se repose dans sa cellule en attendant de pouvoir chanter avec ses compagnes l’office de matines, en pleine nuit, deux jeunes gens lui apparaissent, l’un vêtu de blanc, l’autre d’un drap d’or. Ils tiennent ensemble un riche siège, qu’ils déposent au milieu de la pièce. Une dame d’une grande beauté se montre alors, splendidement habillée, portant un tout petit enfant, accompagnée à sa droite de sainte Catherine de Sienne, et à sa gauche de saint Thomas d’Aquin et de sainte Marie-Madeleine.

  • Catherine est d’abord effrayée, craignant une illusion – ses contemporains témoigneront plus tard de son bon sens. Mais la Vierge se présente pour la rassurer. Comme Catherine veut se jeter à terre pour la vénérer, la Mère de Dieu dépose l’Enfant divin entre ses bras. Catherine, le serrant affectueusement contre elle, lui offre son cœur et lui recommande toutes les religieuses. Puis sainte Marie-Madeleine remet à la Vierge Mère des voiles avec lesquelles toutes deux emmaillotent l’Enfant-Dieu, expliquant à Catherine qu’ils représentent les ferventes prières des sœurs durant l’Avent. Quand sonne l’heure de l’office divin, l’apparition disparaît.

  • De 1542 à 1554, chaque vendredi, de la veille au soir à six heures jusqu’au vendredi à dix heures du soir, Catherine est ravie en extase. La Passion entière lui est représentée, pendant laquelle elle constate combien le Christ et sa mère ont souffert. Les témoignagesconstants et unanimes des religieuses du couvent, ainsi que ceux de deux généraux de l’ordre, Romeo da Castiglione et Alberto Casaos Spagnuolo, en font foi.

  • Le 9 avril 1542, jour anniversaire de la Résurrection du Sauveur, vers l’aurore, comme sœur Catherine prie dans sa cellule, Jésus-Christ se montre à elle, vêtu de gloire, portant une croix splendide sur les épaules et une couronne précieuse en tête. Il est suivi de la Vierge Mère, de saint Thomas d’Aquin, de sainte Marie-Madeleine et d’un autre bienheureux de l’ordre. Une lumière étonnante emplit aussitôt la cellule, tandis que des anges, porteurs d’instruments de musique, se tiennent dans les airs. La religieuse, craignant une manifestation diabolique, se signe de la croix. Puis, comme la vision demeure, elle s’agenouille et adore par trois fois son Époux divin.

  • La Vierge Marie lui demande alors s’il veut épouser Catherine, ce à quoi il consent. La Vierge prend la main de Catherine, que Jésus orne à l’index gauche d’un riche anneau qu’il détache de son propre annulaire. Puis il lui dit : « Ma chère Fille, je te donne ceci en gage et témoignage assuré que tu dois être et seras toujours mienne. » Comme Catherine ne trouve pas de paroles en réponse, les anges entament leur chant. Puis Catherine se retrouve seule. Cet anneau est vu à de nombreuses reprises par ses confesseurs et ses supérieurs. Catherine le perçoit comme un anneau d’or fin, émaillé de rouge et orné d’un diamant, tandis qu’il apparaît à ceux qui le voient à son doigt comme un simple cercle rouge, auquel est fixée une petite pierre quadrangulaire.

  • Le jour de la Fête-Dieu, le 6 juin 1541, comme Catherine a auparavant demandé de nombreuses fois à son Époux divin de changer son cœur, elle est ravie jusqu’au paradis,où la Vierge Marie lui présente son divin Enfant qui l’exauce, enlevant de sa poitrine son cœur charnel pour y déposer un cœur céleste, entièrement configuré à Jésus-Christ.

  • Durant l’octave de la fête de Pâques, le 14 avril 1542, le Rédempteur imprime en son corps virginal les plaies de sa Passion, à cette différence près que le coup de lance, que le Christ a reçu au côté droit, Catherine le porte sur la gauche, vers le cœur. Cette dernière plaie lui cause désormais tant de douleurs qu’elle pense mourir à chaque instant, rapporte-t-elle par obéissance à ses confesseurs et à ses supérieures. Les plaies des mains sont rouges, mais sans blessure ouverte. Celles des pieds sont nettement visibles et saignent abondamment, répandant une odeur suave. Mais sœur Catherine les cache à tous.

  • Après son élection comme prieure du monastère (c’est-à-dire supérieure), l’extase du vendredi et les extases habituelles, qui se produisaient jusque-là lorsqu’elle entendait la lecture de l’Écriture sainte, cessent. Ces dernières lui avaient valu d’être dispensée de prendre ses repas en commun au réfectoire, car le règlement prévoit la lecture pendant les repas.

  • Cela est d’autant plus significatif que son nouvel état lui aurait aisément permis de prendre des libertés avec la règle. Il n’en est rien. Les extases cessent précisément parce qu’elles sont incompatibles avec l’exercice de sa charge : le service du monastère. Mère Catherine assume cette responsabilité avec une grande prudence durant dix-sept années, à la satisfaction de toutes. Elle obtient pour les religieuses de réelles faveurs spirituelles et pour le couvent des aumônes matérielles, au point d’en achever la construction avec magnificence. Cette primauté donnée au devoir d’état sur les grâces extraordinaires s’inscrit pleinement dans la sagesse constante de la tradition chrétienne, pour laquelle l’obéissance et le service concret priment sur les consolations spirituelles.

  • Sœur Catherine est aussi parfois favorisée du don de connaître les pensées intimes de personnes absentes. Le père Nicolo Michelozzi, provincial de la province de Rome, en a fait l’expérience. Elle possède aussi le don de prophétie : ses prédictions ont été vérifiées plusieurs fois. Elle est aussi thaumaturge : elle a guéri de nombreuses personnes par un signe de croix, par sa prière, ou encore par un objet à son usage, porté sur le malade.

  • Ces faveurs insignes, de multiples manières, se répètent jusqu’à sa mort. Mais, une fois prieure, elle ne veut pas qu’on en parle et fait brûler les relations de ses extases, que certaines sœurs avaient rédigées. Ce n’est qu’après son départ de ce monde que les sœurs pourront ouvertement témoigner en sa faveur.


En savoir plus

Le vendredi 25 avril 1522 naît à Florence Alexandrine, fille de Pier Francesco de Ricci et de Caterina da Ponzano. Cette enfant, façonnée par la vie dominicaine, va devenir une mystique authentique, qui unira ses souffrances et ses douleurs à celles de son Époux divin, pour lui témoigner son amour en réponse de gratitude à la Passion douloureuse qu’il a subie pour elle. Et c’est aussi par amour pour lui qu’elle offre ses tribulations de la vie d’ici-bas pour la conversion des pécheurs.

Sœur Catherine bataille parfois avec le Christ pour obtenir de lui le salut de pécheurs très endurcis. Ayant appris un jour qu’un homme a fait un pacte avec le diable : « Ne te fatigue pas à prier pour lui, lui dit le Rédempteur, cet homme est un rebelle. » « Mais n’est-ce pas par votre sang, répandu pour vos ennemis, que vous priiez sur la croix votre Père ? » lui réplique-t-elle. « Votre miséricorde ne surpasse-t-elle pas votre justice ? » Elle obtient ainsi la conversion miraculeuse du malheureux.

Le démon la craint, car elle lui arrache des âmes. Il lui marque occasionnellement combien sa charité lui cause du tort, et il entend s’en venger sur elle. Un jour que le prieur a fait savoir à sœur Catherine son inquiétude concernant un grand pécheur à l’agonie, la religieuse se rend à son oratoire pour supplier Jésus-Christ de prendre en pitié ce pauvre homme. Les cris des démons qui lui interdisent l’entrée la rejettent dehors avec tant de fracas et de tremblements qu’ils semblent vouloir détruire tout l’édifice depuis ses fondements. Mais elle, sans écouter la crainte qu’ils veulent lui inspirer, entre de vive force et, malgré la résistance qu’elle éprouve, se met à genoux et commence sa prière. Alors la voix démoniaque l’interpelle : « Ah ! Catherine ! Que veux-tu encore, que tu me poursuis ainsi ? Ne te suffit-il pas que je ne veuille pas te prendre avec moi, que tu veux m’enlever les dépouilles de cette âme, que j’ai gagnée à moi par mes industries et mes fatigues ? Abandonne-la-moi ; elle est déjà mienne. Ne te fatigue pas avec tes bavardages, sans quoi je t’inquiéterai tant que je ne te laisserai plus vivre. » Mais sœur Catherine, qui sait que le démon ne peut faire plus que ce que son Époux divin ne lui permet et que ce dernier n’abandonnera pas celle qu’il s’est choisie, ne tient pas compte des menaces, redouble sa prière et lui commande au nom de Jésus de se précipiter à l’instant en enfer. Satan rugit et ébranle de nouveau la pièce, mais s’en va contraint, laissant derrière lui une puanteur suffocante. Et la servante de Dieu obtient la grâce de la pénitence pour le moribond.

Nombreux sont ceux qui changent de vie, renonçant à leurs habitudes dissolues, à la seule vue du visage extatique de sœur Catherine. Une foule de gens divers, pauvres ou riches, misérables ou puissants, séculiers ou clercs, vient la visiter, dont le cardinal Montepulciano (Marcello Cervini) qui deviendra le pape Marcel II, et le cardinal Alexandre de Médicis, qui sera l’un de ses successeurs sous le nom de Léon XI et qui, parce que Florentin, se rendra plusieurs fois auprès d’elle. Les grands-ducs de Toscane Côme, François et Ferdinand, la grande-duchesse Jeanne d’Autriche et sa fille Marie de Médicis, le duc de Mantoue, l’ambassadeur d’Espagne, qui, au nom de Philippe II, lui recommande sa couronne, le fils du duc de Bavière au nom de son père, prennent le chemin du couvent. Saint Philippe Néri, fondateur de l’Oratoire de Florence, est conduit sans explication matérielle possible à Prato (car ses frères assurent qu’il est resté avec eux à Rome), où il s’entretient avec sœur Catherine, qui peut par la suite dépeindre avec exactitude ses traits sans l’avoir jamais vu auparavant. Saint Philippe Néri décrira de même Catherine à ses religieux, bien qu’il ne se soit jamais rendu à Prato.

Catherine, déjà jeune religieuse, s’entretient souvent avec Jésus-Christ devant le crucifix de sa cellule. Ce crucifix s’adresse à elle plusieurs fois durant sa vie et, le 8 juin 1541, l’embrasse de son bras droit, dont la main se détache de la croix. Le 24 août, s’en libérant complètement, le Christ vient au-devant d’elle, qui, tombant en extase, le reçoit en ses bras ; il lui demande que le couvent prie sans cesse pour que les pécheurs reviennent à lui. Toutes les religieuses sont témoins du prodige. La méditation très fréquente de la Passion de Jésus-Christ est un moyen infaillible, écrivent ses biographes, qui produit dans le cœur de mère Catherine un tel détachement des intérêts matériels qu’elle ne considère plus les choses d’ici-bas que dans le regard de Jésus-Christ. Son prochain est aimé pour l’amour de ce dernier. Jésus-Christ demeure son unique et absolu amour.

Sœur Catherine sera canonisée par le pape Benoît XIV en 1746. Sa dépouille est toujours visible, dans une chasse vitrée, sous un autel de la chapelle qui jouxte le chœur des religieuses, dans la basilique Saint-Vincent de Prato. L’église, en son honneur, est placée sous son patronage.

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.


Aller plus loin

Domenico Maria Marchese, O.P., Vita della venerabile serua di Dio suor Catarina Ricci fondatrice del monastero di San Vincenzo di Prato, Roma, Stamperia della Camera Apostolica,1683, 440 pages. Disponible en ligne .


En complément

  • Serafino Razzi, O.P., Vita di santa Caterina de’ Ricci, a cura di Guglielmo M. di Agresti, O.P., Firenze, Olschki, Collana ricciana vol. III, Fonti, 1965, 356 pages. La Vita du père Razzi (qui était docteur en théologie) est la première biographie de la sainte, publiée à Lucques en 1594.

  • Domenico Maria Marchese, O.P., Sagro diario domenicano, vol. I (Mesi di Gennaio e Febbraio), Napoli, 1672, p. 185-192. L’ouvrage est rédigé en italien. Disponible en ligne .

  • Florence Mary Capes, St. Catherine de’ Ricci : Her Life, Her Letters, Her Community, London, Burns and Oates, 1905, 282 pages. Un index complet (nominum et rerum) rend l’étude plus facile. Disponible en ligne .

Précédent
Voir tout
Suivant